SAINT SÉBASTIEN
Le saint est assis à terre, — les jambes repliées, la main gauche appuyée sur le sol; sa tête mourante se renverse en arrière. Deux saintes femmes, agenouillées à côté de lui, retirent les flèches dont il vient d’être martyrisé, avec une touchante et amoureuse piété. Celle de gauche étend le bras : a Oh ! ce sang qui coule.... lentement, lentement, retirons les flèches mortelles... » — Leur enthousiasme de charité est si grand , qu’elles semblent des attirer du regard sans faire souffrir l’infortuné. Sublime délicatesse d’âmes exaltées, on vous comprend ici! L’une porte une tu-
nique violette et une robe jaune; l’autre est habillée de bleu. Une étoffe verte entoure le corps du saint. A terre sont des flèches, — un casque, — une épée, — un manteau rouge, — des urnes. La scène se passe dans une gorge sombre de terrains verts où la lumière entre, reposée, saisissant quelques parties du groupe, et laissant les autres dans l’ombre. L’horizon est bleu ; le ciel attend l’ombre : c’est le couchant.
Que de grâce, de poésie!... quel sentiment idéal de douleur dans cette harmonie dramatique des tons ! Chaque gamme souffre, pour ainsi dire, et est l’expression d’un chagrin, d’une plainte. Involontairement on est attristé, le cœur gémit... Cette affliction qui essaye de sourire, résignée, agonisante, — vous remplit l’âme d’une douce exaltation religieuse. Il y a une larme dans le ciel. Quel suprême courage dans la tête renversée du saint... La tendresse éplorée d’une mère qui voit son fils blessé ne palpite-t-elle pas dans le corps de ces deux femmes agenouillées?... Que c’est doux, attendri! Le détail harmonieux y est infini, — toujours limpide, toujours admirable de justesse: on peut dire devant ce tableau que c’est la transfiguration de la couleur dans ce qu’elle a de plus parfait.