‹ Les 14 stations du Salon 1859Chapitre 16 sur 80 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Je rencontre un second critique. Il m’aborde civiiement et, sans rougir le moins du monde, entame le dialogue suivant .

— Sacrédié! vous êtes ici?

Voyez, — pour affaires.

— Affaires dénotés?

— Oui; on ne voit plus que cela maintenant : des preneurs de notes. Que de taupiers dans le nombre !...

C’est bon tout de même. Qu’importe au public l’aveugle ou le voyant, si la clarinette va son train? Entre nous, je ne m’y entends guère, vous le savez. La clarinette, c’est ma plume; — mais, voila mon chien.

— Ce brave homme qui vous attend, là-bas?

— Justement.

Il vous conduit?

— Devant les bons tableaux.

— Et vous discutez ses avis?

— Je les écris.

— C’est donc un bien grand esprit ?

- C’est un peintre. Il juge net, - en homme du métier; et, sur ce canevas, je fais cabrioler des phrases qui gâtent souvent son jugement, mais l’embel- Ussent. Je vous recommande ce système de compé-

rage. Il a pou d’unité; seulement, il donne un vernis d’art qui n’est point à dédaigner. De très-hautes illustrations littéraires se servent de cette commode formule; — vous allez les voir.

Et en effet, j’en vis passer peut-être deux, peutêtre trois, les yeux fermés, sublimes aveugles, tenant en laisse le malin conducteur, tâtant leur route de la plume, et portant au cou la follichonnc pancarte :

privé de la lumiare !

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