‹ L’Epave du CynthiaChapitre 5 sur 108 · CHEZ UN PÊCHEUR DIS N0R0Ë · texte numérisé non relu

CHEZ UN PÊCHEUR DIS N0R0Ë

disparu, de ceux qui restaient, des changements qui s'étaient opérés dans le pays et à Bergen môme. Il se trouvait tout à fait chez lui, et, chose plus remarquable, il avait déjà réussi à remettre muas 1er llersebom dans son assiette, — quand Vanda rentra avec un plateau do bois chargé de soucoupes et le présenta si gentiment qu'il n'y eut plus moyen de résister.

C'étaient les fameux « snorgas » de Norvège, — aiguillettes de renne fumé, filets de harengs au poivre rouge, minces tranches de pain noir, fromage pimenté et autres condiments farouches qu'on mange à toute heure pour s'ouvrir l'ap-

Ceux-là répondaient si bien à leur destination que le docteur, qui en avait goûté par complai sanee, se trouva en état de faire honneur aux confitures de mûres sauvages, qui étaient la gloire spéciale de dame Knlrina, et fut pris d'une soif que sept à huit tasses de thé sans sucre suffirent à peine à apaiser,

Maaster llersebom produisit alors une jarre d'excellent « schïedam » qui lui venait d'un acheteur hollandais. Puis, le souper se trouvant terminé, le docteur accepta de la main de son hôte une énorme pipe qu'il bourra et fuma à la satisfaction générale.

Inutile de dire qu'à cette phase des opérations, la glace était depuis longtemps rompue et que le docteur semblait avoir toujours fait partie de la

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famille. On riait, on bavardait, on était les. meilleurs amis du monde, quand dix heures sonnèrent h la vieille horloge de bois verni.

« Çà, mes bons amis, voilà qu'il se fait tard! dit alors le docteur. Si vous voulez bien maintenant envoyer les enfants au lit, nous causerons d'affaires sérieuses. »

Sur un signe de Katrina, Otto, Erik, Vanda, souhaitèrent immédiatement le bonsoir à tous et se retirèrent.

« Vous devez vous demander pourquoi je suis venu? reprit le docteur, après un instant de silence, en fixant son regard pénétrant sur maaster Hersebom.

— Mon hôte est toujours le bienvenu, répondit sentencieusement le pécheur.

— Oui, je sais, je sais que l'hospitalité ne se perd pas à Noroë !... Mais enfin, vous vous êtes certainement dit déjà que je dois avoir un motif pour avoir quitté ce soir la compagnie de mon vieil ami Malarius et m ètre ainsi présenté chez vous!... Je gage que dame Ilersebom n'est pas sans avoir quelque soupçon de ce motif.

— Nous le saurons, quand vous nous l'aurez fait connaître, répliqua diplomatiquement la bonne femme.

— Allons! fit le docteur avec un soupir, puisque vous ne voulez pas m ailler, il faut que j'arrive tout seul au fait!... Votre iils Erik est un enfant des plus remarquables, maaster Ilersebom.

Clii:Z UN PÉCHEUR DE NOROË.

— Je no me plains pas de lui, répondit le pêcheur.

— Il est singulièrement intelligvul et instruit pour son âge, poursuivit le docteur. J» 1 l'ai interrogé aujourd'hui à l'école, et j'ai été très vivement frappé des facultés peu ordinaires de travail et de réflexion que cet examen m'a révélées en lui!.. J'ai été frappé aussi, quand j'ai su son nom, de voir comme il vous ressemble peu de visage et comme il ressemble peu aux enfants du pays! »

Le pécheur et sa femme restaient immobiles et silencieux.

<« lîrcf, reprit le savant avec une certaine impatience, cet enfant ne m'inléresse pas seulement, — il m intrigue. J'ai causé de lui avec Malarius, j'ai appris qu'il n'est pas votre fils, qu'un naufrage l'a jeté sur nus côtes, que vous l'avez recueilli, élevé et adopté jusqu'au poiul de lui donner votre m un! Tout cela est vrai, n'est-ce pas?

— Oui, monsieur h' docteur, répondit gravement Hersebom.

— S'il n'est pas noire fils par le sang, il l'est par le cœur et par l'affection î s'écria Katriua, l'œil humide cl h lèvre frémissante. Entre lui et notre Otto ou notre Yaiula, nous ne faisons point de différence! Nous n'avons jamais songé seulement à nous rappeler qu'il y eu eu I une!

— Ces sentiments vous font honneur à tous deux, dit le docteur, ému de l'agitation de la bravo femme. Mais je vous en prie, mes amis, contez-moi

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toute l'histoire de l'enfant. Je suis venu pour la savoir, et je ne lui veux que du bien, je vous l'assure. »

Le pêcheur, se grattant l'oreille, parut hésiter un instant. Mais, voyant que le docteur attendait son récit avec impalience, il finit par se décider à parler.

« Les choses sont bien ainsi qu'on vous les a contées, et l'enfant n'est pas notre fils, dit-il comme à regret. Yoilà bientôt douze ans de cela, j'étais allé pêcher au delà de l'îlot, qui masque l'entrée du fiord vers la haute mer!... Vous savez qu i! repose sur un banc de sable et que la morue y est abondante!... Après une assez bonne journée, je relevais mes dernières lignes et j'allais hisser ma voile, quand je vis flotter sur les eaux, au soleil couchant, à environ un mille de distance, quelque chose de blanc qui attira mon attention. La mer était belle, et rien ne me pressait de rentrer au logis. Au lieu de mettre le cap sur Noroë, j'eus la curiosité de gouverner sur cette chose blanche et de voir ce que c'était. En dix minutes je l'avais rejointe. L'objet qui flottait ainsi, porté vers la côte par la marée montante, était un petit berceau d'osier, enveloppé d'une housse de mousseline et bien attaché sur une bouée. Je m'en rapprochai jusqu'à portée de la main avec une émotion que vous pouvez comprendre; je saisis la bouée, je la tirai de l'eau, et j'aperçus alors dans le berceau un pauvre bébé de sept à huit mois, qui dormait à

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