‹ L’Epave du CynthiaChapitre 61 sur 108 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

avait été un pou bien maladroite en rebutant un soupirant aussi distingué, etqu'il faudrait à l'avenir lui montrer plus de considération,

Mais Erik, chose singulière, n'avait plus d'yeux pour elle depuis qu'il se sentait au-dessus de ses injustes dédains. Soit que l'absence et les réflexions de ses nuits de quart lui eussent ouvert les yeux sur la sécheresse de cœur de Kajsa, soit que la satisfaction de ne plus être à ses yeux un misérable « enfant trouvé » lui suffit, — il ne lui accordait plus aujourd'hui que la part de stricte courtoisie à laquelle elle avait droit comme jeune iille et comme nièce du docteur Schwaryenerona.

Toutes ses préférences étaient pour Yanda, qui véritablement devenait de plus en plus charmante, en achevant de perdre ses petites gaucheries villageoises sous le toit d une femme aimaldo el distinguée. Son exquise bonté, sa grâce native, sa simplicité parfaite la faisaient aimer de quiconque l'approchait. Elle n'avait pas passé huit jours au Val-Féray, que M' ne Durrien déclarait hautement qu'il lui serait désormais impossible de se séparer d'elle.

Erik se chargea d'arranger tout en décidant maaster Mersebom etdanir Kalrina à laisser Vanda en France, sous la rond il ion expresse que, chaque année, elle irait avec lui les embrasser à Noroë. Il avait bien songé à garder en Bretagne toute sa famille adoplivo, et offrait même d'y faire transporter de toutes pièces, au bord de la rade de

Brest, la maison de bois où il avait passé son enfance. Mais ce projet d'émigration en masse fut généralement jugé impraticable. Maaster Iiersebom et dame Kalrina étaient, trop âgés pour un pareil changement dans leurs habitudes. Ils n'auraient pu être pleinement heureux dans un pays dont ils ne connaissaient ni la lang ue ni les mœurs. Force fut donc de les laisser repartir, non sans leur assurer pour leurs vieux jours cette aisance que toute une vie de labeur et d'honnêteté avait été jusqu'alors impuissante à leur conquérir.

Krik aurait voulu au moins garder Otto. Mais, lui aussi, il préférait son fiord à toutes les rades de la terre, et il ne voyait pas d'existence préférable à cèlle de pêcheur. S'il faut ton l dire, les cheveux gris de lin et les yeux bleus de RegniJd, la fille du gérant de la fabrique d'huile, n'étaient pas étrangers à cette attraction invincible que Noroë gardait pour Otto. C'est du moins ce qu'il fut permis de conclure, quand on apprit qu'il allait l'épouser à « Yule » (Nord) prochain.

M. Malarius compte bien faire l'éducation de leurs enfants comme il a fait celle d'Erik et de Vanda. Il a modestement repris sa place à l'école du village, après s'être vu associé aux honneurs décernés par la Société de géographie de France' au commandant de Y Alaska. Il corrige actuellement les épreuves de son magnifique ouvrage sur la flore des mers arctiques; édité aux frais de la Société Linnéenne. Quant au docteur Schwaryen-

LK VAL-l'KHAY.

CuNriX'SION.

crona, il n'a pas encore mis la dèrnière main au grand Traité iconographique, qui doit transmettre son nom à la postérité.

La dernière alïaire judiciaire dont se soit occupé M. l'avocat Bredejord a été le procès engagé par lui pour établir les droits d'Erik à la propriété entière de la source Yandalia. Il Ta gagné en première instance et en appel, ce qui n'est pas un mince succès.

Erik a profité de ce succès, et de la grosse fort u ut' qui lui est échue, pour acheter Y Alaska, qui est devenu son yacht de plaisance. Il s'en sert tous les ans pour aller, en compagnie de M me Durrien et de Vanda, voir à Noroë sa famille adoptive. Quoique son état civil ait élé rectilié et qu'il porte aujourd'hui légalement son nom d'Emile Durrien, il a lenu à y ajouter celui d'IIerscbom, et tous les siens ont conservé l'habitude de l'appeler Erik.

Le vœu secret de sa mère est de lui voir épouser un jour Vanda, qu'elle aime comme s;i lille ; et ce vœu est trop conforme à sa propre inclinai ion pour qu'un jour ou l'autre il ne soi! pas réalisé.

En attendant, Jvajsa reste fille, avec le vague sentiment qu'elle a, comme on dit, « manqué le coche ». Le docteur Schwaryencrona, M. Brcdejonl el I.' professeur Uoehstedt jouent toujours au whist.

Un soir que le docteur se montrait plus mauvais joueur que de raison, .M. lïredejord s'est donné le plaisir de lui rapprler, en tapotant

îiO l'épave du cyntiiia.

sa tabatière, une circonstance trop oublier ;

« Quel jour comptez -vous donc m'envoyer votre Pline d'Aide Manuee? lui dit-il avec un éclair malicieux dans les yeux. Vous ne pensez plus sans doute qu'Erik soit d'origine irlandaise ? »

Le docteur resta un instant étourdi sous le coup. Mais, se remettant bientôt :

« Bah! un ex-président de la République française descend bien des rois d'Irlande 1 dit-il avec conviction. Il n'y aurait rien d'étonnant à ce qu'il en fût de même de la famille Durrien!.

— Evidemment, répliqua M. Hredejord. C'est même si vraisemblable que, pour un peu, je vous enverrais mon Quintilien ! »

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