‹ Les 14 stations du Salon 1859Chapitre 52 sur 80 · LA BALLADE DES TROIS BOHÉMIENS · texte numérisé non relu

LA BALLADE DES TROIS BOHÉMIENS

Le premier dit : Je m’en vais vous jouer la valse satanique de Faust ; c’est égal je suis bien gêné; le peintre, qui m’a donné un très-beau violon, m’a mis le ciel sur les épaules ; — j’étouffe ! j’étouffe !

Le second dit : Pour qui jouez-vous, l’homme? — J’existe dans les tableaux de Velasquez ; — là, je pourrais vous entendre, — mais ici, c’est mon ombre qui vous parle, et c’est ma défroque qui fait semblant de dormir à terre.

Le troisième, se retournant, dit : J’ai le dos terreux et ne me porte pas très-bien ; — ne voyez-vous point de rivière où je puisse aller me laver? Hélas! il n’y a ni eau, ni terre, ni herbe, ni quoi que ce soit d’existant ici. Nous n’avons nousmêmes qu’un pauvre souffle de vie...

Alors , tous les trois s’écrièrent à la fois : M. Bellet du Poisat s’est joué de nous. La fantaisie de son crayon nous donnait la vie, l’ignorance de son pinceau nous tue. Quelle malheureuse fin pour des Bohémiens!

2fJ0

Page 1