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tout en étant plus économique. Le départ de cet ami (S.) nous dérangera et nous serons obligés de nous séparer. Je veux aussi vous parler un peu de mon ami Borel qui partira sans doute avec moi. Je serai charmé de vous le faire connaître, et vous verrez si je ne sais pas choisir mes amis. Il recevra son diplôme de docteur dans une quinzaine de jours et il ira ensuite faire un tour en Suisse. Nous sommes très-liés et j’espère que nous le serons toujours. Je vous prie de dire mille choses à toutes nos connaissances. Maintenant que je compte bientôt vous revoir, je deviens paresseux pour écrire, parce que je me refie sur ma langue. Combien je me réjouis de vous revoir ; j’espère que je passerai de bien beaux moments. A la vie et à la mort. Adieu, au revoir, je vous embrasse tous. Votre dévoué,
Léopold arriva à la Chaux-de-Fonds en septembre 1816, avec son ami le Dr Borel. M. Aurèle Robert m’écrit, « que quoiqu’il n’eût alors que douze ans, cette heureuse scène de retour sera toujours gravée dans sa mémoire. » J usqu’à son départ pour Rome, en juin 1818, Léopold Robert partagea son temps entre la Chaux-de-Fonds et Neuchâtel, où il fit un assez bon nombre de portraits gravés, dessinés, ou
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peints. Il fat reçu avec beaucoup de bienveillance dans les meilleures familles de Neuchâtel, surtout dans celles de MM. Roulet de Mezerac et Maximilien de Meuron. Il écrivit en 1817 de laChaux-de- Fonds les deux lettres suivantes à son ami le Dr Borel, qui était retourné à Paris.
« Chaux-de-Fonds, le 24 août 1817.
« Cher Jacques,
« Ce n’est pas sans me faire très -souvent des reproches du long silence que j’ai gardé, cher ami, en ne répondant pas de suite à la lettre que vous m’aviez promise et qui m’est parvenue en son temps. Il est inutile de vous dire combien a été vif le plaisir qu’elle m’a fait éprouver. Votre amitié m’est si précieuse ; tout ce qui me la rappelle ne peut manquer de me procurer des jouissances ; et c’est cependant contre mon cœur que j’ai agi en tardant si longtemps de vous écrire, puisque ça m’a privé du plaisir de recevoir de vos nouvelles. Une des raisons qui m’en a empêché est la crainte de vous ennuyer ; je ne dirai pas que c’est à cause du peu de choses intéressantes que j’ai à vous marquer, c’est parce que je n’en ai aucune; par conséquent toutes les lettres que je vous écrirai seront dans le but d’entretenir une liaison qui
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me sera toujours chère et vous rappeler un ami qui soupire après le moment où il se retrouvera auprès de vous. Je vous laisse à penser combien la société des jeunes gens d’ici me paraît insignifiante, après une liaison intime avec vous, cher ami ; il n’y a que la force des circonstances qui puisse m’obliger à supporter ce changement. Il est vrai cependant que je sors peu; mon goût m’a toujours porté à la retraite et plus ici que partout ailleurs. Quand je ne m’occupe pas de mes travaux, la lecture me charme tant que tous mes autres moments y sont destinés. Ce n’est pas sans plaisir que j’ai relu Voltaire. Ses contes, que je ne connaissais nullement, m’ont enchanté. Quelle philosophie! comme il a bien su cacher son grand art par la naïveté de sa diction. Le bon Roussel m’a fait passer aussi des heures bien agréables. J’ai trouvé une sensibilité, une finesse dans son système physique et moral de la femme qu’on ne retrouve pas dans la continuation de l’ouvrage par M. le Dr Allibert. Mais je vous entretiens ici de choses que vous savez et que vous sentez mieux que moi; pardon, mais en vous parlant de Roussel, je veux vous dire deux mots de notre docteur , puisque c’est lui qui m’a prêté l’ouvrage : c’est ici le seul ami avec lequel je sois lié un peu intimement. Il exerce son état avec beaucoup de bonheur, et plusieurs cures l’ont rendu célèbre
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dans nos montagnes. Il a fait dernièrement l’opération de la hernie étranglée qui a été suivie d’un plein succès; je vais quelquefois voir avec lui les cas les plus curieux, tant en médecine qu’en chirurgie, et j’irais plus souvent si cela ne portait pas préjudice à mes occupations, car j’aime toujours ce qui me rappelle Paris et le temps où je visitais les hôpitaux avec vous, mon cher, et le citoyen Ducrest. Ce qui m’étonne ici, c’est le nombre prodigieux d’écrouelles qu’on y rencontre. Comment un climat aussi sec que nos montagnes peut-il entretenir ce vice scrofuleux parmi un si grand nombre d’habitants? Un jeune homme de dix-huit ans, fort et robuste, domestique ici, a fait une chute depuis le faîte d’une maison et est tombé de telle manière qu’il s’est fracturé les deux fémurs ; mais ce qu’il y a de très-étonnant, c’est qu’une des articulations du genou a été luxée, mais si extraordinairement que le fémur a percé. Le maître l’a fait de suite transporter à l’hôpital Pourtalès, où M. Castella lui a fait l’amputation au bout de deux mois seulement. Il espérait probablement que les os s’ankyloseraient, mais des dépôts se sont formés et l’amputation est devenue nécessaire.
« Notre docteur a fait ces jours une opération très-délicate; il a enlevé à la main d’un jeune homme scrofuleux le troisième doigt avec l’os du métacarpe
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attenant qui étaient cariés. Il craint ne pas avoir grandement travaillé à sa guérison. Il est trèshardi, mais enfin nous devons nous consoler. 11 est heureux quelquefois et puis le plus grand ennemi du magnétisme.
« J’ai à vous faire mille salutations d’Aug. Baillif, que j’ai trouvé bien portant à la Neuville, où sa mère et son oncle, M. le ministre Baillif, se sont retirés. Ce n’est pas sans plaisir que j’ai revu un ami que j’aime et que je craignais ne revoir jamais. La destinée ne lui paraît pas heureuse. Elle l’avait porté dans une région éloignée où il commençait à former un établissement qui lui donnait de brillantes espérances ; elle fa rappelé dans notre vieux monde et le tient fixé dans un petit endroit où il s’ennuie.
a Pour moi je ne sais nullement où la mienne me poussera; elle n’a jamais été assez heureuse pour qu’elle puisse maintenant me donner l’espoir positif de revoir Paris. Peut-être que dans quelques mois je serai mieux instruit. Vous, vous êtes toujours infatigable au travail. Je crois vous voir encore au Luxembourg, lisant votre Stoll. Je suppose que vous n’avez pas quitté le quartier Latin, mais, comme vous avez pu vous décider à quitter la mère Misbach, je prends le parti de l’envoyer dans une lettre que j’adresse à
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Comtesse, et pour ne pas faire le paquet trop gros, je prends encore le parti de finir mon épître en vous priant de saluer mille fois les citoyens Ducrest, d’Église et compagnie.
« Je vous prie de vous rappeler quelquefois un ami qui vous est tout dévoué.
« Vos parents, que j’ai l’avantage de voir chaque fois que je descends, se portent bien. Madame votre mère est maintenant au Yauxseyon. Ma famille et ma mère entre autres me chargent de mille choses agréables pour vous. »
« Mon cher,
a Je viens d’apprendre par Aug. Baillif, qui est venu passer quelques jours à la maison, que vous restiez toujours chez la mère Misbach ; je préfère donc vous envoyer directement la présente par la poste que de vous la faire passer par Comtesse. Il me marquait dans sa dernière qu’il avait été malade assez grièvement et qu’il n’était pas rétabli entièrement d’hémorragies violentes. Je viens vous demander, mon cher, à vous qui devez être instruit, ce qui en est, si on doit craindre, quelles sont les causes, tout en vous assurant que les motifs qui me portent