‹ L’Epave du CynthiaChapitre 25 sur 108 · APPFYONS AU SUD-OUEST · texte numérisé non relu

APPFYONS AU SUD-OUEST

rive moins souvent de voir leupsjl nivaux appréciés, dansun salon, par des juges bien informés. La respectueuse curiosité du jeune lieutenant alla droit au cœur du|vénérablejgéôgraphcjct mit un sourire sur ses lèvres pâles.

« Je n'ai pas eu grand mérite à ces découvertes, dit-il en réponse à quelques mots d'Erik sur des fouilles heureuses, récemment exécutées aux environs d'Àssouan. J'allais droit devant moi, en homme qui cherche à oublier des peines cruelles et qui se soucie peu des résultats, pourvu qu'il se livre aux travaux de son goût. Le hasard a fait le reste... »

Voyant Erik et M. Durrieu si bons amis, l'amiral eut soin de les faire placer l'un près de l'autre à table, de sorte que leur causerie se poursuivit tout le temps du dîner.

Comme on prenait le café, le lieutenant de VAlashti se vit entrepris par un petit homme chauve, qui lui avait été présenté sous le nom du docteur Kergaridec, lequel lui demanda de but en blanc quel était son pays. D'abord un peu surpris delà question, Erik répondit qu'il était Suédois, ou, pour parler plus exactement, Norvégien, et que sa famille habitait le gouvernement de Bergen. Puis il désira connaître le mol if de cette demande.

« Le motif est fort simple, lui répondit son interlocuteur. Voilà une heure que je me permets do vous considérer par-dessus la table, tout en dînant, et je n'ai jamais vu nulle part le type celte

l'épave du cyxthia.

aussi licitement accusé que chez vous!... Il faut vous dire que je suis fort adonné aux études celtiques!... Or, voici la première fois qu'il m'arrive de rencontrer le type celte chez un Scandinave! Peut-être y a-t-il là une indication précieuse pour la science, et faut-il classer ]a Norvège parmi les régions visitées par nos ancêtres gaëls ! »

Erik allait sans doute expliquer au savant brestois les raisons qui infirmaient la valeur de cetto hypothèse, quand le docteur Kergaridec se détourna pour adresser ses hommages à une dame qui venait d'entrer dans le salon du préfet maritime, et l'entretien en resta là. Le jeune lieutenant de V Alaska n'aurait même plus pensé à cet incident, si, le lendemain, en passant dans une rue voisine d'un marché, M. Schwaryencrona ne lui avait dit tout à coup, à la vue d'un bouvier du Morbihan :

« Mon cher enfant, si j'avais pu conserver un doute sur ton origine celtique, je le perdrais ici! Vois donc comme tous ces Bretons te ressemblent!... Comme ils ont ton teint mat ton crâne osseux, tes yeux bruns, tes cheveux noirs et jusqu'à ton attitude générale !.,. Bredojord en dira ce qu'il voudra, mais tu es un Celte pur sang, sois-en sûr !» • .

Erik conta alors ce que lui avait dit la veille le docteur Kcrgaridec. Et M. Sclnvarvencrona en fut si ravi, qu'il ne parla d'autre chose pendant tout le jour.

APPUYONS Al" SUD - OUEST

Comme les autres passagers de V Alaska, Tiulor Brown avait reçu et accepté l'invitation du préfet maritime. On put même croire un instant qu'il allait s'y rendre dans son costume habituel, ear c'est ainsi qu'il s'était fait débarquer à l'heure du dîner. Mais, sans doute, la nécessité d'ôter son précieux chapeau lui parut trop dure, et, au moment même de franchir la porte de son hôte, il rebroussa chemin. On ne le vit plus de la soirée.

En rentrant après le bal, où il avait dansé fort et ferme, Erik apprit d'Hersebom que Tudor Brown était revenu vers sept heures et avait dîné seul. Après quoi il avait pénétré dans l'appartement du commandant pour consulter une carte marine; puis, il était reparti vers huit heures dans le canot qui l'avait ramené de terre.

ICe furent les dernières nouvelles qu'on eut de lui. Le lendemain soir, à cinq heures, Tudor Brown n'avait pas reparu. Il savait pourtant que les réparations de la machine devaient être terminées, les feux rallumés, et que le départ de Y Alaska no pouvait être retardé. Le commandant avait pris soin d'en avertir tout le monde. Il donna donc l'ordre de lever l'ancre.

Le navire allait larguer ses amarres, quand un canot, l.incé à toute vitesse, fut signalé, venant du (j uai. Tout le monde crut qu'il portail Tudor lïmwn. Ou vit bientôt qu'il s'agissait seulement d'une lettre A la surprise générale, cette lettre était adressée à Erik.

•roi)

l/ÉPAVE PT* CYNTIIIA.

En l'ouvrant, Erik constata qu'elle contenait simplement la carie de M. Durrieti, consul gênerai honoraire, membre de la Société de géographie, avec ces mois au crayon : *

« Bon voyage ! . . . Prompt retour ! . . . »

Explique qui pourra ce qui se passa dans l'âme d'Erik. Cette attention d'un savant aimable et distingué lui alla au cœur et fit monter une larme à ses yeux. En quittant celte terre hospitalière, qu'il connaissait depuis trois jours à peine, il lui semblait quitter une patrie. Il serra la carte de M. Durrieu dans son carnet, en se disant que cet adieu d'un vieillard lui porterait bonheur.

Deux minutes plus tard, Y Alaska se mettait en mouvement et s'avançait vers le goulet. A six heures, il l'avait franchi, et le pilote lui souhaitait bon voyage.

On était au 20 février. Le temps était clair. Le soleil avait disparu sous une ligne d'horizon aussi nette qu'en un jour d'été. Mais la nuit montait, et bientôt elle allait être profonde, car la lune ne devait se lever qu'à dix heures du soir. Erik, de service pendant le premier quart, se promenait d'un pas léger sur le gaillard d'arrière. Il lui semblait qu'avec Tudor Brown le mauvais génie de l'expédition avait disparu.

« Pourvu qu'il n'aille pas s'aviser de ne us rejoindre à Malte ou à Suez! » se disait-il.

Et r'élait en ell'et possible, — probable même, si Tudor lïrown avait voulu s'épargner le long dé-

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