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Léopold Robert d'après sa correspondance inédite

En commençant cet ouvrage je n’avais pas l’intention de donner une étude complète sur la vie et sur les ouvrages de Léopold Robert. La notice publiée, dès 1838, par M. Delécluze, qui avait intimement connu Robert, et surtout le livre beaucoup plus étendu de M. Feuillet de Conches, qui a si ingénieusement utilisé l’importante correspondance du peintre des Moissonneurs avec MM. Marcotte d ’Argenteuil , Schnetz, Navez, etc., semblaient rendre un pareil travail entièrement superflu. Mais pendant des séjours prolongés que j’ai faits depuis quelques années dans la patrie de l’illustre

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artiste, j’ai recueilli un grand nombre de documents précieux qui jettent sur quelques périodes peu connues de la vie de Robert, sur sa première jeunesse en particulier, un jour plein d’intérêt. M. Àurèle Robert, le frère, le fidèle compagnon de Léopold, lui-même peintre de grande valeur, a bien voulu non-seulement rassembler à mon intention des souvenirs déjà lointains, quoique encore vivants dans son esprit, mais me confier de nombreuses lettres, jusqu’ici jalousement et pieusement conservées comme un trésor de famille. D’une autre part, M. Albert de Meuron, fils du peintre éminent que la Suisse vient de perdre, et lui-même paysagiste distingué, m’a également communiqué la correspondance de l’artiste avec son père; d’autres personnes ont mis un empressement, dont je les remercie vivement, à compléter cette récolte, de sorte que là où je croyais d’abord ne glaner que quelques épis, j’ai fait une abondante et précieuse moisson. Ce travail servira donc à compléter des ouvrages qui existent déjà; il comblera quelques lacunes;

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il permettra aux admirateurs de Robert de lire plus profondément dans sa noble et belle âme ; il fera mieux comprendre les rouages intimes, les ressorts secrets du caractère d’un artiste qui ne se bornait pas à produire, mais qui, toujours en face de sa conscience et de sa pensée, savait voir en lui-même et exprimer abondamment ses sentiments. Ce n’est pas que je veuille faire de Robert un écrivain. Dans ses premières lettres surtout, il est un peu long, un peu lourd et diffus; comme ses idées pittoresques, ses idées générales se dégagent laborieusement. Mais sa nature droite, sérieuse, patiente, scrupuleuse, se montre à chaque ligne, dans ces sincères et naïfs épanchements, et il me semble que le spectacle de ces luttes intérieures, de ces efforts obstinés, de ces aspirations énergiques et continuelles vers un but toujours plus élevé, est propre à captiver l’observateur du cœur humain, le philosophe, le moraliste aussi bien que l’artiste de profession. Robert n’est à aucun degré un improvisateur, un esprit de prime saut. Il élaborait

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péniblement et longuement ses conceptions pittoresques. Il avait plus de talent que de facilité, et, si l’on me permet ce mot, que de virtuosité. Aussi ses lettres donnent-elles de tous points l’image de son génie et celle de son âme.

J’en ai dit assez pour expliquer que je me mettrai en scène le moins qu’il me sera possible. C’est Robert qui parle, et on ne se plaindra pas de ma réserve. Je me bornerai à relier ses lettres par un récit succinct des principaux événements de sa vie et par un examen sommaire de ses ouvrages les plus importants, afin de mettre les uns et les autres à leur place et dans leur jour, me réservant d’insister davantage sur les périodes, peu ou mal connues, auxquelles se rapportent plus particulièrement les pièces inédites que je publie.

Fleurier, octobre 1870.

d’apiiè s

SA CORRESPONDANCE INEDITE

Famille de Robert. — Son enfance. — Il étudie au collège de Porrentruy. — On le met en apprentissage de commerce à Yverdon. — Il part pour Paris et suit l’atelier de Girardet et celui de David. — La famille Girardet. — Lettres de Robert à ses parents. — Naissance du roi de Rome. — Opinion de David sur l’Académie. — Robert se prépare au concours pour le grand prix de gravure. — Séjour de Mme Robert à Paris. — Entrée des alliés à Paris. — Robert obtient le second prix. — Il grave le portrait de Mme David. — Séance de l’Institut pour le couronnement des lauréats. — Visite à David et à de Humboldt.

Louis-Léopold Piobert naquit aux Éplatures, près de la Chaux-de-Fonds, le 13 mai 179 1\ 1. Il appar-

I. Extrait des registres civils de la circonscription de la Chaux-de-Fonds :

<' Robert Louis-Léopold , fils d’Abram-Louis, fils d’Abram- Louis Robert, et de Suzanne-Charlotte, fille d’Abram-Louis-

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