Le Songe. Son. 1841. I
Sous la chaleur de midi, dans une vallée du Daghestan, Du plomb dans la poitrine, je gisais immobile ; Ma profonde blessure était fumante encore, Goutte après goutte mon sang s'en écoulait.
J'étais étendd seul Sfir le sable de la vallée ; Des rochers escarpés se pressaient tout autour, Et le soleil brûlait leurs cimes jaunes Et me brûlait aussi, mais je dormais d'un sommeil de mort.
Et je vis en rêve, tout étincelant de feux, Un festin du soir au pays de mes pères ; Parmi des jeunes femmes, couronnées de fleurs, Une causerie joyeuse roulait à mon sujet.
Mais, sans se mêler aux joyeux propos, Uue seule était assise là, toute pensive, Et dans un triste rêve sa jeune âme, Dieu sait pourquoi, était plongée.
En songe elle voyait la vallée du Daghestan ; Dans cette vallée gisait un corps connu d'elle, Dans la poitrine, fumant encore, la blessure noircissait, Et le sang s'écoulait en un filet déjà figé.
Vladimir Soloviev, à propos de cette pièce, parle des côtés mystérieux et troublants de l'âme de L. Il est certain, en tout cas, que toute sa vie le poète a eu la hantise de sa fin prématurée et tragique. Le tableau sanglant ici décrit a été vécu. Voir dans Valêrik les impressions de guerre rapportées et particulièrement la mort du capitaine (1, 46) .