CINQUIÈME FASCICULE
Mémoire présenté à la Sociélé des Sciences natwrelles, des Lettres et des Beaux-Arts de Cannes.
(Séance du 26 Mars 1879)
MIMÆSEOPTILUS FAUNA, Mill. Catal. des Lépidop. des Alpes-Marit., p. 308. — (PI. V, fig. 1 à 3.)
Le genre Mimæseoptilus de Wallengren, tel que l’a établi le D°' Wocke, est, parmi les Péerophorina, un des plus nombreux.Quelques espèces seulement de ces délicats insectes, ont été observées sous leurs premières formes. En décrivant sommairement dans mon catalogue des Lépidoptères des Alpes-Maritimes, p. 380, la Mimeæ. Fauna je n’ai rien dit de ses mœurs, ne les connaissant pas alors.
La chenille ne se montre qu’une fois: la plante qui la nourrit, l'Ononis mitissima ? se desséchant dès la première quinzaine de juillet, alors que disparaît le papillon. Cette chenille éclot au commencement d’avril, au moment où se développe l’Ononis qui doit la nourrir ; elle suit la croissance rapide de cette plante, aussi la vOyons-nous parvenue à son entier développement vers la fin de mai. Dans son jeune âge, elle est d’un vert blanchâtre et recouverte de nombreux poils blancs. Parvenue à toute sa taille, elle ne change pas sensiblement de couleur. Le vert du dos se prononce, et le ventre
en je
devient jaunâtre. Elle est fusiforme : ses pattes sont relative ment longues et diaphanes. Le corps est marqué de très petits points d’un vert obscur. La vasculaire seule est bien visible ; elle est large et continue du deuxième au onzième anneau inclusivement. La ligne stigmatale est à peine indiquée en teinte plus claire que le fond. Les stigmates, invisibles à l'œil nu, sont blancs et cerclés de noir. La tête est très petite, cordiforme et brune.
Cette chenille vit sur les terrains crétacés de la vallée du Cannet, aux dépens de l’Onomis précité, dont elle ronge, préférablement aux feuilles et aux fleurs, les tiges récemment développées. Elle est lente et se laisse facilement tomber. Pour se transformer, elle se fixe aux rameaux inférieurs de l’Ononis en se plaçant la tête en haut.
La Fauna est exposée, ainsi que toutes les Plerophonina que j'ai élevées, à périr souvent sans donner son insecte parfait, par suite de la piqûre d’un Ichneumonide.
La chrysalide est médiocrement allongée et d’un vert clair ; cependant il est des sujets qui passent de suite au vert obscur.
INSECTE PARFAIT
Il est certainement très voisin du Mime. Phaeodactylus dont il n’est peut-être qu’une variété locale ; cependant, Fauna diffère de ce dernier par certains caractères dont la constance doit en faire plus qu’une simple variété locale. Ces caractères sont : envergure moindre que celle de Phaeodactylus; costale plus falquée à l’apex, couleur générale de tout linsecte plus sombre et tirant sur le brun chocolat aux supérieures, et sur le brun ferrugineux aux inférieures, sans nulle trace de blanc à la frange des quatre ailes ; pattes blanches, avec les articulations très brunes. Liture blanche qui limite les lobes des ailes antérieures, beaucoup plus vive que chez l’espèce voisine. Enfin, la Fauna porte dans la
seconde moitié du bord interne quatre taches noirâtres disposées à la suite les unes des autres, lesquelles n’existent jamais chez Phaeodactylus.
Pour être absolument sûr de la différence spécifique des deux espèces, il faudrait connaître les premiers états de l’une et de l’autre. Je dois dire aussi que j’ai capturé Phaeodactylus en un certain nombre d'exemplaires, volant à la fin de juillet dans la vallée de Thorenc (1,200"), sur un espace restreint couvert d'Ononis spinosa.
C° COLEOPHORA ONONIDELLA (Species nova) (PI. V., fig. 4 et 5).
La chenille éclot vers la fiu d'avril, peu après l’apparition des premières pousses de l’'Ononis milissima ? jlante vivace qui, chaque été, se dessèche de bonne heure. Parvenue à toute sa grosseur vers la mi-juin, cette chenille est cylindrique, et n’a que le premier segment recouvert d’une plaque écailleuse noire. Les pattes antérieures sont noires et annelées de blanc. Le corps est de couleur vineuse.
Le fourreau qui ressemble assez à ceux des espèces congénères Currucipennella et Anatipennella (Stainton, vol. IV, pl. 4) est noir, luisant et cerclé parfois de deux ou trois bandes blanchâtres. Il est recouvert d’une membrane parcheminée grise, luisante et diaphane.
INSECTE PARFAIT
Envergure : # 13"; # 15°.
Il est, de l’avis de M. Stainton, voisin de Vicinella, Z. (H.-$. fig. 916). Les ailes supérieures sont étroites, presque droites, à peine falquées à l’apex, d’un jaune d’or mat, faiblement salies de brun à l’extrémité, et traversées en long par trois lignes ou bandes argentées, tandis que la Vicinella en a
is
quatre. La première bande suit la côte dans sa plus grande étendue, après avoir commencé au quart de sa longueur ; la seconde bande occupe le milieu de l'aile, forme une inflexion vers le centre sans atteindre ni la base ni l’extrémité de l’aile; la troisième bande part de la base, et longe le bord interne jusqu’à la moitié de l’aile. Les franges sont longues, avec une teinte dorée. Les ailes inférieures sont étroites, d’un gris foncé et luisantes, avec les franges légèrement enfumées. Les antennes, les palpes et le thorax sont d’un blanc pur et mat. L’abdomen est d’un gris foncé et luisant. Les pattes sont blanchâtres et munies de deux paires d’éperons. Endessous les quatre ailes paraissent enfumées uniformément, sauf l'extrémité de la côte qui est blanchâtre.
L’espèce varie à peine : dans quelques sujets le fond des supérieures est légèrement obscurci.
L’Ononidella est assez commune à l'habitat de la Mimae. Fauna; elle se montreen même temps que ce Ptérophoride, ne quittant jamais le voisinage des plantes qui ont nourri sa chenille.
Obs. Herrich-Schæffer donne deux générations à la Vrcinella : juin et août, tandis que l’Ononidella n’en a qu’une; de plus, le savant de Ratisbonne fait vivre la chenille de Vicinella, d’après Heeger, sur différentes espèces d’Asragalus et de Galega.
ZYGAENA HILARIS (?) Och. (Var. Ononidis, Mill.) Petites Nouvelles Entomologiques, 1° août 1878, N° 201. (PL. V, fig. 6 à 10).
Aux yeux de plusieurs lépidoptéristes, cette variété constante pourrait être considérée comme distincte d’Æilaris et représenter une espèce indépendante, mais en attendant que j’aie pu, si toutefois cela m’est possible, comparer les deux Zygènes
sous leurs premiers états, j’aime mieux ne voir en ma Zygaena qu’une variété tranchée et constante d’Æilaris.
Notre collègue, M.Constant, d’Autun, lors de la visite qu’il m’a faite en juillet 1878, fut témoin de léclosion de plusieurs exemplaires d’Ononidis : il a cru reconnaître en ce lépidoptère une espèce distincte de toutes les autres Zygènes. M. Guénée, quis’est plus particulièrement occupé de l'étude des Zygénides, ne se prononce pas définitivement sur la validité de ma Zygœna qu’il n’a jugée que sur deux exemplaires, © et &, obtenus ex larvä.
L’auteur du Species a découvert au Vernet, me mande-t-il, la chenille d’Æilaris sur un Ononis, et ce qu’il m'en a dit, ainsi que de la coque, paraît se rapporter quelque peu à l'Ononidis (1) ; mais cela ne me démontre pas complètement que la chenille d’Æilaris soit la même que celle d'Ononidis que je figure aujourd’hui sous ses diverses formes.
CHENILLE
Elle éclot lorsque se montrent les premières feuilles de l'Ononis mitissima? L., c’est-à-dire dans les premiers jours
(1) Voici, au reste, la description des premiers états d'Hilaris, que M. Guenée a conservée dans ses notes et qu'il a bien voulu me communiquer, Il ajoute que la chenille soufllée et la coque existent dans sa collection.
Cette chenille est courte et épaisse, d'un jaune verdâtre, avec le sommet de tous les anneaux d'un jaune prononcé et deux séries sous-dorsales de points noirs arrondis, placés à la partie antérieure de chaque anneau, près de l'incision. Les stigmates forment deux autres séries de points noirs plus petits. La tête est verdâtre, avec la partie antérieure noire, L'écusson du cou est teinté de rose. Les poils sont raides, blonds et verticillès. Elle vit en juin et juillet sur l'Ononis spinosa et se chrysalide vers le milieu de ce dernier mois, La coque est entre la forme ovoïde et scapiforme, d’un jaune paille sale, avec quelques sillons irréguliers. Le papillon éelot en juillet et n’est pas rare au Vernet,
M. Guenée qui a pu comparer les deux coques trouve que la mienne est plus ovoïde et moins allongée que celle d'Æilaris, d'une couleur plus claire et plus gaie. Les chrysalides se ressemblent et ont, comme celles de toutes les Zygaena, la peau mince, transparente et presque incolore.
d'avril. La croissance est assez lente; elle ne parvient à toute sa grosseur que vers le commencement de juin. A ses diverses mues, cette chenille qui au repos se voit sous une forme semi-globuleuse, conserve sur toutes les parties du corps une couleur uniforme, celle du jaune d’or mat, légèrement lavé de verdâtre sur les premiers anneaux. Elle est assez courte, épaisse, avec les segments très distincts, n’a pas de lignes, mais on remarque une série de dix gros points sous-dorceaux arrondis. Chaque anneau ne porte done que deux points noirs arrondis. La tête est brune, les seize pattes concolores. Les poils, dont le corps est recouvert, sont courts, très fins, blonds et reposent sur autant de très petits points noirs qu’on ne distingue bien qu’à la loupe.
Pour se transformer, l’Ononidis fixe sa coque parmi les petits rameaux de la plante qui l’a nourrie. Cette coque est ovoide, fripée, jamais lisse, d’un jaune serin on d’un brun clair, et souvent d’un gris jaunâtre. L’enveloppe de la chrysalide est uniformément d’un gris testacé. Le lépidoptère éclot à la fin de juin, entre six et huit heures du matin. Cependant, un jour eut lieu une éclosion dans l’après-midi.
INSECTE PARFAIT
Il tient pour la forme et l’envergure des Zygaena Bœtica, Formosa, Fausta, Hilaris et Algira; mais il est plus voisin d’Ailaris que de toute autre Zygénide, bien que plusieurs Ononidis # soient de la taille de Bœtica.
Ononidis diffère d'Hilaris par de sérieux caractères; j'en juge d’après une vingtaine de sujets ex larva : 1° le fond noir bleu des premières ailes occupe un plus grand espace que chez Hilaris, et les taches rouges, relativement plus potites, ne sont qu'à peine liserées de jaune, et, chez certains sujets, plusieurs de ces taches sont entièrement dépourvues de ce
caractère ; 2° « la véritable et sérieuse différence de votre Zygaena, m'écrit l’auteur du species général, c’est l’absence des poils blancs sur le collier et les ptérygodes ; je n’en vois pas de traces dans vos deux individus, et cette absence est d'autant plus remarquable, que tout le groupe auquel cette petite espèce appartient, possède ce caractère, à l’exception d’Algira et d’Orana ; » (1) deux sujets pourtant sur une vingtaine me montrent quelques écailles grises placées sur les ptérygodes, mais non sous forme de collier ; 3° la frange des supérieures est entièremeut d’un noir bleu comme le fond, alors que chez Hilaris la moitié extérieure de cette frange est rousse ; 4° le bord interne des premières ailes chez Ononidis est «uniformément bleu avec seulement quelques écailles rouges, tandis que chez Æilaris ce bord est presqu’entièrement varié de jaune et de rouge, avec la base seule marquée d’une liture bleue ; » 5° enfin, la couleur des quatre ailes n’est pas, comme chez Æilaris, d’un rouge minium, mais bien d’un rouge vermillion éclatant.
La £ est toujours plus grande que le *.
Depuis dix à douze ans que je-fréquente, au printemps et en été, les lieux où vole la Z. Ononidis et que je visite l’'Ononis qui nourrit sa chenille, c’est en 1878 que, pour la première fois, j’ai rencontré ce joli lépidoptère. Ne le reverrai-je plus désormais ? Je ne sais, mais je le crains. Tout le monde ne sait-il pas que certains papillons cessent de se montrer pendant dix, quinze, vingt ans et plus, sans qu’ilsoit possible d’en définir la cause ?
(1) Dans le numéro 203 des Petites Nouv. Eutomologiques, M. L. Austaut fait une observation à l'égard dela Z. Orana qui me paraît fondée, Cette Zygaena, nous dit-il, posséde chez les deux sexes le collier blanc propre à toutes les espèces de ce groupe, sauf l'Algira. « En somme, la Zygaena Orana ne fait nulle exception à la règle quant aux caractères du collier, »
Je ne possède pas la Zyg. Orana et ne l'ai jamais vue en nature,
L’habitat de la Zyg. Ononidis m'a paru être, surtout, la lisière d’un bois de pins d'Alep, situé au Sud-Ouest sur une colline de la vallée du Cannet.
Obs. On peut donner une idée sommaire de la Zygaena Ononidis, en disant qu’elle est à l’Æélaris ce que la Genevensis est à la Fausta.
ZYGAENA OCCITANICA, Villers (PI. V, fig. 11 à 14).
La Zyg. Occitanica est une des plus répandues dans une grande partie de la Provence ; cependant sa chenille était à peine connue : on savait pourtant qu’elle vit uniquement sur les Dorycnium, mais nulle part je ne l’ai vue représentée. Je viens combler cette lacune et, en même temps, figurer deux variétés de l’insecte parfait, non représentées encore, et qui, lune et l’autre, portent un nom spécial : Zberica, Rb. et Albicans, Stgr. Toutes deux appartiennent à notre faune locale, mais toujours elles m'ont paru fort rares.
La chenille d'Occitanica éclot à la fin de mars ; pendant les six premières semaines elle grossit lentement ; ce n’est qu’à la fin de mai qu’elle a atteint toute sa grosseur.
Je n’ai jamais remarqué que cette chenille vécût par petits groupes ainsi que je l’ai lu (Berce, Il, p. 86), car je l’ai toujours rencontrée isolément sur diverses espèces de Dorycnium. La couleur de l’Occitanica ne varie pas de la première à la quatrième mue. Elle est assez courte, cylindrique, pubescente, d’un gris bleuâtre. La ligne vasculaire est fine et claire : la sous-dorsale est représentée par une série de points noirs géminés, assez gros, placés sur chaque segment, et suivis d’une perle ovale d’un jaune clair et mat. Les stigmates sont gros et noirs. Cette chenille est très lente, et se roule sur elle-même en tombant.
VU
La coque, souvent fixée aux rameaux de la plante qui a nourri lachenille, est ovalaire, lisse, résistante sous la pression des doigts ; elle est d’un jaune blanchâtre mat.
L’insecte parfait éclot pendant la première quinzaine de juillet.
Tout le monde connaît letype de ce joli lépidoptère ; je n’en parlerai pas. La première de ses variétés : Zberica, Rb. se distingue du type par sa petitesse relative, l’absence de la tache terminale blanche semi-lunaire, et par l’exiguité des taches rouges rarement cerclées de blanc. La variété Albicans, Stgr. « al. ant. fere totis albis, mac. rubris. » n’est pas seulement tachée de rouge sur un fond blanc de lait, mais elle est aussi, chez quelques sujets, marquée de taches bleu foncé, arrondies, au nombre de cinq chez un exemplaire, de trois chez un second, et de deux chez un troisième exemplaire. C’est, toutefois, ce que j’ai sous les yeux.
Je n'ai jamais rencontré la Zyg. Occitanica dans la plaine où, en certains lieux des environs de Cannes, notamment à l’ile Sainte-Marguerite où abondent les Dorycnium. Ce sont les versants méridionaux du Grand-Pin qu’elle hante préférablement.
COLEOPHORA (?) ARGENTILIMBELLA, Mill. Cat. des Lépid. des Alp.-Marit., p. 399 (PI. VI, fig. l).
Je ne puis la comparer à aucune Coléophore tant elle est tranchée par la forme et la couleur. Les quatre ailes sont rélativement très étroites et allongées. Les supérieures sont d’un brun clair, et entièrement entourées d’un large limbe d’un blanc pur argenté. Toutefois, le bord interne de l'aile est accompagné d’un liseré argileux, suivi lui-même d’un fin liseré argenté, mais ce dernier n’atteint pas la pointe apicale. Les ailes inférieures sont d’un blanc satiné un peu roussâtre,
avec une large frange de même couleur. En dessous, les quatre ailes sont d’un gris foncé et luisantes. Le thorax, les palpes, les antennes et les pattes sont entièrement d’un blanc de satin très pur.
Je v’ai pu, jusqu’à ce jour, découvrir la chenille de cette jolie Coleophora ? qui vole aussi bien sur les terrains granitiques que sur les calcaires de mon voisinage à Cannes.
COCHYLIS RUBRICANA, de Peye. et Mill. Petites Nouv. Entom. 1877, n° 164. (PI. VI, fig. 2).
Envergure : 11°. — Le fond des ailes supérieures est d’un jaune luisant vif. Au-delà du milieu de l’aile, il existe une bande transverse, oblique, d’un roussâtre vif. Une seconde bande interrompue, de même couleur que la précédente, se voit en dessous de l’apex. Le bord interne est aussi marqué de roussâtre vif, mais seulement aux deux derniers tiers. La côte est finement liserée de roussâtre, et la frange est concolore. Les ailes inférieures sont d’un gris noirâtre uni, avec la frange plus claire. Les antennes sont courtes et brunes ; les palpes, un peu ascendants, sont blanchâtres. Le thorax est de la couleur des ailes supérieures.
La 2 est un peu plus grande que le & et lui ressemble.
La Cochy. Rubricana vole en plein jour, dès le commencement d'avril, sur toutes les pentes bien exposées de la vallée du Cannet, parmi les arbres résineux. Je ne sais encore rien de ses premières formes.
Nouvelle variété de lARGYNNIS NIOBE », L.
(PI. VI, fig. 3 et 4).
De même que la plupart des Argynnes, la Niobé varie assez fréquemment ; toutefois l’aberration dont il s’agit ici, n’a jamais dû être figurée ou décrite.
ir
Elle est d’une grandeur normale, et sa conservation est parfaite. Les ailes supérieures ne sont pas comme celles du type d’un beau jaune fauve, mais d’un jaune blanchâtre très accusé par places ; cependant les taches noires sont aussi grandes et aussi bien marquées que chez la Miobe ordinaire. Les secondes ailes, qui sont également d’un jaune blanchâtre, sont teintées d’ochreux au bord supérieur interne seulement. La base des quatre ailes est d’un gris un peu verdâtre. Les ailes en dessous présentent aussi des teintes particulières : le jaune très pâle remplace, aux supérieures, la couleur fauve du type ; aux inférieures, l’éclat des taches argentées est sensiblement plus pâle. Le vert de la base de ces mêmes ailes est à peine visible. Enfin, le thorax et l’abdomen sont d’un gris blanchâtre très accusé.
Cette remarquable variété accidentelle de Mobe qui m’a été communiquée par feu Julius Lederer, provient des environs de Vienne (Autriche). Cependant il peut très bien arriver qu’elle existe dans les Alpes-Maritimes, notamment dans la vallée de la Vésubie où, à une altitude de 1400 à 1500 mètres, vole très abondamment, en juillet, le type dans les prés fleuris entourés de sapins.
Je fais représenter la chenille de la Miobe sur une violette inédite : Viola Esterelensis (1). On la rencontre abondamment
() dont M. Pierre Chanay, botaniste lyonnais, m'envoie une description que je transcris littéralement :
« Style aigu, courbè, Eperon un peu relevé à l'extrémité. Sépales ovalesoblongs, obtus, dela longueur de l'éperon. Pétales latéraux munis intérieurement d’un faisceau de poils. Pédoncule pourvu de deux bractées très alternes, étroites, acuminées. Souche rampante, n'émettant pas de stolons. Feuilles ovales en cœur, crénelées, d’un vert assez clair, à peine pubescentes, hérissées sur les bords, ainsi que le pétiole. Stipules linéaires, ciliés. Pédoncules dressés, penchés à la maturité.
« Fleurs odorantes, grandes, blanches, largement bordées de bleu aux pétales supérieurs latéraux, et veinées de cette couleur sur le pétale inférieur et sur le troisième tiers des quatre autres pétales. »
dans un vallon encaissé, humide et profond de l’Estérel qui commence à la station de Trayas, près de Cannes.
L’habitat de cette jolie plante est restreint : je n’ai pu la retrouver ailleurs qu’à Trayas.
COLIAS EDUSA à, F. (Var. Zibanotica? Led. Wiener Entom. Monatschr. Bd. Il, pl. 2, fig. 2.) (PI. VI, fig. 7 à9).
Cette variété © qui me paraît être la Zibanotica Ld., de la Syrie, rapportée à tort à la C. Auwrorina, H.-$. (Haræ. Soc. entom. Rossicæ, p. 20), en diffère par la présence aux ailes inférieures, en-dessus, d’une série de taches jaunes subterminales. Au reste, même envergure, même coupe d’ailes, et, point essentiel, même teinte d’un vert bleuâtre que la Libanotica.(1) La côte et le bord externe de l’aile supérieure sont également marqués de vert bleuâtre.
Un seul exemplaire à de ce remarquable lépidoptère a été trouvé dans mon voisinage à Cannes. Cette # a pondu six œufs très fusiformes, cannelés en long, d’un jaune clair, lesquels, trois jours après, sont devenus d’un rouge corail vif. Ces œufs ne diffèrent pas de ceux du type (2, preuve qu'il n’y aurait là qu’une simple variété. Ce qui semble le confirmer, c’est que cette © à été prise au filet, accouplée à une Ædusa type. Je dois ajouter que le # de la Zibanotica, Led. fig. 1, présente une anomalie aussi prononcée que la &.
(1) Je suis surpris que M. Staudinger ait envoyé à plusieurs entomologistes français, notamment à M. Constant et à moi, deux Colias Var. Heldreichi et ©, sous le nom de Var. LZibanoticu, alors que ce dernier lépidoptère est si différent pour l’envergure et la coupe d'ailes de la Var. Heldreichi. M. Staudinger n’aurait-il donc pas vu l’insecte en nature ou la gravure coloriée de la Libanotica, Led. ?
(2) Les œufs d'Edusa n'ont été, à ma connaissance, ni décrits ni figurés.
Notre Var. Libanotica à été capturée sous mes yeux, au commencement d’octobre 1878, par M. Heïlmann père, conservateur du muséum de Cannes, qui a bien voulu me l'offrir.
Mon cabinet.
-— TINEA OBERTHURELLA, Mill. (Species nova).
(PL. VI, fig. 5 et 6.)
Elle à beaucoup de rapports avec la T. Vinculella dont je la croyais une simple variété ; mais tel n’a pas été l’avis de mes collègues, MM. Stainton, Staudinger et Ragonot. Voici l’histoire de cette nouvelle Tinéide.
Les œufs, vraisemblablement pondus vers la fin de juin, éclosent en automne, à l’arrivée des premières pluies. Bien que très petite à l’arrière saison, la chenille traîne déjà un petit sac aplati d’un blanc jaunâtre, recouvert de granules siliceux. Ce petit sac ou fourreau se détache sur le fond obscur des cryptogames microscopiques dont la chenille fait son unique nourriture. L’habitante de ce singulier fourreaa, après avoir passé l’hiver, parvient à son entier développement vers les premiers jours de mai. C’est alors qu’elle se fixe définitivement à un mur moussu situé ordinairement au Nord ou au Nord-Est.
La petite chenille mesure 4 1/2 à 5". Elle rappelle assez celles des Epichnopteryx Hehcinella et Tarnierella, mais elle en diffère par l’absence totale des pattes ventrales et annales ; ce qui lui donne l’aspect d’une larve plutôt que d’une chenille. Les pattes écailleuses sont en revanche longues et robustes, la troisième paire surtout. Cette chenille est légèrement convexe, plaie en dessous, jaunâtre et lavée de carné vif en dessus, avec la tête d’un brun noir ainsi que l’écusson
"lie
du premier segment, lequel est accompagné, à droite et à gauche, d’un très long poil d’une extrême finesse, unique, blond, isolé. Les 2° et 3° anneaux présentent en dessus une petite touffe de poils blonds très courts qu’on ne peut bien voir qu'à l’aide d’une forte loupe. Le tube intestinal est indiqué par une ligne brune, sur les premiers et derniers seements. Les six pattes écailleuses sont concolores et marquées de brun extérieurement.
Le petit lépidoptère éclot à la fin de juin ; il quitte rarement le lieu de sa naissance.
INSECTE PARFAIT
La Tinea Oberturella est une des plus petites du genre. Sa taille est exiguë, mais sa parure est aussi brillante que celle de ses voisines Vinetella Hb. et Vinculella, H.-$S.
Envergure : 4, D"; #, 6". Les ailes supérieures sont d’un noir bronzé, avec cinq petites taches blanches; la première sur la côte, près de la base, a des dispositions à former une bande avec une tache placée en face sur le bord interne. La troisième tache s’appuie également à la côte et la quatrième touche au bord interne de l'aile. Enfin, la cinquième tache en forme de lunule est placée près de l’apex. L’extrémité de la frange est blanche. Les ailes inférieures sont d’un gris noir foncé. La tête est velue et de couleur ochreuse. Les antennes sont épaisses, crénelées, légèrement pubescentes, d’un gris noirâtre, sauf à la base où elles ont une teinte ochreuse. Les pattes sont noirâtres avec les articles des tarses annelés de blanc.
La » ressemble au 5, mais elle est un peu plus grande.
Cette Tinea se distingue facilement de Vinculella en ce que les antennes ne sont pas annelées de blanc comme chez cette dernière ; en outre, leur couleur est d’un brun noir et
non pas noire. La taille de Vinculella est sensiblement plus grande (10"): les taches, chez Oberthurella, sont relativement plus petites et semblent former de larges bandes ; de plus, la seconde lache du bord interne de la nouvelle espèce est droite, tandis que chez la Vinculellu, elle est oblique et disposée en ligne avec la tache costale. Il n’est pas possible de la confondre avec la Venetella, H.-$., dont les antennes sont également annelées de blanc, et dont l'extrémité de la frange des ailes supérieures n’est pas blanche. Enfin, chez Vinetella les taches forment deux bandes et la tache lunaire près de l’apex s’étend de la côte au bord externe.
Des différences considérables distinguent la Tinea Oberthurella des T. Argentimaculella, Sit. et Pratroriella, Christ.
Cette nouvelle espèce portera le n° 1425 bis dans le Catalogue Staudinger et Wocke.
Je dédie cette Tinea à MM. Oberthur frères qui, lors de leur visite aux Phalènes, ont pris sur un lierre de mon voisinage, à Cannes, le premier exemplaire de cette espèce qu’ils m'ont généreusement offert.
Var. de la LIBYTHEA CELTIS (Aberr. Obscura).
(PL. VI, fig. 10.)
Ce singulier Diurne, au faciès exotique, ne varie pas ordinairement. Nul auteur n’avait encore signalé d’aberration si simple fut-elle de la Celtis, seule espèce européenne du genre représenté sur tout le globe par six Libythea connues.
Cette variété est remarquable par sa couleur obscure. Le fond des quatre ailes, d’un roux très foncé, ne nous montre sur chacune des supérieures que trois taches isolées d’un fauve obscur, lesquelles ne sont que la réduction de celles qui
md, —
occupent, chez le type, le centre de l'aile. Les deux petites taches du bas de l’apex ont disparu. Les ailes inférieures plus foncées encore que les supérieures ne laissent plus voir qu’une seule tache à demi effacée, et plus petite que chez la Celtis ordinaire.
Je ne sais au juste quelle est la patrie de cette intéressante variété. Elle doit appartenir à la Provence, mais je ne puis affirmer qu’elle ait été capturée dans les Alpes-Maritimes.
Collection Lederer.
Obs. La chenille de la Ziby. Celtis ne vit pas exclusivement sur le micocoulier, puisque feu Julius Lederer, dans son voyage en Anaiolie dit, p. 8, à l’article Zibythea Celhis, qu’il a rencontré l’espèce « sur le Bosz-Dagh, souvent fort éloignée de sa plante nourricière : Celtis Tourneforti, et même voltigeant sur les neiges en juin et juillet. »
TINEA LIGURIELLA, Mill. (Species nova). (PI. VI, fig.11.)
Envergure : 13".— Ailes supérieures assez courtes, pointues, d’un ochreux pâle, saupoudrées d’écailles brunes qui forment quatre pelites taches irrégulières : une près de la base, au bord interne, une très étroite vers le milieu de l'aile, et placée égalementau bord interne, une arrondievers le milieu de l’aile, etune tache allongée, près de l’apex. La côte, à la base, est fortement lavée de brun. Les ailes inférieures sont d’un gris pâle, presque blanches et luisantes, avec la frange d’un ochreux très pâle. Les deux pattes antérieures lavées de noirâtre, les autres unicolores. Les antennes sont d’un gris brunâtre foncé, légèrement tachées de gris clair ; elles sontun peu pubescentes et soyeuses. Les palpes sont cylindriques, faiblement hérissés de poils concolores. La femelle est semblable au mâle.
Cette nouvelle espèce, par la disposition des taches, ne peut être confondue avec aucune autre congénère. Elle rappelle, par l’ensemble de sa couleur, la Tinea Inquinatella H.-$. Tab. 83, n°634, maïs plutôt le numéro suivant : 635 (1416 du D° Wocke). Cependant les ailes de la Ziguriella sont plus courtes, plus larges, plus aiguës, et les taches sont autrement disposées.
Je la place après la Tinea Subalbidella ; elle devra porter le n° 1406 bis dans le grand catalogue allemand.
La 7. Liquriella a deux éclosions : juin et septembre. Elle est venue assez fréquemment à mon réflecteur, à Cannes, en 1877 et 1878. Sa première capture date du mois de juin 1877. Je ne connais point encore ses premiers élats.
Cannes, Mars 1879.
P. MiLuièRe.
En poursuivant mes recherches et mes études entomologiques sur ce coin de terre privilégiée du littoral méditerranéen, j'ai, à chaque instant, alors que la mine doit paraître épuisée, occasion de reconnaître: soit la présence de nouveaux insectes pour notre belle région des Alpes-Maritimes, soit des observations neuves à signaler aux lépidoptérologues.
En présence de ces faits, on peut se dire : quels succès, quels heureux résultats sont réservés à ceux qui nous suivront.
Après de constantes investigations dans les autres Ordres d'insectes, combien d’intéressantes découvertes les entomologistes ne sont-ils pas appelés à faire chez les Diptères,
sl9
Hyménoptères, Orthoptères, Névroptères et Coléoptères. Sans parler d’une autre grande famille d’insectes bien négligée autrefois, mais qui, aujourd’hui, semble passionner quelques naturalistes : les Arachnides composées elles-mêmes de deux ordres : les Arach. pulmonaires et les Arach. trachéennes:; animaux articulés qui paraissent plus nombreux en Provence peut-être que partout ailleurs en France.
PACHNOBIA FACETA, Tr. (PI. VII, fig. 1.)
Les études de classification en Lépidoptérologie tendant sans cesse à se perfectionner, on serait porté à croire que le déplacement de certaines espèces enlevées d’un genre pour être transportées dans un autre, dût toujours concourir à l’amélioration de cette partie de la science; mais, chose fâcheuse à dire, cela n’a pas lieu le plus souvent de la part de nos classificateurs modernes. En voici un exemple parmi bien d’autres que je pourrais citer.
La Faceta, dont M. Guenée a fait une Taeniocampa, petit groupe où elle paraît si bien à sa place, a été sortie de ce genre pour je nesais quelle raison, et mise, par le D'Staudinger, au nombre des Pachnobia. Ces changements opérés sans de sérieux motifs, sont regrettables puisqu'ils n’atteignent aucun résultat utile.
Cette Faceta était, avant que je ne l’eusse prise dans mon jardin à Cannes, considérée comme appartenant à la Sicile où elle est restée « très rare. » Elle a un aspect bombyciforme, et semble aussi avoir les habitudes des Bombycides. Il n’est donc pas surprenant que les anciens auteurs, trompés par les antennes fortement pectinées chez le #, aient placé cette Noctuide parmi les Bombyx.
La à de Faceta, cela est fâcheux, n’est point connue : je n’ai jamais capturé que des æ vers la fin de février, et
seulement au réflecteur. Je juge que la , très lourde sans doute, ne vole pas ou vole imparfaitement. Par sa présence aux environs de Cannes cette Pachnobia vient augmenter, non-seulement la faune entomologique de notre département, - mais aussi celle de la France si riche déjà.
STRENIA IMMORATA, L. (PI. VIL, fig. 1 et2.)
Je puis faire, à propos de cet insecte, la même observation que pour le précédent. Pourquoi, en effet, l’auteur du grand catalogue allemand a-t-il déplacé cette Phalénite du genre Strenia, Dup., pour la comprendre dans les Acidalia ? M. Staudinger a réuni dans ce genre 131 ! espèces. sans tenir compte des efforts de classification, le plus souvent heureux, de ses devanciers. Fait regrettable, je le répète, et qui, au lieu de faciliter l’étude de ces charmants insectes, pour beaucoup de lépidoptéristes, tend plutôt à augmenter sa difficulté.
Ce que je viens de dire du genre Acidalia, peut également, et à plus forte raison, être appliqué aux Ea{éde#ra du même docteur allemand qui a rassemblé dans ce seul genre 152! espèces...
La Phalène /mmorata, point encore signalée dans notre département, a été capturée dans des prés humides, qui le plus souvent sont inondés, sur les bords de la basse Vésubie, où cet insecte se montre deux fois : en juin et à la fin d’août.
J’ai, cette année, élevé la chenille ab avo. Elle a passé l'hiver se nourrissant de diverses plantes herbacées, mais nullement «de la bruyère commune (Zrica vulgaris) » ainsi que l’indique l’iconographe Freyer qui la figure sur cette plante ligneuse, mais qui, dans son texte, avoue que l’ayant trouvée parvenue à toute sa grosseur, fixée à un Erica « elle ne prit plus aucune nourriture et se transforma de suite. »
Selon toute apparence, la chenille d’Zmmorata ne vit pas sur la bruyère. J’ajouterai que le dessin qu’en a donné Frayer dans son Iconographie, pl. XC, n’est pas exact, et que ce dessin ne donne nullement idée de la forme de cette chenille, Celle-ci est médiocrement allongée, cylindrique, d’un carné bleuâtre où se détache de chaque côté une large ligne sousdorsale, continue, d’un marron foncé presque noir.
L’insecie parfait qui ne varie pas sensiblement, a les habitudes de sa congénère Clathrata : il vole en plein jour dans les divers lieux, en plaine et à la montagne, où, je l'ai observé ; et toujours dans des prairies humides, soit sur les bords du Rhône près de Lyon, soit sur le territoire de Levens (Alpes-Maritimes), soit sur les rives du Verdon, à Gréoulx (Basses-Alpes); mais jamais dans le voisinage d'aucune bruyère.
PROXENUS HOSPES, Frey. (PL. VII, fig. 4 et 5).
Cette Noctuide était considérée comme rare il y a peu d’années, et, avant que je l’eusse prise à Cannes, on la croyait étrangère à la France.
Je ne reviendrais plus sur l’Aospes si je w’avais à faire connaître sa chenille restée inconnue jusqu’à ce jour.
La Proxenus Hospes ayant deux éclosions : mai-juin et septembre, on peut, en élevant les chenilles de la première génération, suivre l’insecte sous ses divers états et le voir paraître peu de temps après qu'ont été pondus les œufs. Ceuxci éclosent après 18 ou 20 jours.
La chenille ayant subi ses premières mues est de couleur grisâtre. Parvenue à toute sa grosseur, ce qui a lieu vers la mi-juillet ou les premiers jours d’août, elle est d’une longueur moyenne ; la tête est petite, et testacée; le premier anneau est recouvert d’une plaque écailleuse obscure ; couleur qui est celle
RE
des pattes antérieures. Le fond de la chenille est clair et marqué en dessus et sur les côtés, d’un sablé couleur de porphyre. Le dessous est sans aucun dessin et d’un blanchâtre livide. Les lignes ordinaires se définissent ainsi: la vasculaire est très fine, blanchâtre et ne se distingue bien que sur les premiers et les derniers segments. Les sous-dorsale et stigmale sont assez larges, continues et d’un rougeâtre obscur. La première de ces deux lignes est ombrée de brun en dessous ; les stigmates sont jaunâtres et cerclés de noir. Enfin, les dix pattes membraneuses sont blanchâtres et marquées extérieurement d’un trait brun perpendiculaire. Les trapézoïdaux forts petits sont invisibles à l’œil nu. Les poils fins, sont courts et rares.
Il me paraît suffisamment démontré que, par la forme de sa chenille, l'Æospes n’est point une Caradrina, genre dont les larves sont très caractérisées par leurs trapézoïdaux saillants surmontés de poils assez longs et raides. Ce ne serait trop, non plus, une Apamide dont le onzième anneau des chenilles est relevé en bosse : caractère qui éloigne de ce genre la Prox. Hospes qui est entièrement cylindrique. Ce ne peut être davantage une MNonagria dont les chenilles sont «allongées, décolorées, » parmi lesquelles les premiers auteurs ont placé l’Hospes. Est-ce mieux, enfin, une Prowenus H.-$. ? La question est délicate et ne peut, je crois, être encore tranchée. En attendant qu’elle le soit, je renvoie mes lecteurs à l’article Proxenus Hospes, Frey., qu'a bien voulu m'adresser autrefois mon savant ami, M. Guenée, article aussi littéraire que scientifique, imprimé en entier dans mon Iconographie, III, p. 18G à 198.
Cette chenille se nourrit de plusieurs espèces de plantes herbacées; elle semblerait donc polyphage, pourtant ce sont les plantago qu’elle préfère.
L’insecte parfait obtenu ex larvd se montre avec les ailes supérieures très obscures, presque noires, et dont la planche 135, fig. 9, de mon Iconographie, ne donne qu’une image imparfaite. Je fais représenter aujourd’hui l’Æospes avec sa véritable parure.
ACIDALIA MARGINEPUNCTATA, Bork.— Promutata, Roes. (PI. VII, fig. 6.)
Il est peu de Phalènes qui aient, autant que cette Acidalie, exercé la patience des lépidoptéristes de tous pays. Ce sont d’abord les Allemands de diverses contrées, puis les Russes, ensuite les Italiens, les Français, et enfin les Anglais, qui tous ont, à l’envi, imposé à cette humble Phalénite, un ou plusieurs noms spécifiques. « Ce sont donc les Thérésiens qui ont donné le signal de la confusion. » C’est avec peine, en vérité, qu’on est parvenu à reconnaître le premier nom de Marginepunctata.
La chenille est à peine connue ; elle n’a en tout cas été figurée nulle part. Elle ne vit pas seulement en mai et juin,'ainsi que cela a été dit maintes fois, puisque à cette époque se montre l’insecte parfait.
L'espèce a deux générations : les chenilles de la première vivent en juillet, celles de la seconde éclosent en octobre, passent l’hiver, et demeurent sous leur état de larve, d'octobre à mars de l’année suivante. C’est à la fin de ce dernier mois qu’à lieu la première métamorphose.
Contre l'ordinaire de la plupart des chenilles d'Acidaltia, celle de Marginepunctata est fort allongée. Elle est à peu près cylindrique et les pattes écailleuses étant très éloignées des postérieures, il arrive que cette larve forme en marchant un grand anneau déterminé par le rapprochement des pattes anales aux antérieures. Sa couleur est sans éclat, et, par ce
fait, il arrive que l’animal se dissimule aisément parmi les plantes basses dont il fait sa principale nourriture. On trouve encore cette chenille sur les sous-arbrisseaux et quelquefois sur des végétaux acres et vénéneux, tels que Sedum, Umbihous, et Euphorbia.
Elle est d’un ton gris bleuâtre avec la région dorsale marquée d’une ligne géminée, continue, d’un brun clair. La tête est petite et concolore.
En tombant, la Marginepunctata se roule plusieurs fois sur elle-même ; elle se transforme dans les débris de plantes sèches après avoir formé une coque à claire-voie. L’éclosion du lépidoptère a lieu dans la matinée.
BUTALIS ACANTHELLA, God. (PI. VII fig. 7 et 8.)
On se demande souvent comment il se fait que les Butals qui forment un genre nombreux parmi les Zlachistidae, aient, moins que les autres Tneina, occupé les lépidoptéristes. Cela ne tient-il pas à l’uniformité de la parure grise ou noire du plus grand nombre? C’est chose probable ; en effet, beaucoup de Butalis se ressemblent tellement qu'il devient très difficile de les distinguer et de les séparer sûrement les uns des autres.
L'’obscurité qui règne sur les premiers états de beaucoup de ces Micros augmente encore l’incertitude.
Le Butalis que je fais représenter sous ses formes premières, est un des plus intéressants du genre, soit à cause de sa parure relativement élégante, soit par les habitudes de sa chenille dont les mœurs ne ressemblent nullement à celles des espèces voisines qui ont été observées.
Godard a compris, à tort, le Butalis Acanthella parmi les Hyponomeutides; ce qu’il n’eut certes pas fait, s’il eut connu la chenille. Dupouchel, en plaçant Achantella parmi ses Lita, n’a guère mieux agi que son prédécesseur.
LR. LS as
Maintenant cette Tinéide est-elle réellement un Butalis ? les habitudes de la chenille, ainsi que sa livrée qui n’est pas celle des espèces congénères, m’en feraient douter. Ces dernières sont toutes ornées de nombreuses lignes longitudinales très distinctes, ce qui n’existe que très imparfaitement chez la chenille d’Acanthella.
Dupouchel nous dit, vol. XI, p. 317, que Rambur lui a assuré que la chenille trouvée aux environs de Montpellier se nourrit du lichen des murailles, cachée sous une petite toile blanche qui lui sert d’abri, et qui n’en renferme jamais qu’une. J’ai pu reconnaître l’exactitude de ce fait à Hyères, à Cannes, à Lyon, à St-Martin-Lantosque, où, partout en ces lieux, Acanthella m’a semblé commune.
Jusqu'à ce jour la chenille n'avait pas été figurée; je comble cette lacune dans l’histoire de ce Butalis (?)
Au printemps, en suivant des yeux les murs et les rochers qui bordent l’ancienne route du Cannet, l'attention est attirée par de nombreuses petites taches d’un blanc grisâtre qui ne sont autres que les abris de la larve du Butalis Acanthella, laquelle vit solitaire, à partir de la fin del’automne à la mi-mai de l’année suivante. Elle ne quitte sa tente que la nuit pour ronger les lichens microscopiques qui eroissent dans son voisinage. Parvenue à son entier développement dans les premiers jours de mai, cette chenille est alors : médiocrement longue, fusiforme, un peu aplatie en dessous, carénée sur les côtés, et se confond par sa couleur obscure avec les cryptogames dont elle est entourée. Le dos et les flancs sont presqu’entièrement recouverts, sur un fond jaunâtre, de nombreuses petites taches noires paraissant placéesirrégulièrement. Les lignes ordinaires sont mal indiquées ; les deux premières sont noires, la stigmatale est jaunâtre. La tête est très petite, rétractile et noire. Les seize pattes sont, ainsi que la région ventrale, d’un jaunâtre ochracé.
TR
Pour se transformer Acanthella n’abandonne jamais sa retraite. À ce moment, la toile qui lui sert d’abri, simple jusqu'alors est triplée, et la transformation a lieu en trois ou quatre jours.
La chrysalide est effilée et d’un noir profond.
La dernière transformation s’opère en moins de vingt-cinq jours.
Le petit lépidoptère, dont les deux sexes se ressemblent, vole lourdement au déclin du jour, et son existence sous ce dernier état est très éphémère. |
BRYOPHILA OXYBIENSIS, Mill. Ann. de la Soc. Ent. de France (Séance du 27 janvier 1875). (PI. VIL fig.9à 11.)
Cette Noctuide que jusqu’à ce jour je n’ai rencontrée qu'aux environs de Cannes, n’était pas connue sous son état de larve. Je viens achever l’historique de cette intéressante Bryophile. Celle-ci a, de même que plusieurs congénères, deux générations. Les œufs sont pondus vers la fin de juin ou les premiers jours de juillet : ils doivent éclore quinze à vingt jours après. Cela doit être, puisque l’insecte parfait se montre une seconde fois en août. La chenille de cette deruière éclosion passe l'hiver dissimulée parmi les lichens qui tapissent certains rochers de mon voisinage exposés à l’Ouest.
Parvenue à tout son développement, Oxybiensis rappelle assez lachenille de la Bry. Spohatricula, Hb. dont elle partage les teintes grises et jaunâtres, mais elle est plus allongée que sa congénère, etses couleurs, qui sont celles de certains cryptogames, sont plus vives. La tête diffère également : au lieu d’être entièrement brune comme celle de Spohatricula, elle est globuleuse, grisâtre et picotée de noir en-dessus. Les taches noires et luisantes du premier anneau sont bien, ditfé-
rentes, par leur disposition, de celles de l’espèce voisine. Les points verruqueux sont gros, noirs, luisants et surmontés de poils très courts ; ces points limitent, sur chaque segment, la tache ou bande jaune qui passe au blanchâtre en haut et en bas. Les points verruqueux sont, sur les flancs, finement cerclés de blanc. Les seize pattes sont d’un gris bleuâtre ; la couronne des membraneuses est brune; la région du ventre est blanchâtre. Les stigmates sont très petits, blancs et cerclés de noir.
Cette larve ne sort que la nuit pour manger et paraît se nourrir uniquement de lichens gymnocarpes appartenant au genre Peltigère.
Dès le grand matin Oxybiensis se retire dans sa coque formée de soie et de débris de cryptagames détachés du rocher. Sa retraite est tellement bien dissimulée qu’on ne la distingue que très difficilement: elle consiste en un léger renflement placé à l’encoignure de deux petits rochers moussus. Ce n’est jamais sous cet abri que se transforme la chenille, mais plutôt sous une légère couche de terre, dans le voisinage des lichens qui l’ont nourrie.
La chrysalide, toujours placée horizontalement, est conicocylindrique, et d’un rouge brunâtre.
C’est dans la matinée qu’à lieu l’éclosion de l’insecte parfait.
J’ai rapporté, dans l’article publié dans les Anales Entomologiques de France, l'opinion sagasse de l’auteur de la Monographie des Noctuides du Globe : M. Guenée, à la vue de cette Bryophile, n’a pas hésité à la déclarer inédite, et à me fournir d'excellents arguments à l'appui de son opinion : p. 13 et 14 (Année 1875).
Cependant je fais observer que la figure que j’ai donnée de l’'Oxybiensis © n’est pas très exacte. En effet, la ligne
ss
des ailes supérieures est à peine indiquée dans cette figure imparfaite, alors que chez l’insecte en nature cette même ligne noire est très souvent large et continue chez beaucoup de sujets obtenus ex larvä.
Je donne aujourd’hui une nouvelle figure de la Bry. Oxybiensis type.
Obs. On sait que l’Oxybiensis a, comme la Raptricula, sa variété ; c’est-à-dire que de rares individus sont marqués d’une large teinte roussâtre répandue au milieu de l'aile, de la base à la frange.
BRYOPHILA PERLA, F.(Var.B.)(PI. VII, fig. 12 et 13.)
Jusqu'à ce jour cette Bryophile n'avait pas été observée dansles Alpes-Maritimes, cependant le type, ainsi que plusieurs de ses variétés, volent communément à St-Martin-Lantosque et à toutes les hauteurs voisines qui ne dépassent pas 14 à 1,900 mètres.
La chenille a les mœurs des espèces congénères: elle vit de lichens, sur les rochers et les vieux murs. Elle est parée de couleurs vives sur un fond plus où moins brun où les lignes ordinaires se détachent visiblement. La vasculaire est large, continue et marquée d’un point noir rectangulaire sur chaque incision. La sous-dorsale est double, géminée, blanche, fine et continue. La tête est globuleuse, noirâtre et rétractile ; les pattes écailleuses sont brunes et les membraneuses sont, ainsi que le ventre, d’un blanc d’os. Stigmates très petits, blancs et cerclés de noir.
L’insecte parfait se montre pendant un bon mois, à partir de la fin de juillet.
Indépendamment du type, on rencontre à St-Martin- Lantosque trois variétés de la Bry. Perla ; je figure la plus
"4 plis
Jin
remarquable. Elle est entièrement d’un jaune ochreux, avec les lignes ordinaires finement indiquées en noir. Je désigne cette nouvelle aberration : Var. B.
La seconde variété est décolorée, presque blanche, non par suite de la vétusté, puisque on l’obtient ainsi ex larvé. Cependant les lignes transversales sont toutes très visibles. Je désigne cette seconde aberration: Var. C.
La troisième qui est la plus répandue, est relativement obscure, avec l’espace médian presqu’entièrement noir. Ce sera la Var. D.
Celle-ci m’a présenté une particularité digne d’être signalée : leschenilles qui m'ont fourni cette aberration, sont d’unecouleur autre que le type, et voici ce qui les distingue: le vert foncé presque noir, envahit presqu’entièrement le dos et les flancs. Le ventre et les pattes sont d’un vert glauque. La ligne orangée du dos se réduit à une petite tache de couleur ochreuse, rectangulaire, placée sur chaque anneau. Je ne puis cependant voir en cette race de la montagne, autre chose qu'une variété locale.
BRYOPHILA GALATHEA, Mill. Ann. Soc. Entomol. de France (Séance du 27 janvier 1875). (PI. VII, fig. 14.)
La » de cette espèce tranchée n’était pas encore connue. Je l’ai rencontrée au lieu même où, il y a six ans, fut découvert le & : à St-Martin-Lantosque (Alpes-Maritimes), ou mieux, sur lesrochers à basesiliceuse qui, au Nord, dominent le bourg.
M. l'abbé Clair et moi avons mis de l’obstination à chercher celte précieuse Bryophile appliquée aux rochers : nos peines ne furent pas sans résultat, puisque pendant l’été dernier, du commencement de juillet au 15 août, hous pûmes recueillir plus de quarante B. Galathea des deux sexes.
Cette Bryophila si caractérisée sera donc bientôt répandue dans les collections, car j’ai l'espoir que d’autres lépidoptéristes suivront notre exemple et viendront visiter nos belles Alpes provençales, les plus riches de France assurément, au point de vue de l’entomologie.
J’éprouve le regret de n’avoir pu encore obtenir des renseignements sur la chenille de B. Galathea, qui doit avoir les mœurs de ses deux congénères Glandifera et Perla qui volent aux mêmes lieux qu’elle. Galathea cependant semontre un mois plutôt que celles-là.
La & de Bry. Galathea ressemble beaucoup au * ; elle en diffère seulement par le développement de l’abdomen qui se termine en pointe, et par la teinte plus sombre des quatre ailes. En effet, les supérieures sont très obscures avec les lignes et dessins vivement écrits en noir, et par les inférieures très enfumées au bord externe.
Obs. La Bryoph. Galathea vole pendant si longtemps à St-Martin-Lantosque et aux environs de ce bourg, dont l'altitude est de 960 mètres, qu’elle doit avoir, comme la Bry. Oxybiensis, deux générations qui se suivent sans interruption appréciable.
Dans les annales de la Société Entomologique de France, la figure qui a été donnée de la Bry. Galathea ® , v’est pas très exacte sur un point : une tache blanche à l’apex des supérieures n’a pas été suffisamment indiquée. Cette tache est tout aussi visible chez la 2 que chez le æ.
Cannes, Novembre 1879.
P. Mère.
bi bd M © © © I © OÙ à © D M
Li bi > ©
= 40 EXPLICATION DES FIGURES
Chenille du Mimæseoptlilus Fauna, Mill.
Chrysalide.
Insecte parfait o”, Cenille de la Coleophora Ononidella, Mill.
Insecte parfait o7.
Chenille de la Zygaena Var. Ononidis, Mill.
Id. id. jeune.
Cocon après le départ de l’insecte parfait.
Insecte parfait ©.
ILE D, Chenille de la Zyg. Occilanica type.
Cocon après le départ de l’insecte parfait.
Insecte parfait. Var. Albicans, Stgr.
Id. Var. Zberica, Rb.
Ononis Milissima ? L.
Dorycnium Suffruticosum, Vill.