PAR P. MILLIÈRE
Attacus Pernyi, GUERIN-MENN.
Mémoire lu à l’Académie des sciences, le 28 mai 1855. — K.-A. Bicor Bulletin de la Société d'asclimatation. Mars 1875.
I est certain que de tous les insectes utiles aux arts, les Allacus et Sericaria sont les plus précieux, puisque toutes ou presque toutes les espèces de ces deux genres nous donnent de la soie, cette matière textile devenue si nécessaire, de nos jours, chez tous les peuples civilises, et qui, nous a dit Guérin-Menneville, nous fait tirer annuellement de notre sol une valeur de plus de trois cent millions de francs.
Dans son traité spécial de l'éducation des chenilles produisant de la soie, le même auteur nous apprend que les larves connues de Bombyx (Allacus) vivant sur le chène ordinaire et donnant de la soie, sont au nombre de six : A//acus Mylilla des auteurs anciens, de l'Inde; A. Pernyi, Guérin-Men., de la Chine: À. Yama- Maï, Guërin-Men., du Japon; A. Roylei, Moore, de l'Himalaya ; A. Assamnensis, Helfer, de l’Assam, dans l'Inde anglaise, et
A. Polyphemus, Cramer, de l'Amérique septentrionale. Les trois premières espèces donnent une soie très forte généralement employée dans les contrées d’où proviennent ces A{{acus; cette soie arrive même sur nos marchés d'Europe. La première et la troisième de cès espèces ont èté minutieusement décrites par Guérin- Menneville dans sa Revue Zoologique ; Y Yama- Maï a èté figurée dans la même Revue scientifique (1861, p. 187, pl. 11, 12 et 13) sous.les noms de Bombyx (Antheraea) Yama-Maï, « du nom vulgaire sous lequel on connaît l’insecte au Japon. » Cependant la seconde espèce, le Pernyi, n’a été que très sommairement décrite sous ses divers états, et n’a été figurée nulle part. Je viens combler cette lacune et présenter l’image de cette belle et précieuse Saturnide sous ses diverses formes.
Si Guérin-Menneville a passé légèrement sur l’Atfacus Pernyi alors qu'il décrivait longuement les A{{. Mytilla et Yama-Maï, c'est que sans doute, le Pernyi, considéré au point de vue de la sériciculture, lui présentait un intérèt moindre. Les œufs des deux premieres espèces passent l'hiver et éclosent au printemps, lorsque se montrent les feuilles du chène ordinaire {Quercus robur); mais il n’en est pas ainsi du Pernyi, qui a deux générations, dont la seconde demeure en chrysalide pendant l'hiver. Si tout se passe bien pour la première éclosion du Pernyi, éclosion qui a lieu au mois de mai en Europe, plus particulièrement en France, et dont l’insecte parfait se montre en août, il ne peut en être de même pour la seconde génération, car les œufs provenant de cette dernière, éclosent au mois de septembre. En effet, en France, notamment aux environs de Lille où l’éducation de l’espèce se pratique en grand sous les yeux de M. Le Roy, notre collègue de la Société entomologique de France, les chenilles du Pernyi, parvenues à leur troisième ou quatrième mue, à la fin d'octobre, meurent infailliblement de faim, par la raison que les chênes, à cette époque de l’année, perdent leurs feuilles vertes.
Pour remédier au grave inconvénient de voir périr misérablement les chenilles de la seconde éclosion, j'ai tenté un essai dans l'extrême Midi de la France, à Cannes, non loin de la mer : essai
Attacus Pernyi * 5
qui peut, par la suite, être couronné d’un plein succès. Car, sur le littoral méditerranéen, les chênes ordinaires conservent leurs feuilles fraiches assez tard et, dans ce cas, peuvent permettre à la seconde génération du Pernyi de se transformer avant la fin de décembre.
Si les éclosions, lors de ma première tentative, n’ont reussi qu’imparfaitement au printemps de 1877, c'était sans doute à cause de la manière dont mes chenilles avaient été nourries. J'ai appris trop tard que les feuilles des rameaux de deux ans, moins aqueuses que celles des rejetons de l’année, devaient être choisies de préférence.
C’est à M. de Saulcy, de Metz, a dit Guérin-Menneville, qu'est dû ce perfectionnement dans l'éducation des vers à soie du chêne.
En me résumant, je dirai que, s’il est possible d’obtenir en Provence deux éclosions de l’Affacus Pernyi, cette belle Saturnide peut être appelée à avoir une grande utilité en France, et ses produits être recherchés à l’égal de ceux de ses congénères les Mylilla et Yama-Maï, car les œufs du Pernyi seraient chaque année récoltés deux fois ici, ce qui, je crois, n’a pas eu lieu jusqu'à ce jour. Dès lors, on serait dispensé de faire venir de Chine, à grands frais, chaque printemps, la graine pour l'élevage denouvelles chenilles.
Les Att. Yama-Maï et Pernyi ont entre eux certains rapports de forme et de couleurs, maisles mœurs de ces deux espèces sont bien dissemblables. Guérin-Menneville nous a signalé un fait physiologique des plus intéressants à l'égard de | Yama-Maï : chez les œufs de cette espècé, « l'embryon se forme quelques jours après la ponte, et la jeune chenille demeure enfermée jusqu’à l'époque où les bourgeons des chênes se développent l’année suivante »; chez le Pernyi jamais rien de semblable n’a été remarqué.
La chenille de l’Yama-Muï, en sortant de l'œuf, est jaune avec quelques raies longitudinales noires. La chenille du Pernyi ne demeure que trois ou quatre semaines à l’état d'œuf, et lorsqu'elle éclot, elle est entièrement notre.
Sept à huit semaines après son éclosion, la chenille du Pernyi
est parvenue à son entier développement, les anneaux sont très distincts, principalement les deuxième et troisième, sensiblement plus élevés que les autres. Le fond de la chenille est d’un très beau vert pomme, et la ligne stigmatale, de couleur bois, se voit toujours blanche de chaque côté sur les trois derniers segments, très large sur ceux-ci, et finissant en pointe à peine visible sur le premier anneau. La tête, relativement petite, est aussi couleur de bois; elle est, de plus, marquée de gros traits et de points bruns. Les pattes écailleuses sont d’un brun clair, ainsi que la couronne des dix autres pattes. Les stigmates sont très elliptiques, d’un brun clair et cerclés de noir. Les points pilifères sont saillants, garnis de poils fins, raides et roussâtres. Ces points sont, sur la région dorsale, principalement sur les premiers anneaux, d’une teinte argentée brillante; les quatrième et cinquième portent une grande tache elliptique d'un vif éclat, et cerclée de brun. Les perles ou points pilifères placés en dessous de la ligne stigmatale sont d’un bleuâtre pâle à peine perceptible.
Pour se transformer, cette chenille lie, le plus souvent, trois ou quatre feuilles de chêne, file un: coque ovale d’un blanc jaunâtre, composée d’une soie abondante assez forte dont la couleur varie. D'autres fois, la chenille se fixe aux parois de la grande cage en toile métallique qui la renferme. J’ai dit que les cocons ne sont pas toujours d’une couleur uniforme : ils se montrent parfois d’un gris plus ou moins blanchâtre sans que rien puisse expliquer la cause réelle de cette variation.
La chrysalide est relativement courte et très brune.
Tout le monde connaît l’insecte parfait; je n'en dirai donc que deux mots,
INSECTE PARFAIT Envergure : o*, 02,10 à 0,11; ®,0°,11 à Oc:,19.
Les quatre ailes sont grandes et bien développées; les supérieures sensiblement falquées et aiguës à l’apex. Le fond est de
Allacus Pernyi a"
couleur feuille morte, avec une large tache ocellée au centre de chaque aile. Cette tache est diaphane, cerclée d'un double liséré blanc mat et rose du côté interne, et d’un liséré noir du côté externe. Une large bande blanche ombrée de vineux intérieurement, traverse obliquement les quatre ailes en partant de l’apex des supérieures. La bonne moitié de la côte et le sommet du thorax sont teintés de gris vineux. Le dessous est semblable au dessus; il est de plus lavé de vineux, et la bande transverse des quatre ailes est remplacée ici par une série de gros points triangulaires vineux, marqués de blanc à la pointe externe. Les antennes sont très plumeuses. Le thorax et l'abdomen sont robustes et bien fournis de poils concolores. 5
La © serait en tout semblable au ©", si elle n’était un peu plus grande que lui, avec les antennes simplement pectinées.
Avant de clore cet article, je citerai l'éducation du métis des Aftacus, Yama-Maï et Pernyi faite par M. F.-A. Bigot. Extrait d’un rapport présenté à la Société d’acclimatation, en mars 1875, dans lequel l’auteur rend compte d’essais qu'il a entrepris par l'hybridation de ces deux Saturnides.
« Après avoir obtenu, dit M. Bigot, plusieurs mariages des Pernyi femelles avecdes Yama-Maï mâles, je cherchai à obtenir la contre-partie, c'est-à-dire le croisement d’ Yama-Maï femelles avec des Pernyi màles+ de ce côté, j'eus moins de succès, les mariages se firent avec beaucoup de difficultés; j’observai chez ceux-ci la même disposition que chez les autres à s’accoupler deux et trois fois de suite, mais les résultats étaient toujours négatifs.
« En résumé, le croisement du Pernyi femelle avec | Yama- Maïÿ mâle donne de très bons résultats; tandis que celui provenant d'Yama-Maï femelle avec Pernyi mâle reste pour ainsi dire sans effet.
« Huit mariages du Pernyt femelle avec l Yama-Maï mâle me fournirent en chiffre rond 1,000 œufs, alors que le même nombre d’accouplements Yama-Maï femelle avec Pernyi mâle ne produisit que 200 œufs sur lesquels il fallut en retrancher 150 mauvais. »
Les cocons de l'hybride, obtenus par M. Bigot, sont moins gros que ceux du Pernyi; leur taille les rapproche plutôt de ceux de | Yama-Maï. Si par le croisement de ces deux At/acus, on pouvait se débarrasser, dit encore M. Bigot, non complètement, au moins en partie, du grave inconvénient que présente la soie du Pernyi, moins appréciée des sériciculteurs que celle de l Yama-Maï, par la raison que cette soie, assez grossière, donne ses fils maintenus centre eux par une matière gommeuse qui ne se dissout que dans l'eau bouillante additionnée de potasse, « ce serait un heureux résulat qui permettrait d'utiliser d’une manière avantageuse les produits de ce nouveau séricigène. »
L'auteur du Mémoire en question ne dit rien de l’insecte parfait de ce métis ; il n’était sans doute pas éclos lorsqu’a paru sa brochure.
« L'année prochaine, je renouvellerai mes essais (en ayant soin de faire toute l'éducation d'automne dans une chambre chauffée, de manière à pouvoir arriver au coconnage sans craindre de manquer de nourriture), et si, comme je l’espère, je mène à bien ces deuxième ot troisième éducations, je pousserai jusqu’au bout mes expériences et je m'empresserai de les soumeltre à votre examen.
« Les œufs d’Yama-Maï femelles avec Pernyi mâles, dit M. Bigot en terminant, m'ont donné 50 chenilles; l'éducation de ces chenille s'est tellement prolongée qu’il m’a été impossible d'obtenir des cocons, n'ayant plus de feuilles à leur donner ?, j'ai pris la résolution de les exposer au froid, cherchant par ce moyen à les faire hiverner ; je doute fort que cela réussisse, mais au moins j'aurai fait tout ce qu'il est possible pour les réchapper. »
Ogs. Le fait suivant m'est communiqué; je crois devoir en informer messieurs les entomologistes.
Feu Guérin-Menneville a présenté à l’Institut, sous son nom, l’A{tacus Pernyi, et n'a nullement dit que cette espèce avait été dédiée au savant missionnaire Perny, par feu Jourdan, ancien président de l'Académie des sciences de Lyon, lequel avait remis à Guérin.
4 Je fais observer qne c'est aux environs de Paris qu'a eu lieu l'éducation de ces vers à soie du chêne,
Caradrina Jurassica 3
Menneville, lors de son passage en cette ville, des œufs, des che nilles et des cocons de ce beau lépidoptère. C'est avec justice que déjà mon savant ami M. Mulsant, dans son Cours élémentaire d'Histoire naturelle, p. 273, a relevé le fait que je viens de mentionner.
Caradrina Jurassica, RIGGENBACH.
Cette nouvelle Caradrina tient de ses voisines Fuscicornis, Rb., Selini, Bdv. et Kadinii, Frey : on la confondrait aisément avec elles si on ne pouvait la juger comparativement.
M. Riggenbach, de Bâle (Suisse), qui a découvert la Jurassica, me mande que le « D° Staudinger, qui d’abord ne voyait en cette Caradrina qu'une variété rappelant la C. Cubicularis (Var. Congesta, Led.), dit ensuite qu'elle pouvait être aussi une Noctivaga, Bell. (Var. Znfusva, Const.). À la vue de deux beaux exemplaires vet 9 de la Jurassica, M. Staudinger a reconnu que l’espèce est véritablement inédite et qu’elle doit être placée entre la Fuscicornis et la C. Selini. »
La Caradrina Jurassica, qui est certainement distincte de toutes ses voisines, est caractérisée par les quatre ailes relativement courtes, bien qu'assez larges, par sa couleur blanchâtre ou « grise argentée », rappelant ainsi les terrains crétacés où, dans le canton soleurais, sur l’un des contreforts jurassiques, M. Riggenbach la prend chaque année, au mois de juin, à Bechburg!.
Les ailes supérieures de cette Caradrine sont épaisses, soyeu-ses, arrondies au bord, lavées de violacé, avec les lignes basilaire et coudée fines, peu apparentes quoique nettement écrites. Une série de très petits points noirs précède la frange, qui est assez large et concolore. La tache cellullaire, grande, roussâtre, n’est pas toujours bien visible. Les ailes inférieures ont le disque irisé
{ Château de M, Riggenbach, sa résidence d'été.
et possèdent le point cellulaire gris très imparfaitement marqué. En dessous, les ailes sont très luisantes, les supérieures grises et les inférieures blanches. Elles sont l’une et l’autre traversées par une coudée large et continue aux premières ailes, tandis qu'elle est à peine marquée au bord supérieur des secondes. Le point ordinaire est bien indiqué aux quatre ailes. Les antennes sont roussâtres et garnies de fascicules de cils très courts. Le thorax, squameux, est, ainsi que le collier et l'abdomen, d’un gris luisant plus ou moins blanchâtre.
La ® ressemble au Oo par les lignes et les taches, mais elle est plus foncée que lui, surtout aux ailes inférieures. Ces aïles sont sans lignes en dessus, tandis qu’en dessous il existe une coudée brune très apparente. L'abdomen est plus développés il est moins fourni de poils concolores que chez le ©.
La Car. Jurassica que je décris avec douze exemplaires bien conservés sous les yeux, me paraît invariable quant à la coupe d'ailes (point essentiel), mais elle présente comme toutes les espèces du genre, des variétés tranchées. J’aperçois un © presque entièrement blanc, dont le bord des ailes seul est teinté de gris, tandis que je vois à côté, une femelle de couleur obscure rappelant la Var. Infusca, Const.
Il est regrettable de ne pouvoir rien dire de la chenille qui doit vivre de plantes herbacées, Cependant M. Riggenbach est sur ses traces, et cet entomologiste distingué nous fait espérer de nous la faire bientôt connaître.
Thestor Callimachus, Ev.
Bulletin de Moscou, 1848, Ni, p. 208, — Nordm.— Stgr.
CHENILLE
Sa forme est plate en dessous, convexe en dessus, avec les seize “pattes bien visibles quoique très courtes. La tête est petite et brune :
Thestor Callimachus TE
le premier segment est recouvert d’une plaque écailleuse étroite, également brune, et accompagnée de chaque côté d’un fin liséré plane. La couleur de la chenille est d’un testacé ocreux et, sur la région dorsale, il existe une vasculaire fine, brune et continue du quatrième au neuvième anneau. Ces mêmes segments présentent, accompagnant la ligne du dos, un double chevron d’un rougeâtre obscur. Le dessus de chaque anneau est recouvert de nombreux poils très courts et serrés.
Les flancs et le ventre sont concolores ainsi que les pattes. Audessus de la ligne latérale sont placés les stigmates noirs très petits et qu'on ne voit bien qu’à l’aide d'une loupe.
Jusqu'à ce jour je n’ai rien appris de ce que. doit être la plante dont se nourrit la chenille, qui peut bien, ainsi que celle du 7°. Ballus, vivre sur une Légumineuse.
C'est d’après des chenilles bien préparées, qui m'ont été fournies par le D' Staudinger, que j'ai décrit et figuré celle du Callimachus.
La belle tache d’un fauve rougeâtre qui orne chaque aile de la © ,se retrouve chez le &'. Par ce caractère important, le Thestor Callimachus se distingue des 7. Negelii, Hb. et Ballus, Fab., dont les mâles ont les quatre ailes uniformément obscures en dessus.
Le 7, Callimachus appartient à la Russie méridionale, à la Perse et à l'Arménie.
Mon cabinet : plusieurs exempl. æ et ç:
Ce n’est qu'au dernier moment qu'il m'est donné connaissance, par le D' Staudinger, de Dresde, que la chenille du Thestor Callimachus vit « dans les gousses de l'Astragalus Physodes, L. » C'est donc sur un fruit de cette plante que je figure cette chenille : elle doit avoir les mœurs de la Lycaena Baetica dont les larves vivent dans les siliques du Colulea arborescens. Cette chenille de Callimachus n’a pas les habitudes de celle du Zhestor Ballus, que Duponchel, dans son Zconographie des Chenilles, T, p. 223, pl. 33,fait vivre sur le Lotus hispidus aux dépens de ses petites fleurs.
Trichosoma Huguenini, Mic,
(Species nova.)
A l'époque où M. Lucas composa sa Revue du genre Trichosoma?, ilsignala huit espèces de ces lépidoptères. Depuis lors ce nombre a dû être réduit à sept, car le 7». Pudens, Lucas, a été considéré comme devant appartenir au genre Spilosoma, Steph.
Le Dr Staudinger, dans son nouveau catalogue des lépidoptères européens compte, dix Ocnogyna, Led. (Trichosoma Rb.). Il est vrai de dire que deux Pachylischia du Dr Rambur : Baeltica et Pierrelti, ont été réunis aux Trichosoma.
Je ne parlerai que pour mémoire d’une nouvelle espèce de Tri : chosome que doit bientôt publier notre collègue M. Ch. Oberthur ?.
Un nouveau Tichosoma des environs d'Alger sera aujourd’hui présenté aux lépidoptéristes. Il portera à douze espèces, en com-prenant celle de M. Ch. Oberthur, le nombre de ce beau genre en grande partie africain.
Le Tr. Huguenini est une espèce des plus tranchées par la disposition de ses couleurs aux secondes ailes; sous ce rapport il ne ressemble à aucun des Trichosoma ou Spilosoma qui ont été décrits jusqu’à ce jour, C’est un des plus petits du genre; voici sa description :
Envergure, 26 millim. Les ailes supérieures sont assez larges à l'extrémité, arrondies à l'apex et seraient, y compris la frange, uniformément d’un brun marron foncé et mat, si la tache cellulaire noirâtre, médiocrement grande, ne se montrait à peine indiquée. Les ailes inférieures ont leur fond d’un noir intense, mais ce qui les caractérise, sont les diverses taches d’un jaune plus ou moins vif qu'on y remarque. La principale occupe le centre de l'aile; elle se montre sous forme de bande large d’un jaune ocreux vif
1 Annales de la Société Entomologique de France, séance du 27 avril 1853. ? Prenier supplément à mi Five d'Algérie, Lettre du 10 mai 1878,
Trichosoma Huguenini 11
partant de la base de l'aile et s’arrêtant aux trois cinquièmes de son étendue. Cette bande ou ligne est coupée carrément à l'extrémité, et présente vers son milieu le point cellulaire grand et noir. Une deuxième ligne, presque aussi allongée, mais moins large que la précédente et d’un ton moins vif, existe entre la première bande et le bord interne. Le point anal forme une liture ocracée termipale, laquelle semble faire une suite, largement interrompue, à la seconde ligne. La frange est d’un jaune un peu obscur. Les antennes, assez fortement pectinées, sont noires avec la hampe blan chàtre. La tête, le thorax et l'abdomen sont robustes et couverts de longs poils d’un gris jaunâtre, implantés sur un fond noir.
En dessous, les ailes supérieures seraient la répétition du dessus, si le bord interne n'était marqué d'une large bande d’un jaune ocreux, avec la costale lavée de la même couleur. Les inférieures présentent exactement la répétition des supérieures; pourtant les couleurs sont moins vives, et le point cellulaire existe bien indiqué en noir.
La @ n'est malheureusement pas connue.
Ce lépidoptère a été depuis peu rapporté d'Afrique par M. le D' Huguenin, professeur à l'Université de Zurich. Ce savant l’a rencontré le 2 avril 1878, aux Aqueducs d'Alger, posé sur une feuille d'Asphodèle. Bien vainement M. Huguenin a cherché d’autres exemplaires de ce charmant insecte.
C'est en souvenir des nombreux services rendus à la science entomologique que je dédie ce Trichosoma à M. le D' Huguenin, qui étudie plusieurs ordres d'insectes.
Le Tr. Huguenini devra trouver place après l'Ocnogyna Loewit, Zell. et, dans le catalogue Staudinger et Wocke, porter le n° 772 bis.
O8s. Il m'est communiqué à la dernière heure, 11 juin 1878, que deux nouveaux exemplaires ©’ du Trichosoma Huguenini ont été capturés par M. l'abbé David, dans le même lieu à peu près el dans le même temps qu'a été rencontré l’insecte que je viens de décrire.
« M. l'abbé David, me mande M. René Oberthur, a capturé ces deux Trichosoma l'hiver dernier aux environs d'Alger. »
Les deux sujets en question sont identiques au mien, seulement l’un d'eux présente cette légère différence : l'aile supérieure est marquée de deux petites taches jaunes, placées au-dessous de la
nervure costale.