Le Rocher. Outess. 1841. I
Un nuage d'or avait passé la nuit Sur le poitrail d'un rocher géant.
Le matin de bonne heure il reprit sa course, S'ébattant gaiement dans l'azur.
Mais une trace humide est restée Au sein ridé du vieux rocher.
Il est maintenant solitaire ; enfoui dans ses pensées, Il pleure doucement dans la solitude.
- ■ AMOUR ET INTIMITES
Le sens caché de ces vers est dans le sentiment douloureux que l'amour est éphémère et l'union parfaite des âmes, impossible. Le symbole poétique, le mouvement général, le rythme ont été évidemment suggérés au poète par ia poésie de Heine : Un pin se dresse solitaire (Bach der Lieder, Lyrischer Intermezzo, n° 33), que d'ailleurs il a traduite lui-même dans le Pin (Sosna), I, 40. Cf. Duchesne, p. 240, 241.
28. Oni lioubili droug drouga... 1841. I, 69. [Imité de Heine.
Sic liebten sich beide, doch kciner Wolit'es de.n Andcrn gestehn... (Hbimb) (l).
Ils s'étaient aimés si longtemps, si tendrement, Avec une tristesse profonde, une passion violente cl
folle ; Mais, comme des ennemis, ils évitaient les aveux et les
rendez- vous, Et leurs rares propos étaient vides et froids.
Ils s'étaient séparés avec une peine muette et fière Et l'image chérie ne se montrait plus que rarement dans
leurs songes ; La mort vint : au delà du tombeau ils se revirent ; Mais, dans ce monde nouveau, ils ne se reconnurent
plus.
(1) Heine, Bach der Lieder (Die Heimkehr, n° 35). Voici la traduction de la pièce de Heine : « Us s'aimaient tous deux, mais aucun ne voulait l'avouer à l'autre ; ils se regardaient avec tant de haine quiis auraient voulu mourir de leur amour. Ils se séparèrent enfin et ne se revirent que de temps en temps en songe ; ils étaient morts depuis longtemps et ils le savaient à peine eux-mêmes ». :^ 53
Les deux derniers vers traduisent très inexactement le texte allemand ; mais ils rappellent une idée poétique que L. avait déjà développée dans V Amour d'un mort (V. n° 20).