‹ LermontovChapitre 32 sur 54 · Opiat\ narodnyévitii... 1335. I · texte numérisé non relu

Opiat\ narodnyévitii... 1335. I

Voilà encore, défenseurs des peuples, Que pour l'affaire terminée de la Lithuanie, Contre la gloire hautaine de la Russie Vous vous dressez en menant grand bruit !(1). Déjà, de son verbe puissant, le poète (2) Vous a châtiés, s'éveillant dans une gloire nouvelle D'un sommeil prolongé, Et du voile de la réprobation (3) Il a recouvert vos noms.

Que signifie cela? Est-ce arrogant défi, Furieux appel à la bataille ?

Est-ce la voix de la haine inquiète, Le cri de l'impuissance exaspérée ?

Oui, la vipère de la haine astucieuse Vous ronge ; vous êtes offusqués Par la majesté de notre aurore ; Vous ne pouvez voir le soleil de Dieu Derrière le soleil du tsar russe !

(1) Viskovatov prétend que L. répond ici à un journaliste français, qui en 1835 avait soulevé de nouveau dans la presse la question des rapports entre la Pologne et la Russie.

(2) Pouchkine.

(3) V. Ne vier' sebié (n° 39) : le Voile de l'oubli.

Dès longtemps habitués à vous jouer Des couronnes et des respects, Vous pensez de vos mains souillées Salir son étincelante couronne.

Tout ce qui est grand et noble Dépasse votre intelligence, votre nature; Vous n'avez pas compris qu'un bouclier terrible D'amour et d'orgueil national Protège cette couronne contre vous !

Pauvres insensés! vous avez raison :

Nous sommes étrangers à la fausse honte ; C'est ainsi, quand il s'agit de gloire, Le peuple et le tsar toujours sont indissolublement unis. Aux ordres d'une autorité bienfaisante Nous nous soumettons humblement, Et nous avons foi en notre tsar, Et nous défendrons tous obstinément Son honneur comme le nôtre propre !

Mais l'honneur de la Russie est inattaquable, Et le monde, en riant, vous écoute ! Ainsi aux 'époques guerrières de Rome, Aux jours solennels des victoires, Quand Fabricius menait le triomphe, Et que retentissaient dans la capitale Les cris reconnaissants de l'enthousiasme, On voyait courir derrière le char étincelant, Tout seul, un calomniateur à gages !

Sous une forme qui n'est pas exempte d'une rhétorique déclamatoire que l'on taxerait de juvénile si l'on ne savait qu'il l'a toujours assez goûtée (voir plus loin ses pièces imitées de Barbier), L. reprend les invectives que Pouchkine, en 1831, lors de la prise de Varsovie, . = 58

= RUSSIE ANCIENNE ET MONDE CONTEMPORAIN adressait Aux calomniateurs de la Russie. L'imitation est directe. Il faut noter, en tout cas, Tardent patriotisme qui anime le poète et dont on rencontrera encore des exemples. Les protestations de loyalisme dynastique dont la pièce est remplie ont paru assez sincères pour que Raiévski, compromis avec son ami dans l'affaire de la poésie Sur la mort de Pouchkine, pût invoquer, dans sa déposition, ce témoignage.

Page 1