ADRESSES DE FELICITATIONS
De toutes parts des dëputations ont été chargées de remettre â Sa Majesté des adresses de félicitations, à l'occasion des résolutions prises par nos Assemblées législatives, au sujet de la fondation définitive de l'Œuvre africaine. Au nombre de ces adresses figurent naturellement en première ligne, celles de la Chambre des Représentants et du Sénat, dont le texte officiel a été reproduit à la Troisième partie de ce Recueil ('), ainsi que celles des grands corps de l'Etat, et des agents diplonoiatiques et consulaires des Puissances étrangères accrédités près la Cour de Belgique. Nous regrettons de ne pouvoir les publier toutes. Nous devons nous borner à faire suivre ici celles de ces adresses, qui nous ont paru les plus importantes, en ce sens que, dans leur ensemble, elles expriment les sentiments réels et sincères de la nation belge tout entière.
(*) Voir pages a53 et 329.
Conseil communal d* Anvers.
Le Conseil communal d'Anvers a éxé reçu le 12 mars i885, au Palais de Bruxelles, pour remettre au Roi l'adresse votée par cette assemblée et dont voici les termes :
« Sire,
» La reconnaissance de l'Etat indépendant du Congo, par les Puissances représentées à la Conférence de Berlin, est l'un des faits les plus marquants de l'histoire diplomatique moderne.
» Digne couronnement des efforts de Votre Majesté, elle consacre d'une manière définitive les succès de l'Association internationale africaine que Votre Majesté a fondée, et dont elle a dirigé et soutenu les travaux avec une persévérance qui ne s'est laissé rebuter par aucun obstacle, qui n'a reculé devant aucun sacrifice.
» Accueillie d'abord avec l'indifférence ou l'incrédulité qui s'attache trop souvent aux entreprises grandes et hardies, l'œuvre de Votre Majesté triomphe aujourd'hui, et il n'est plus personne qui ne rende justice à la haute prévoyance et aux généreux mobiles qui l'ont inspirée.
» Un immense domaine colonial pacifiquement conquis ; un des plus grands fleuves donnant accès au centre du continent africain, ouvert à la navigation ; la civilisation apportée à des populations déshéritées ; de vastes débouchés ouverts à l'activité industrielle et commerciale ; ces précieuses conquêtes placées sous la sauvegarde du droit international ; le nouvel État assuré du bon vouloir et des sympathies des Puissances; la liberté de conscience, et la liberté de commerce proclamées comnoie bases de son organisation gouvernementale : voilà certes des résultats qui commandent l'admiration, et qui justifient les hommages unanimes dont la généreuse et sage initiative de Votre Majesté a été l'objet.
» Cette initiative, l'humanité tout entière est appelée à en recueillir les fruits ; mais il nous appartient de le dire, c'est avant tout à la nation belge à faire fructifier les efforts patriotiques de son Roi et le dévouement des Belges, hommes de cœur, qui ont donné leur vie pour l'accomplissement de cette grande œuvre. Les rives du Congo ouvertes au commerce et à l'industrie offrent un champ magnifique à l'intelligence et à l'activité nationales.
» La ville d'Anvers, qui s'honore d'avoir, la première, manifesté ses vives sympathies pour l'œuvre de la civilisation africaine, qui apprécie hautement les avantages que le pays est appelé à en tirer, au point de vue industriel et commercial, veut être aussi la première à offrir à Votre Majesté ses respectueuses félicitations pour le succès de son œuvre, et l'hommage de sa profonde gratitude pour le service signalé rendu par Elle au pays. Elle saisit cette occasion pour renouveler l'expression de son profond attachement au Roi et à la dynastie nationale. »
Sa Majesté a répondu :
« Je remercie sincèrement le Conseil communal de la ville d'Anvers de la démarche qu'il fait aujourd'hui auprès de moi, et je lui sais hautement gré d'une initiative qui témoigne de son patriotisme, et de son esprit d'entreprise.
» Les nations industrielles et commerciales ne peuvent plus, de nos jours, se suffire à elles-mêmes. Plus leur territoire est restreint par rapport à leur puissance productive, plus elles ont besoin de débouchés pour écouler l'excédent de leur travail. Les marchés européens s'encombrent et se hérissent de barrières. La prudence commande donc d'élargir rhorizon, et de chercher au loin.
» Il y a quelques années déjà, cette pensée donna naissance au Comité d'études du Congo. Je me rappelle avec plaisir que plusieurs de vos concitoyens furent du nombre de ses fonda-
teurs. Il s'agissait alors de savoir si les grandes découvertes de Stanley pourraient être rendues fécondes pour le commerce de l'Europe, et la civilisation de l'Afrique.
» La Belgique, depuis cinquante ans, doit beaucoup aux Puissances. Gomment eût-elle pu mieux leur marquer sa reconnaissance qu'en se dévouant à une œuvre d'intérêt général? Sa position centrale et sa neutralité la désignaient naturellement pour servir de berceau à une entreprise internationale.
» Le Comité d'études chercha tout d'abord à créer une route le long des cataractes du Congo, et à la jalonner de stations libres et ouvertes à toutes les nations. Mais il devînt bientôt évident que ces stations, pour vivre et prospérer, devaient s'entourer de territoires également libres, et que leur jonction conduirait à la fondation d'un Etat nouveau.
» Grâce au dévouement de nos vaillants pionniers, dont plusieurs, hélas ! ont héroïquement succombé dans l'accomplissement de leur tâche, la pensée du Comité s'est réalisée. L'Association internationale du Congo a repris et élargi son œuvre, et a obtenu la reconnaissance de presque toutes les Puissances.
» Je vois avec bonheur la ville d'Anvers, dont les aspirations artistiques et littéraires sont à la hauteur de sa puissance commerciale, accueillir avec sympathie la fondation de l'Etat du Congo. Elle en a apprécié d'emblée les sérieux avantages pour le pays et pour elle-même. Puissent ses superbes quais se couvrir bientôt des produits si riches et si variés d'un vaste continent, qui a tardé trop longtemps à partager les travaux et les bienfaits de la civilisation !
» Puisse la métropole commerciale de la Belgique trouver, dans les rapports qui vont s'établir, une source nouvelle de prospérité, et son nom briller d'un éclat de plus en plus vif parmi les grandes villes maritimes des deux mondes! Ce vœu. Messieurs, n'est pas seulement le mien; il est aussi celui de ma famille. Mes successeurs verront dans votre adresse ce que j'y trouve moi-même : un puissant encoura-
gement à servir avec persévérance les grands intérêts nationaux qui s*identifient à un si haut degré avec ceux de votre belle cité. »
Conseil communal de Bruxelles.
Le Conseil communal de Bruxelles, s'est rendu, samedi 21 mars i885, au Palais, pour remettre au Roi l'adresse votée par cette assemblée.
M. le bourgmestre, Président de ce Conseil, a donné lecture de cette adresse, dont voici le texte :
« SiBE,
» Au moment où les Puissances réunies au Congrès de Berlin honorent l'Auguste promoteur de l'Œuvre grandiose accomplie en Afrique, il doit être permis au Conseil communal de Bruxelles de féliciter Votre Majesté, et de sa courageuse entreprise, et du succès qui a couronné ses efforts.
» En ouvrant pacifiquement, et par une initiative toute individuelle, de vastes territoires, jusqu'ici inexplorés, au commerce et à l'industrie des deux mondes, le Roi a accompli une œuvre sans exemple dans l'histoire, et montré qu'au XIX" siècle la civilisation et le progrès ont d'autres auxiliaires que la guerre et la conquête.
» Un peuple de travailleurs comme le nôtre saura apprécier hautement les ressources multiples que l'Etat libre du Congo offre à son activité et à son travail ; et la prospérité générale du pays devra à Votre Majesté une nouvelle et énergique impulsion.
» En rendant hommage à leur illustre citoyen, au Souverain éclairé qui, par sa persévérance, a servi si glorieusement l'humanité, les Conseillers communaux de Bruxelles sont
heureux, Sire, d'applaudir au triomphe d'une grande et généreuse pensée,
» Organes de la population de la capitale, ils présentent à Votre Majesté leurs félicitations les plus chaleureuses et ils La prient de vouloir bien en agréer la respectueuse expression. »
Sa Majesté a répondu ainsi qu'il suit :
)) Messieurs,
» Je suis extrêmement touché des sentiments que vous m'exprimez par votre adresse, et je vous prie d'en recevoir mes. remerciements les plus chaleureux.
» Bruxelles a été le berceau de ce mouvement africain qui aboutit en ce moment à la fondation d'un nouvel Etat. Pour être indépendant, cet Etat n'en conservera pas moins plus d'un lien avec la Belgique. Les noms d'un grand nombre de nos compatriotes figureront avec éclat à la première page de son histoire, et ils auront en Afrique des émules et des continuateurs. Bruxelles peut devenir le centre européen de toute une vaste région tropicale. C'est d'ici que rayonnerait la lumière qui serait, pour des millions d'hommes, encore plongés dans la barbarie, l'aube d'un temps meilleur.
» L'Etat que les Puissances ont voulu, en le reconnaissant, entourer de toutes les garanties d'un développement pacifique, a son avenir assuré. Aux ressources financières qui ont suffi jusqu'ici, malgré les exigences toujours onéreuses d'un premier établissement, vont s'adjoindre des revenus propres, dont la base existe dès à présent. Ni les hommes, ni les moyens ne feront défaut à l'entreprise, qui s'appuie sur des concours individuels et absolument volontaires.
» L'entrée d'immenses territoires dans les voies de la civilisation est un fait d'une haute importance. La Belgique peut désormais profiter de ce grand événement aussi largement qu'elle le voudra, sans aucune charge pour elle.
» Nos riches cités regorgent de tous les produits des industries les plus diverses; jamais elles ne trouveront pour les écouler de champ plus étendu. Notre jeunesse intelligente réclame, avec raison, pour des forces surabondantes, de plus larges horizons. Nos populations ouvrières, si dignes d'intérêt, pourront emprunter, à leur tour, aux régions vierges de l'Afrique, beaucoup d'éléments de prospérité, et leur en rendre davantage.
» Le sort de bien des entreprises dépend du milieu où elles sontécloses; celle qui nous occupe, forte de vos sympathies, se. développera, je l'espère, à l'exemple de la grande cité qui veut bien encourager ses débuts : depuis cinquante ans, l'importance de l'agglomération bruxelloise n'a-t-elle pas plus que quintuplé! Puisse l'Etat indépendant du Congo marcher vers tous les progrès d'un pas non moins rapide !
» En remerciant du fond du cœur le Conseil communal de Bruxelles, je lui offre tous mes vœux pour la capitale, pour sa richesse, pour sa prospérité et pour sa gi'andeur. »
Collège échevinal de Gand.
Le Collège des bourgmestre et échevins de la ville de Gand s'est rendu, le 3i mars i885, au Palais de Bruxelles pour remettre au Roi l'adresse de félicitations votée par le Conseil communal. L'audience royale a duré près d'une heure. Voici le résumé de la réponse de Sa Majesté :
« Le Roi s'est déclaré particulièrement touché de la démarche de la ville de Gand, sur l'aide de laquelle il compte beaucoup pour seconder ses vues, au bénéfice du pays entier. De puissants débouchés sont ouverts aux industries linière et cotonnière, si elles peuvent se mettre à la hauteur des concurrences anglaise et allemande, dans les procédés spéciaux
d'apprêtage des étoffes. L'industrie horticole, de son côté, trouvera dans le continent africain un vaste et productif champ de recherches .
» Le Roi s'est plu à redire ce qu'il avait affirmé aux députations des autres grandes villes : que le Congo ne devait coûter à la Belgique ni de l'argent, ni des hommes. Les idées de colonisation directe par l'Etat ne sont pas dans l'esprit du peuple belge. Il a fallu à la fois tenir compte de cette répugnance à suivre la politique générale et de la nécessité, d'autre part, d'ouvrir des débouchés nouveaux à nos industries compromises par le protectionnisme des voisins. La création d'un Etat libre, dégagé pour toujours de toutes barrières de douanes, ouvert aux plus entreprenants, pouvait seul résoudre le problème.
» L'Association internationale a dirigé tous ses efforts vers ce but, heureusement réalisé. Elle se trouve, en ce moment, dans une période transitoire et attend sa constitution politique pour faille définitivement appel à l'initiative privée. Il lui faut des jeunes gens capables, connaissant les langues étrangères, ayant des notions commerciales et industrielles sérieuses, résolus à se créer un avenir. Elle leur garantira une solde honorable pour les termes de trois années et choisira parmi eux les éléments nécessaires à l'administration du pays. Sa Majesté a particulièrement recommandé au bourgmestre d'éveiller l'attention de ses concitoyens sur ces projets. »
Collège échevinal de Liège.
Le Collège échevinal de Liège s'est rendu, lez3 mars i885,à Bruxelles pour présenter au Roi l'adresse de félicitations, votée par le Conseil communal, à l'occasion de l'Œuvre du Congo.
MM. W^arnant, bourgmestre; Ziane, Renkin et Micha, échevins, ont été reçus au Palais royal à 2 heures, M. Van Marcke, retenu à Liège par un deuil de famille, n'avait pu se joindre à ses collègues.
Le Roi, qui portait l'uniforme de général commandant de Tarmée belge, avec le grand-cordon de son Ordre, a reçu le Collège dans un des grands salons de réception. M, le comte J. d'Oultremont, maréchal du Palais, qui avait introduit les membres du Collège, assistait à Taudience royale, ainsi que les aides de camp du Roi.
M. Warnant a donné lecture de l'adresse du Conseil communal, et l'a remise à Sa Majesté.
En jetant les yeux sur cette adresse, le Roi a remarqué qu'elle portait les signatures des membres du Conseil, et il en a témoigné toute sa satisfaction.
Sa Majesté a ajouté qu'elle était heureuse de voir la ville de Liège s'associer à l'œuvre qu'elle avait entreprise. Cette œuvre, a-t-elle dit, n'a pas seulement un but humanitaire, elle aura aussi pour résultat d'ouvrir de nouveaux débouchés au commerce et à l'industrie belges.
Au moment où bien des portes se ferment à nos produits, nos commerçants et nos industriels pourront se féliciter de trouver toujours ouvertes celles de l'Afrique centrale, sans qu'ils puissent y craindre l'établissement de droits d'importation. Aussi le Roi espère- t-il qu'ils sauront profiter des avantages que cette heureuse situation leur offrira ; il a, à cet égard, toute confiance dans l'initiative dont nos industriels ont déjà donné tant de preuves.
Le Roi a chargé le Collège de remercier le Conseil communal pour les sentiments qu'il lui a exprimés dans son adresse. Il a terminé en disant qu'il forme des vœux pour la prospérité de l'industrieuse cité liégeoise, pour laquelle il éprouve un vif sentiment de sympathie, et qui l'a toujours si bien reçu, ainsi que la Famille royale, chaque fois qu'il est allé la visiter.
Sa Majesté, qui s^est montrée dans cette audience d'une très grande affabilité, s*est entretenue ensuite avec M, le bourgmestre et MM. les échevins des intérêts de la ville de Liège.
Elle a félicité M. le bourgmestre de l'excellent esprit de la population ouvrière liégeoise, notamment, si digne de sympathie. Le Roi a parlé avec M. Ziane des grands travaux exécutés à Liège depuis quelques années, du nouveau quartier de l'Ile de Commerce, qu'il a beaucoup admiré lors de sa dernière visite à Liège, des travaux du Conservatoire, du Parc de Cointe, des eaux alimentaires, de la salubrité publique, etc.
Sa Majesté a demandé à M. Renkin des renseignements sur l'industrie armurière et l'exportation des armes liégeoises en Afrique ; enfin elle a entretenu M. Micha de la situation de l'instruction primaire à Liège, de la population des écoles, de l'état d'avancement des travaux des nouveaux instituts universitaires, etc., etc.
Cet entretien a prouvé, une fois de plus, combien le Roi se préoccupe de tout ce qui peut contribuer à la prospérité de la ville de Liège.
Toutes les autres communes de Belgique ont suivi l'exenoiple des administrations de ces grands chefs-lieux de province.