‹ L’Epave du CynthiaChapitre 46 sur 108 · COI" PS DE CANON · texte numérisé non relu

COI" PS DE CANON

perdre et qu'il fallait sortir sans délai de ce ul-de-sac, s'il ne voulait s'y voir enfermé peuttre sans ressource. Virant de bord vers l'est, il le songea plus qu'à lutter contre le vent, contre la îeige, contre l'armée hurlante des glaçons.

Mais bientôt il fallut s'avouer que l'entreprise tait sans espoir. La tempête faisait rage avec une lie puissance que ni la machine de F.l/W.v/ ni son éperon d'acier ne pouvaient plus rien. Non seulement le navire avançait peu, mais par moments il était forcé de reculer de plusieurs mètres. Ses mâts gémissaient sous l'effort du vent. Une neige épaisse, obscurcissant le ciel et aveuglant l'équipage, couvrait déjà le pont et les manœuvres sur plus d'un pied d'épaisseur. Les glaces, s' entassant, s'accinii u Lui I , élevaient, à chaque rafale, leur muraille impénétrable. Force fut de revenir à la banquise, d'y chercher presque à tâtons un petit havre, de se résigner à attendre une éclaircie.

Le yacht américain avait disparu dans la tourmente, et, dans l'état où l'avait mis le coup de bélier de Y Alaska, il était plus que douteux qu'il put y résister. Quant à sortir de l'impasse, Erik ne supposait même pas que ce fût à craindre.

Au surplus, la situation était assez grave pour qu'on n'eût plus que des soucis personnels, et, de minute en minute, elle empirait.

Rien ne peut rendre l'horreur et l'épouvante de ces tempêtes arctiques, oùles forces de La nature

primitive semblent, en quelque sorte, se réveiller

pour donner au navigateur un spécimen de c qu'ont dû être jadis les cataclysmes de la période glaciaire. L'obscurité était profonde, quoiqu'il fût à peiné cinq heures du soir dans les pays où le jour et la nuit se distinguent l'un de l'autre. La machine à vapeur ayant dû s'arrêter, il n'y avait pas à songer à allumer 1*' fuyer électrique. Aux sifflements de l'ouragan, aux roulements du tonnerre, au vacarme des glaces flottantes, s'entre- choquant et s'écroulant les unes sur les autres, s'ajoutaient dans les ténèbres les craquements de la banquise qui se disloquait et se brisait de toutes parts. Chaque crevasse, en se formant, donnait lieu à une détonation qui se détachait sur la basse continue de la tempête, comme un coup de canon en détresse. La fréquence de ces explosions indiquait, que les tissures devaient être innombrables.

Bientôt VA laska en subit directement le contre coup. Le petit havre où il avait pu se réfugier n tarda pas à être envahi par le « drift-ice » , comme les moindres recoins du golfe. Un entassement de glaçons, uni, cimenté par la neige qui tombait toujours, se forma autour de la coque du navire, l'assiégea, l'enserra comme dans un étau. Dès lors, Y Alaska se mit à craquer, lui aussi, sous l'elTort des glaces. Ses membrures gémirent à l'unisson de la banquise dans laquelle il était maintenant incrusté. Atout instant, on pouvait redouter que la coque se rompît, et cela n'aurait assuré-

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