‹ L’Epave du CynthiaChapitre 4 sur 108 · CHEZ IN PÉCHEUR DE NOROE · texte numérisé non relu

CHEZ IN PÉCHEUR DE NOROE

chcur. Mais il a fait du chemin depuis colle époque ! On dit qu'il est riche à millions aujourd'hui et qu'il habite à Stockholm un véritable palais ! ... Oh î l'instruction csl une belle chose! »

Sur cet aphorisme, le brave homme s'apprêtait à planter sa cuiller dans le plat de poisson et de pommes de terre fumantes, quand un coup frappé à la porte arrêta net ce mouvement.

« Peut-on entrer, maître Hersebom? » criait dans le couloir une voix forte et bien timbrée.

Et, sans attendre la permission, celui-là même dont on venait de parler pénétra dans la salle, apportant avec lui une grande bouffée d'air glacé.

« Monsieur le docteur Schwaryencrona! s'écrièrent les trois enfants, tandis que le père et la mère se levaient avec empressement.

— Mon cher Hersebom, dit le savant en prenant la main du pêcheur dans les siennes, nous ne nous sommes pas vus depuis longues années; mais je n'ai pas perdu le souvenir de votre excellent pi«re, i l j'ai pensé que je pouvais me présenter chez vous en ami d'enfance! »

Le digne homme, un peu gêné sans doute par le souvenir des accusations qu'il avait si récemment dirigées contre son visiteur, ne savait trop comment répondre à ces paroles. Il se contenta doue do rendre sa poignée dr main au docteur avec un sourire de cordiale bienvenue, tandis que sa honni» femme courait au plus pressé.

« Vile, Otto, Erik, aidez monsieur le docteur à

l'épave du cynthia.

ôtcr sa pelisse, et toi, Vanda, un couvert de plus! disait-elle, hospitalière comme toutes les ménagères norvégiennes. Monsieur le docteur nous fera bien la faveur de manger un morceau avec nous?

— Ma foi, ce ne serait pas de refus, croyez-le bien, si j'avais le moindre appétit, car voilà un plat de saumon fort tentant!... Mais il n'y a pas une heure que j'ai soupé avec mon ami Malarius, et je ne serais certes pas venu si tôt si j'avais cru vous trouver encore à table!... Si vous voulez me faire grand plaisir, vous reprendrez vos places et vous fonctionnerez comme si je n'étais pas là.

— Oh ! monsieur le docteur, implora la bonne femme, vous accepterez au moins quelques « snorgas » et une tasse de thé?

— Va pour la tasse de thé, mais à une condition, c'est que vous dînerez d'abord, » répondit le docteur en s'installant dans le grand fauteuil qui lui tendait les bras.

Aussitôt Vanda mit discrètement la bouilloire sur le feu et disparut comme un sylphe dans la salle voisine, tandis que toute la famille, comprenantavec une courtoisie native qu'elle désobligerait son hôte en insistant, se remettait en devoir d'attaquer les vivres.

En deux: minutes le docteur se fut mis à l'aise. Tout en Lisonnaut dans la cheminée et se rôtissant les jambes à la flambée de bois sec que Katrina venait d'y jeter avant de se remettre à table, il causait du vieux temps, des anciens qui avaient

Page 1