LE COURRIER DE BRUXELLES
J2 mars i885.
La communication que le Gouvernement a faite hier à la Chambre, au sujet du Congo, n'est qu'un premier acte; M. Beernaert en a fait pressentir un second lorsqu'il a dit (nous citons textuellement ses paroles d'après les Annales parlementaires) :
« L'œuvre n'est point terminée ; il reste à organiser définitivenoient le nouvel État, et c'est là encore une entreprise laborieuse et difficile, bien qu'elle doive être rendue plus aisée par la bienveillance de toutes les Puissances, et par le précieux avantage d'une neutralité assurée d'avance.
» Je n'ai encore en ce rhoment aucune communication à yaire à ce sujet à la Chambre, »
Ce que sera la communication ultérieure du Gouvernement, il n'est pas difficile de le prévoir : depuis plusieurs jours, il n'est bruit dans les organes qui sont en relations avec la direction de l'Association africaine, que de la proposition qui sera faite aux Chambres d'autoriser le Roi Léopold II à prendre le titre de Souverain du Congo.
Aux termes de la Constitution, l'autorisation dont il s'agit doit, pour être valable, réunir dans les Chambres une majorité des deux tiers des voix, au moins. De hautes convenances exigent qu'une telle proposition ne soit présentée qu'à coup sûr; la plus simple prudence commandait dès lors au Gouvernement de s'assurer, à l'avance, des dispositions des deux partis.
On n'ignore pas qu'une réunion des droites parlementaires a été tenue à cette fin, et ce que nous avons appris de cette réunion ne nous laisse aucun doute sur l'assentiment de la majorité parlementaire.
Si donc, comme tout l'annonce, le Roi Léopold II entend garder pour lui-même la souveraineté de l'Etat, qui lui doit l'existence, la droite n'y fera point obstacle.
Mais là s'arrêtera, croyons-nous, la part officielle de la Belgique à l'organisation visée dans les dernières paroles de M. Beernaert. La Belgique peut consentir à être rattachée par le lien d'une union personnelle aux possessions de l'Association internationale africaine, mais elle a le plus grand intérêt à ne pas les faire entrer dans son propre domaine. C'est sous le bénéfice de cette réserve, très expressément formulée, que les droites prêteront les mains à ce que Léopold II ajoute à son titre de Roi des Belges, celui de Roi ou d'Empereur du Congo.
Ce sera le second acte par lequel nos Chambres auront à intervenir dans l'entreprise africaine, et il importe à la sécurité de la Belgique indépendante et neutre que ce second acte soit le dernier.