LE BRIGANDAGE EN ITALIE
imheUe sine ictu^ n'avait pas de tranchant, le gouvernement des Deux-Siciles imagina, de détruire les bandits par eux-mêmes. Dans cette vue, il traita avec un de leurs chefs les plus hardis et les plus entreprenans, le fameux Gaetano Vardarelli, qui, avec ses deux frères, trois de ses parensjet soixante-quinze hommes aussi déterminés que lui, tenait en échec les troupes les plus alertes. Au prix d'une amnistie pleine et entière, et d^une grosse solde pour lui et pour ses cavaliers, cet homme s'engagea à purger de brigands les provinces qu'il avait lui-même ravagées. Sa bande, par un article de la convention, devint squadriglia d'armigeri (un escadron de gendarmes), qui, fidèle à ses engagemens, travailla avec autant de vigueur que de succès à la pacification du pays.
D'abord soldat déserteur de l'armée de Murât, puis proscrit et brigand heureux en Sicile, ce Gaetano avait compté, lors de la restauration des Bourbons, que son intrépidité connue et sa qualité redoutée de brigand lui vaudraient de l'emploi dans l'armée; il avait pensé juste : on l'avait fait sergent dans la garde. Mais les mauvais instincts ayant repris le dessus, il avait déserté de nouveau, s'était fait une bande et avait détroussé sur les grands chemins. Les Vardarelli (la troupe était ainsi nommée du nom du chef), assouplis sous une discipline de fer, toujours à cheval, présens partout, partout insaisissables, excitaient à la fois terreur et admiration. Les gagner était devenu une affaire d'état. La convention qu'ils souscrivirent avec le gouvernement est datée de Naples, le 16 juillet 1817. Le chef reçut traitement de colonel, c'est-à-dire 90 ducats par mois; chacun de ses trois lieutenans eut traitement de capitaine, à savoir, 45 du*
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cals, et chaque liomiiié de la compagnie en eut 30. Il était stipulé que tous ces traitemeos aéraient payés par mois et à TaTauce (art Bi). La compagnie eut à prêter serment de fidélité au roi entre les mains du commissaire royal (art. IV), et le sèment fut prêté. Au rapport do due de Narbonne, alon MriMUB»adeur de France à Naptes, •H assurait même que des récompenses honoriâques leur avaient été promiaes. Rien ne coûtait, en fait de promeises, à ce gouTemement qui devait si mal les tenir.
Mais dans ce malheureux royaume de Naples, où.la &ibleise et Timpopularité des gouvernans avalent réduit à un pareil traité, le roi Ferdinand avait snr les bras, indépendamment du brigandage, la secte des eairiMmari^ re* crutée, chaque jour, des hommes les plus énergiques. Vardarelli luinnême, avant de traiter, se vantait d*y être affilié, et peut-être disaii^l vrai. Faisant s(Kivent cause commune avec les bandits pour arriver plus promptement au renyersement du gouvernement, les sectaires avaient excité des mouvemens insurrectionnels dans les viUes et répandu l'agitation dans les campagnes. Ils s'étaient portés à des hostilités contre les troupes régulières; ils avaient même arraché des mains des autorités une bande de mdlàitenrs qu'elles s'apprêtaient à punir. Ainsi, au mois de janvier 48t8, un chef de brigands, vivement poursuivi par un détachement de troupes, se réfugia avee sa bande dans un château situé à quelque distance de la ville de Lecoe. L'otficier qui commandait le détachement fmsait ses dispositions pour attaquer le château , quand les paysans d*un village voisin, tous carbonari, paruren en armes, firent feu sur la troupe et la forcèrent à la retraite. Le général anglais Ghurch^ au service de Naples et
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coftwiflBftire d« la pronnee, fit partkr des renfort», au noyen desquel» les habitaiis du TiUage et les brigands, fermés dans le château^ furent cernés et obligés dé so rendre.
Au milieu de t«tts ees désordres, le gouYemenient napolitain eut lûentèt peur de son propre outrage, el, dès qu'il en eut recueiUi les fruiiSr il tendit des pièges aux Vardafelli réhabilités» et ne songea plus qu'à later dans leur sang la honte do sa faiblesse. On les accusa de trahison; mais le fait de leur trahison est eontesté. Ce qui ne Test pas, c'est l'histoire, de leur massacre par les troupes napolitaines. Ils furent surpris, un jour de marché, à F(^ia^ et Ton en ût une boucherie. Leur fin courageuse et désespérée, le prestige de leur ancien métier de brigandsy ont rendu leur mémoire très populaire.
Les mêmes difficultés se présentaient dans les états du pape. Depuis que le vigoureux gouyemement de Napoléon avait disparu; depuis que les fnotu prapirio de Pie VM avaient bouleversé les ordres judiciaire et civil, et blessé les opinions et les intérêts créés par la domination fran« çaise, des mécontentemens avaient éclaté, et le brigan** dage, qui sort de terre au prcanier bruit de troubles, avait reparu plus ardent que jamais. Le cri public força enfin les cours de Rome et de Naples à s'enteodrd, dans un in« térèt commun, ponr la protection de lairs sujet» contre les malfaiteurs, et, le 19 juillet 1818, elles signèrent uno convention d'extradition destinée à proroger les articles jusque-là inutiles de 1816.
En vertu de cette tardive convention, des colonnes mobiles de carabiniers (gendarmesy furent erééesdan» lef provinoes maritimes el intérieures des deux pays pour
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prendre les brigands entre deux feux. Les forces militaires romaines et napolitaines furent autorisées à les poursuivre jusqu'à une certaine distance au-delà des frontières respectives.
De mois en mois, une liste de malfaiteurs fut imprimée et publiée, et Ton put tuer comme bête faute, où qu*on le trouvât, tout homme porté sur cette liste, n^ût-il commis aucun délit sur le'territoire.
Cent scudi de récompense à qui représenterait la personne, à tout le moins la tête, d'un chef de bande.
Enfin, pour couper aux brigands les communications et les subsistances, et prévenir l'espionnage des bergers, on retira les bestiaux des montagnes limitrophes les plus infestées, et des troupes gardèrent à vue bergers et bestiaux dans les districts où ils furent cantonnés. ^
Un an presque jour pour jour après la signature de cette convention, fut lancé dans les États-Romains Tédit de démolition de la ville de Sonnino, le repaire de brigands des deux frontières. C'était iinnoncer l'intention de poursuivre sans faiblesse l'exécution des articles; mais des considérations d'indulgence portèrent le souverain Pontife à surseoir à la démolition. Or, quand ce genre de rigueur ne s'exécute pas sur-le-charap, il ne s'accomplit jamais. L'audace des bandits s'en accrut. L'un des secrétaires de l'ambassade du duc de Blacas, le marquis de Son^mery, avait été arrêté et laissé nu, entre Fondi et Terracina, avec son frère, officier au service d'Autriche (1 ).
(1) On se rappelle ce chevalier de Sommery qui, en nOi, passa à Rome sans y coucher, yii le pape Glémeiit XI le temps de lui baise a mule, courut à Saint-Pierre, et de la porte : « N'estrce que celât
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Les brigands poussaient leurs reconnaissances jusqu'aux portes de Rome, et dévalisaient des voyageurs en face de St-Jean-de*Latran . On aurait pu supposer que Toccupâtion militaire de Naples par les Autrichiens qui traversèrent^ en 1821, les états du Saint-Siège aurait du moins ce bon résultat de purger la double frontière et la route de Rome à Naples. Non, l'application du fer étranger ne suffit pas pour extirper la plaie. Se recrutant de déserteurs, de révolutionnaires et réactionnaires de toutes les classes, les bandits furent plus nombreux et plus entreprenans que jamais. Malheur à qui ne voyageait pas sous bonne escorte! Les brigands allèrent, en janvier 1822, jusqu'à enlever et transporter dans la montagne un colonel autrichien , le comte de Godenhove, chargé d'une mission de son gouvernement, et qu'à son cortège ils avaient pris pour l'opulent prince Esterhazy, dont leurs espions avaient annoncé le prochain départ. Quand ils reconnurent leur erreur, le prince était passé sans danger. Us n'en sommèrent pas moins, dans leur colère, le commandant du premier poste autrichien d'avbir à leur payer pour le prisonnier une rançon de 20,000 écus romains. L'effronterie du fait, encore plus celle de la demande, allumèrent l'indignation du général en chef,
dit-il, et s'en alla. Cette étourderie àrait produit, dans le temps, nn elTet extraoïdinaire. Cléinent XI, qui en avait été blessé, en parlait sans cesse. II en pleura même, lui dont la politique avait, en toute occasion, un torrent de larmes à ses ordres. On prit texte de cette vieille aventure pour railler le marquis de Sommery sur la sienne, et Ton alléguait que c'était une vengeance tirée sur sa personne, par les Romains, du mépris d'un de ses aïeox.
banm de PrinKHitf le même à qai Paul-Loiû» CkHirief appliqua sev oaustiqoes. U §^ réponàre qu'il m sayait pai ee que e'étail que de radieter dea mttitaifea attlriebieu à prii d^argent; et, eoitimaadaDt une baUue par un hatatlloo d'arquebusier» tyroliens soutenu d'un <^taché* nent de cataterie et d'iitfaBtéfie romaiaea, il traqua les iMindits dans leur repaire^ €ernés de toute pari, époo* tintés à la Tve des feux de bivouae^ succombant ééjà sous la faim et la fatigue, ceux-ci relàcbèrem le colood en lui faisant promettre de solliciter pour eux une amnistie, qui leur ftit refusée. La bande fut prise en partie^ et fe reste se dispersa dans ks Apennins pour tomber^ plus tanl, dans une lutte désespérée, sou» le plomb des cavabiniefs on sous la oorde du bourreau.
Traqué de to«t côté et par tous les moyens^ le luriga»dage &i une vigoureuse résistance; mais bientôt la delàtiofi creusa des précipices autour des bandits^ parmi lesquels ne se trouvait pas une seule tête dont la loi n'eôt à Tavance disposé. Le cor|» de earabimers des deux na«tioiis, secondant à Tenvi la benne int^igetiee établie entre les Autorités de police sur la double froatitoi, fl'appa, de son côté, de teifribles conps^ Enfin, fabandea Ml par le clergé de la dlme en argent que la plupart dis paysans ne pouvaient payer sans voler; surtout encore le bien-être des populations, fruit d'une longue paix, acberèrent alors r€BUVfe de la deslruetkm da brigaur dttge. Toittefbis rarmement général el Tacoefi^laliov de h civilisation moderne de ce côté des Alpes et dans fliàHé du nord pourraient seuls réussir à Textlrper d'une manière radici^. Malbenreusement cette civilisation, fondée sur le travail, rencontre dans les mssnr»dv.|'itidie mér»-
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dUoiale teop d'obstadesy que lei bofiletenemeos poliii** ^pte» modernes oe font qu'augmenter encore. L'unité italienne est un rêve : les sympathies des peuples ne s'improvisent pas. Ce sont encore les Romains, les Volsques, les Sabins» etc., des temps antiques qui foulent le sc4 de ritalie, et le vieux levain gibelin et guelfe y fait, aussi par tradition, germer ses haines de nation à nation, de ville à ville, de quartier à quartier dans les cités. Le peuple, ignorant et sapepstitieux, ne comprend rien aux améliorations que réclament à main armée la noblesse et les classes éclairées de la bourgeoisie. Tantôt il voit avec indifférence, tantôt avec une malignité hostile, l'agitation des réformateurs, et une aristocratie naturellement odieuse ne réussit pas mieux par la ruse que pap l'autorité, faute d'avoir su rattacher à ses passions l'intérêt des masses populaires. Le brigandage sourit mieux à la multitude. Il restera donc endémique dans ces contrées, grâce aux fautes des gouvernans et des classes privilégiées. Aujourd'hui encore il fait, par le souvenir, frémir la fibre du peuple, comme le son lointain du clairon fait hennir le coursier de guerre : les héros, les types nationaux sont là. Avec les chevaliers du Tasse, les brigands, — ces chevaliers errans des rêves de liberté désordonnée des classes ignorantes, — sont l'ornement et le succès des ballades qui se déclament, le soir, au môle de Naples ou à la foire de Garditello. Nul doute que ce ne fût le sujet de la cantilène poétique de (^Improvisateur napolitain que nous avait donné Léopold Robert. Une vie comme celle de tous les brigands, une vie tissue des plus romanesques aventures de courage, d'amour, de crime, de générosité chevaleresque, — en
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un mot de drame Joué au grand air d'une liberté sans limite, -r n'est que trop faite pour séduire des esprits passionnés qui prennent Féclair de Timagination pour le foyer du bon sens. Que les, désordres politiques et administratifs (ce qu'à Dieu ne plaise!) continuent à remuer ritalie, et le brigandage, qui déjà renaît, va se propager ; vérité terrible qu'on voit, armée du glaive, descendre du haut des Apennins pour avertir les peuples et les gouvernemens.