‹ Léopold II, roi des belges, chef de l'Etat indépendant du CongoChapitre 59 sur 87 · FELICITATIONS ET DISCOURS · texte numérisé non relu

FELICITATIONS ET DISCOURS

Félicitations des Evêques de Belgique.

Le tS mars i885, les évêques de Belgique envoyaient au Roi ces félicitations :

« Sire,

» Un événement d'une importance unique dans nos annales vient de couronner les longs efforts et le généreux dévouement de Votre Majesté pour la vaste entreprise conçue par elle, et dont la réalisation, tout en étant l'objet des vœux universels, semblait parfois dépasser les plus fîères espérances.

» L'Etat indépendant du Congo, reconnu par les Gouvernements de l'Europe, est la sanction donnée à la grande conquête que va enregistrer l'histoire : conquête pacifique, également profitable et aux peuples sur lesquels elle s'étend, et à ceux que représente le drapeau désormais souverain de l'Association internationale africaine. Aux premiers elle prépare, avec la civilisation chrétienne, les bienfaits de l'ordre matériel et moral, dont celle-ci est la source ; aux autres elle ouvre des contrées immenses qui sollicitent l'emploi de leur énergie et de leur vitalité exubérante.

» En l'épondant avec tant de fidélité aux vues miséricordieuses de la Providence, Votre Majesté n'a eu d'autre dessein que de suivre la vocation royale dont le propre est, au témoignage de Bossuet, de faire du bien au reste des hommes.

» Puisse l'Œuvre à laquelle Votre Majesté a attaché son nom et le nom de la Belgique, recevoir toutes les bénédictions d'en haut ! Puissent en particulier ces bénédictions s'étendre sur les missionnaires que Votre Majesté va conduire là-bas avec l'évangile de paix et Jésus-Christ, en dehors duquel il n'y a point de salut.

» Tels sont, Sire, nos vœux ardents ; telles sont aussi nos ferventes prières ; que Votre Majesté daigne en agréer l'assurance, en même temps que l'hommage des sentiments de profond respect et de loyal attachement avec lesquels nous sommes, de Votre Majesté, les très humbles, très obéissants et très fidèles serviteurs. »

Félicitations de la Garde civique.

Le 8 avril i885, à 9 heures et demie du soir, le Roi a reçu, au Palais, les délégués de la Garde civique de Bruxelles et des faubourgs, auxquels s'étaient jointes de nombreuses députations des Gardes civiques de la province.

Cette réception avait pour objet de féliciter le Roi, et de remettre à Sa Majesté un drapeau du nouvel Etat indépendant du Congo.

Réunis à l'Hôtel de ville, le lieutenant général inspecteur des Gardes civiques du royaume vint se placer à leur tête. L'un des officiers portait le drapeau du Congo en soie bleu tendre, au centre duquel une brillante étoile est brodée en or. Le haut de la hampe du drapeau est orné d'une cravate aux couleurs de la Belgique.

Le cortège était précédé d'un piquet de cavalerie de la Garde civique; vinrent ensuite le corps de musique des Chasseurs volontaires, le lieutenant général-inspecteur et son

état-major, les officiers de la Garde civique de Bruxelles, des communes limitrophes, et de la province.

La dëputation arrivée au Palais fut reçue dans le grand salon.

Le Roi entra bientôt après, suivi de M. le Ministre de Flntérîeur et de Flnstruction publique, de M. le comte J. d'Oultremont, maréchal du Palais, du comte de Borchgrave d'Altena, secrétaire du Roi, du baron Beyens, attaché au cabinet du Roi, de M. le comte de Grunne, officier d'ordonnance.

M. le lieutenant général-inspecteur s'avança alors vers Sa Majesté, et lui offrit le drapeau en disant : « Sire, les Gardes civiques belges, fiers de leur Roi, vous offrent ce drapeau ».

Le Roi répondit à peu près en ces termes :

(i C'est une surprise bien agréable que vous me faites, Messieurs ; je vous en remercie infiniment. Par votre démarche, vous me donnez un nouveau témoignage de vos sentiments patriotiques.

» Je vous remercie aussi de m'avoir félicité à l'occasion de mon 5o* anniversaire.

» Je vous remercie, enfin, de m'ofïrir ce superbe drapeau.

» C'est la première fois que je vous vois ici, tous à Bruxelles : c'est pour moi un grand plaisir. Ceux qui ont fondé l'Etat du Congo entendent que ce drapeau soit un drapeau de civilisation, de paix et de progrès !

» Votre démarche sera un grand stimulant pour les initiateurs de cette Œuvre nouvelle.

» Vous savez ce qu'il faut de persévérants efïbrts pour mener à bien une œuvre aussi importante; aussi je ne puis, assez vous dire combien je suis sensible à ces félicitations.

» Vous savez tous les vœux que je fais pour la prospérité de la capitale, et du pays tout entier. Mon vœu suprême est de voir la Belgique heureuse, respectée et honorée par toutes nations. »

Félicitations de la Société des officiers pensionnés.

Le 21 mars i885, MM. les lieutenants généraux Ablay, De Moor et Sclobas ont eu Phonneur, au nom de la Société générale des officiers retraités, de présenter à Sa Majesté l'adresse suivante :

Au Roi.

Sire,

Grâce à Votre Majesté, un nouvel Etat libre va naître dans l'Afrique centrale, plongée jusqu'aujourd'hui dans la barbarie et l'esclavage.

Cette œuvre de civilisation est la plus grande et la plus hardie de notre époque; mais avant Votre Majesté personne n'avait osé y songer, bien que le Congo eût été exploré, il y a quatre siècles.

Aux titres nombreux de Votre Majesté à la reconnaissance de la Belgique, le monde entier ajoute aujourd'hui le glorieux titre de Bienfaiteur de l'humanité.

Sire ! les officiers retraités sont heureux et fiers de pouvoir, à cette occasion, offrir au Roi, à leur Chef bien-aimé, un témoignage de leurs sentiments d'admiration, et un nouvel hommage de leur respectueux et inaltérable dévouement.

Au nom des officiers retraités et pour le Comité.

Le lieutenant général Aide de camp honoraire du Roi, Président,

Ablay.

Le lieutenant-colonel Le général-major

Deuxième Vice-Président, Premier Vice-Président,

Germalv. Smits.

Sa Majesté a vivement remercié le Comité, composé de MM. les lieutenants-généraux Ablay, Sclobas et De Moor, de l'adresse dont remise a été faite à Sa Majesté, par le Président, au nom de tant d'honorables officiers de notre armée.

Le Roi a dit combien il s'estimerait heureux si l'Œuvre entreprise et fondée en Afrique pouvait être utile au pays. Sa Majesté s'est félicitée du concours spontané et volontaire donné à l'œuvre par plusieurs de nos officiers et Elle a constaté que si nos devoirs d'Etat neutre nous obligent à posséder une armée bien organisée, ils offrent, en général, peu de chance aux officiers belges de montrer leurs solides et brillantes qualités.

« En Afrique, a ajouté Sa Majesté, dans des missions toutes pacifiques, mais exigeant cependant beaucx)up de courage, de sang-froid, et de talents d'organisation, plusieurs officiers belges ont pu rendre d'excellents services, et acquérir une précieuse expérience. Leurs noms ont retenti dans tous les pays, et le Roi s'est réjoui de grand cœur des éloges mérités donnés à leur conduite.

» Malheureusement, plus d'un a succombé en affirmant noblement son héroïque dévouement à la cause de la civilisation. Leur souvenir sera pieusement gardé. »

Le Roi a terminé l'entretien, en priant les généraux Ablay, Sclobas et De Moor de rapporter à la Société des officiers retraités ses plus sincères remerciements, ainsi que l'assurance de ses sentiments les plus sympathiques.

Félicitations de la Municipalité de Londres.

La délégation de la municipalité de Londres, envoyée à Bruxelles pour féliciter le Roi à l'occasion de l'Œuvre du Congo, est arrivée le 4 mai i885.

Le lord-maire, M. Fov\rler, était accompagné du recorder sir Thomas Chambers, du toivn clerk sir John Moncton, du chief commoner Dresser Rogers, du député Bedford qui a proposé l'adresse, du swordbearer (porte-glaive) et du rruicehearer (massier).

L'alderman De Keyser, le shérif sir Thomas Dakin, M. Whitehead, alderman et shérif, et le shérif Philipps, venant d'Anvers, se sont joints à la députation.

De la gare du Nord ils se sont rendus à l'Hôtel de Flandre, où les équipages de la Cour attendaient les membres de la députation pour les conduire au Palais.

Le lord-maire a donné alors lecture de l'adresse.

Le Roi y a répondu avec une grande affabilité.

Sa Majesté a fait aux délégués de la Cité l'accueil le plus gracieux.

Les membres de la délégation portaient le grand costume traditionnel des aldermen de la Cité, robe rouge et perruque à marteaux.

Du Palais, ils se sont rendus, en costume bourgeois, à l'Hôtel de ville, où ils ont été confraternellement reçus par le bourgmestre et les échevins de la capitale, et de là au Palais de Justice, qu'ils ont visité sous la conduite de M. l'avocat Verbiest.

Le soir ils ont dîné au château de Laeken, et le lendemain un lunch leur a été offert à l'Hôtel de ville.

Le lord-maire est reparti pour Londres dans la soirée.

Félicitations du Cercle des Indépendants de Bruxelles.

A la conférence donnée, le 5 mars i885, au Cercle des Indépendants, par l'honorable M. De Smedt, membre de la Chambre des Représentants, sur le système de la représentation

proportionnelle, M. le baron J. Greindl, l'un des assistants, a demandé la parole pour une motion.

M. le baron J. Greindl s'est exprimé, à peu près, en ces termes :

« Messieurs, je viens appeler votre attention sur un événement mémorable qui intéresse vivement la Belgique : je veux parler de la constitution de l'Etat du Congo.

» C'est grâce à notre Roi, hardi, intelligent et humanitaire, que l'œuvre de la civilisation africaine vient d'entrer dans une phase nouvelle, qui a reçu sa consécration à la Conférence de Berlin.

» Comme tout chef de famille peut illustrer sa maison, ainsi tout Roi peut illustrer son peuple! (Bravos.) Peut-être l'assemblée voudra-t-elle décider qu'une adresse de félicitations soit envoyée à Sa Majesté, à l'occasion du résultat obtenu à la Conférence de Berlin. »

Aux cris répétés de : Vive le Roi ! l'adresse a été votée à l'unanimité.

Félicitations de la Société commerciale, industrielle jf

et maritime d'Anvers,

Le conoiité central de la Société commerciale, industrielle et maritime, en vertu d'une décision prise en séance du 2 mars, a adressé à Sa Majesté les félicitations suivantes :

« Anvers, le 3 mars i885.

» A Sa Majesté Léopold II, Roi des Belges.

» Sire,

» Le commerce d'Anvers a appris avec bonheur que l'Œuvre éminemment civilisatrice à laquelle Votre Majesté s'est dévouée depuis plusieurs années, la reconnaissance de

l'État du Congo par les différentes Puissances, est aujourd'hui un fait accompli.

» La Société commerciale, industrielle et maritime, qui est l'émanation du commerce de notre métropole, n'a pas voulu rester indifférente à cet acte glorieux, qui sera sans contredit un des plus grands des temps modernes.

» Dans son assemblée du 2 courant, notre comité central, sur la proposition d'un de ses membres, a décidé, à l'unanimité et par acclamation, d'adresser à Votre Majesté, au nom du commerce d'Anvers, ses félicitations les plus chaleureuses.

» Notre population commerciale comprend, Sire, toute l'importance de l'avenir réservé au nouvel État, ainsi que tous les bienfaits qui peuvent en résulter, pour notre pays, au point de vue commercial et industriel.

» Nous sommes heureux. Sire, d'être en ce moment l'organe du commerce anversois, et de pouvoir, en son nom, * adresser à Votre Majesté et ses félicitations, et l'expression de sa profonde reconnaissance.

» Nous avons l'honneur d'être,

Sire, de Votre Majesté, les très humbles et très dévoués serviteurs.

» Au nom de la Société :

» Le Secrétaire, Le Président,

» G. Sano. p. Roels.

» Le Trésorier, Les Vice-Présidents,

» C. Kesteloot. h. Ludwig,

» J. Randaxhe-Bally. »

Félicitations de la Société de Géographie d^ Anvers

11 mars i885.

Discours du Président de cette Société savante :

« Messieurs,

» Depuis notre dernière assemblée, nous avons un fait considérable à enregistrer dans les fastes de la géographie. Un nouvel empire a été tracé sur la carte du globe, de l'avis unanime des représentants officiels du monde civilisé, réunis en Congrès à Berlin. L'œuvre des Congrès de Vienne et de Vérone a été complétée de la manière la plus libérale, par cette assemblée mémorable, et des principes nouveaux, dignes diu XIX' siècle, ont été introduits dans le droit public , en matière d'occupation coloniale.

» La constitution de l'Etat libre du Congo ouvre l'accès de l'Afrique à tous les hommes de cœur et de bonne volonté, disposés à consacrer leurs forces au progrès de la civilisation et de l'humanité, sans distinction de croyance et de nationalité.

» L'honneur de cette création neutre, libre, placée sous la protection de l'Europe, revient tout entier à notre Roi.

» Chacun de nous se rappelle avec reconnaissance les efforts que fit le Duc de Brabant pour développer notre commerce colonial. Avec la sage prévoyance que lui avait inspirée son illustre père, il entrevoyait avec précision le moment où, après l'immense développement anormal de l'industrie, provoqué par la découverte de la machine à vapeur et la construction spontanée du réseau de chemins de fer qui couvre l'Europe , naîtrait la crise commerciale qui nous frappe aujourd'hui d'une manière si cruelle, et qui, de l'avis de tous les hommes d'Etat, ne peut trouver de remède que dans l'extension du commerce colonial.

» La voix du Duc de Brabant fut trop peu écoutée; les peuples heureux sont naturellement imprévoyants.

» Appelé au trône, S. M. Léopold II a poursuivi son but en Télargissant encore. Il j consacra un travail incessant, sa fortune, et une persévérance que rien ne lassa. « Cependant le monde en général », disait sir Edward Malet, représentant de S. M. Britannique au Congrès de Berlin, « regardait ces » efforts d'un œil presque indifférent . Par-ci, par-là, Sa Majesté » soulevait la sympathie, mais c'était, en quelque sorte, plutôt » la sympathie de la condoléance que celle de l'encourage- » ment. On croyait que l'entreprise était au-dessus de ses » forces, qu'elle était trop grande pour réussir. On voit main- » tenant que le Roi avait raison, et que l'idée qu'il poursui- » vait n'était pas une utopie. Il l'a menée à bonne fin, non » sans difficultés, mais ces difficultés mêmes ont rendu le » succès plus éclatant. »

» En contemplant sur la carte ce territoire immense du Congo, débouchant à la mer, comme notre petite patrie, par une porte étroite, nous trouvons la preuve des sacrifices considérables auxquels le Roi a dû se résigner pour atteindre au succès. Il en a été récompensé par le don magnifique d'un immense empire offert par l'Europe entière, et désormais ouvert à l'activité de tous les Belges.

» Il nous appartient dé rendre sa conquête féconde.

» La terre d'Afrique, par son climat, sa population, offrira à notre industrie les plus grandes ressources, sans que jamais nous ayons à craindre de devoir y déployer la politique fatale et tyrannique, qui pesa si lourdement sur la création des colonies d'Amérique. Un peuple bon et honnête, heureux par nos bienfaits, délivré du fléau des guerres intestines, nous rendra au centuple en richesses agricoles et minières, le bien que nous lui ferons.

» Je me persuade qu'aux noms glorieux de Godefroid de Jérusalem, de Baudouin de Constantinople, que nous nous plaisons à rappeler dans notre histoire, nos descendants ajou-

teront avec orgueil celui de Léopold l'Africain. Fasse le Ciel que la conquête pacifique du généreux bienfaiteur de Thumanité soit plus durable que les conquêtes sanglantes de ses prédécesseurs !

» Les 23 et 26 février i885 sont désormais des dates mémorables inscrites dans nos annales.

» Spectacle unique dans l'histoire, les représentants officiels du monde civilisé offrant d'un accord unanime au Souverain du plus petit royaume de l'Europe, avec les témoignages de leur admiration, un empire digne de l'ambition des plus puissants potentats.

» Malgré moi, ma pensée se reporte sur l'assemblée des puissants guerriers croisés offrant à un petit Prince flamand une couronne de gloire que tous ambitionnaient.

» La Société royale de Géographie d'Anvers ne pouvait manquer de s'associer à ces témoignages solennels. Le comité des membres effectifs, dans sa séance du 1 1 courant, a décidé d'envoyer une adresse de félicitations au Roi.

» Je vous propose. Messieurs, en signe de votre approbation et en témoignage de votre respectueuse admiration, d'écouter debout la lecture de cette adresse. »

Le Président donne lecture de l'adresse, qui contient le passage intéressant que voici :

« L'ambition des nations tendait à entourer l'Afrique d'une ceinture de colonies côtières, dont le développement isolait de la civilisation les millions d'hommes qui habitent ce continent. Cette politique jalouse a produit les résultats les plus déplorables en fournissant de puissants aliments à la traite des nègres, et aux vices qui en sont la suite. On pouvait entrevoir le ïnoment où la race noire, fatalement vouée à la barbarie, disparaîtrait de la terre comme la race rouge d'Amérique.

» Votre Majesté a conçu la généreuse pensée de la sauver. Ses efforts viennent d'être couronnés des plus brillants suc-

ces à Berlin. La crëation de VÉtat libre du Congo conservera désormais une porte ouverte vers le centre de l'Afrique, dont la garde est confiée à Votre Majesté, sous la protection du monde civilisé. Le succès de la grande croisade humanitaire, proclamée par Votre Majesté, est assuré... »

L'assemblée accueille cette lecture au cri de : Yive le Roi!

Cercle artistique et littéraire d'Anvers.

Le Cercle artistique, littéraire et scientifique d'Anvers a fait parvenir au Roi une adresse de félicitations et de gratitude, adresse qui se termine ainsi :

« Si des débouchés d'une incalculable étendue sont donnés à l'industrie humaine, si un champ, pour ainsi dire, sans limites est offert à l'activité, à l'esprit d'entreprise, en un mot au génie de l'Europe, c'est à Votre Majesté que l'honneur en revient.

» Mais ce n'est là. Sire, qu'un des moindres mérites de l'œuvre que vous avez accomplie au prix de si grands sacrifices, et avec un si noble désintéressement.

» Des navigateurs heureux comme Vasco de Gama, Colomb, Fernand Cortez ont .découvert des continents ignorés ou oubliés, mais les ont laissés à l'état sauvage, se bornant à en reconnaître les côtes, ou y imposant la domination européenne à force de massacres, et au prix de l'extermination de populations entières. Votre plus beau titre de gloire, Sire, sera d'avoir conquis l'Afrique centrale sans effusion de sang, d'avoir arboré sur les rives du Congo et du lac Tanganyka le drapeau bleu à l'étoile d'or comme un signe de libération pour l'Afrique, comme un gage de paix entre les nations civi-

lisëes admises à y lutter à armes égales, mais avec les seules armes que leur fournissent leur génie industriel et mercantile, et Tamour de la science.

» C'est avec anxiété, Sire, que nous avons suivi Votre Majesté dans ses premiers efforts pour pénétrer le mystère du continent africain, puis pour y ouvrir les voies à la civilisation ; que nous avons salué et admiré l'abnégation et l'amour du devoir dont ont donné l'exemple les officiers de l'armée qui se sont associés à vos travaux. Mais c'est aussi avec un légitime orgueil que nous avons vu Votre Majesté dans une entreprise, dont l'histoire de l'humanité n'offre pas d'autre exemple, triompher de tous les obstacles que lui opposaient et la nature sauvage, et les compétitions des Etats civilisés, pour aboutir enfin à l'éclatante consécration que l'Europe et les Etats-Unis d'Amérique viennent de donner à l'œuvre du Roi des Belges, du digne fils de Léopold I«', l'auguste Fondateur de notre nationalité.

» Ce qui nous touche surtout, Sire, dans cette création qui est la Vôtre, c'est que, Souverain d'un pays neutre. Vous avez garanti cet empire africain contre tous les risques de guerre, en faisant reconnaître par le monde entier son absolue neutralité ; c'est que, chef d'un peuple libre, vous avez fondé sur les bords du Congo l'Etat le plus libre qu'il y ait au monde, où le commerce s'exercera, en toute franchise, par toutes les nations.

» Les Belges, Sire, ont applaudi à la noble tâche que vous avez assumée.

» Nous sommes persuadés qu'ils tiendront à honneur de s'associer jusqu'au bout à la glorieuse entreprise, dont le succès vient d'être consacré par l'assentiment unanime des États européens. »

Félicitations de la Société de Géographie de Londres.

M. le mai-quis de Lorne, gendre de la Reine d^ Angleterre, et Président de la Société royale de Géographie de Londres, a adressé au Roi, le i*^' juin i885, une lettre de félicitations, au nom de cette Société savante, qui a publié dans ses Proceedings la réponse suivante de Sa Majesté :

« Pavillon d'Ostende, le 6 juillet i885.

» Mon cher cousin,

» J^ai été très heureux de recevoir la délibération du Conseil de la Société royale de Géographie de Londres, dont vous avez eu la bonté de me faire part, en votre qualité de Président. Je suis extrêmement sensible à la démarche, si flatteuse pour moi, du Conseil de la Société, et j'ai chargé le Ministre de Belgique de lui faire parvenir mes remerciements officiels. Ne doutant pas de la grande part que vous avez prise à la délibération du Conseil, je vous prie de recevoir l'expression de ma reconnaissance, et de vouloir bien dire à vos collègues le prix que j'attache à leur approbation.

» Les principaux membres de la Société royale de Géographie de Londres ont puissamment contribué au succès du Congrès de géographie de Bruxelles, et à la rédaction du programme qui a été suivi depuis par les Associations africaines, fondées à la suite de cette réunion. La bienveillance avec laquelle les membres de la Société royale de Géographie de Londres saluent les débuts du nouvel Etat indépendant du Congo, me fait espérer qu'il pourra toujours compter sur leur sympathie.

» Pour que l'Etat indépendant du Congo rende à la civilisation et au commerce les services que nous en attendons, il importe que nous le dotions d'un chemin de fer entre Vivi et le Stanley-Pool, et que nous mettions à la tête de l'Etat, en Afrique, des agents capables. Nous nous occupons activement de ce chemin de fer ; des études sur le terrain sont maintenant en cours; nous ne voulons lancer notre projet que lorsqu'elles seront terminées, et que nous serons d'accord avec des maisons de tout premier ordre.

» Je suis, etc.

» LÉOPOLD

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