BIDA
J’adore M. Bida pour son art , sa science, pour les facultés graves de son esprit si merveilleusement doué. 11 est un des plus charmants créateurs de notre époque. Son Orient , d’un style si pur, sera la page la plus magnifiquement écrite, rêvée, approfondie , sur ces pays mystérieux. 11 en connaît à fond les types, les allures, les symboles, les fanatismes, les paresses, les grâces, les fureurs, les voluptés fades, les extases religieuses et les rages convulsives. Il les possède par l’analyse, le sentiment, la lumière. Vous connaissez la force, la simplicité et l’originalité de son esprit, — son art a une expression inimitable qu’il ne doit à personne et qui prend les allures les plus diverses. — Comme force et accentuation vigoureuse de l’effet, il ne le cède en rien à la palette. En somme, l’organisation do ce grand artiste est une
des curiosités les plus rares de ce temps. Je l’admire sincèrement.
Voyons ensemble ses trois tableaux.
La Prière. — Devant une sorte de chapelle, agenouillés ou debout, des hommes prient. Dans une chaire, un prêtre est prosterné. L’architecture cle ce temple est d’une délicatesse dont aurait souri un kalife. Impiœssion pieuse et austère. La prière est. bien dans toutes ces bouches et sur tous ces fronts pensifs. Mon ombre y prie , — un autre moi-même , croyez-le, vêtu en Arabe syrien. Le peintre m’auraitil vu en rêve ?...
Prédication maronite dans le Liban. — Sous des arbres séculaires , des cavaliers, clés enfants, des femmes, — tout un peuple, assis, debout, couché, écoute un prêtre qui parle appuyé contre un tronc d’arbre. Les groupes sont en cercle; — mais au milieu , une femme assise , écoute , l’œil triste, appuyée sur sa cruche. Une idéale expression anime ses traits.
Ce sont donc partout les mêmes abîmes de folie pour l’homme!. . .—car le cœur se serre en voyant ces beautés ignorées que l’on ne connaîtra jamais, — et qui vivent quelque part... sous le ciel...
Corps de garde d’ Amantes au Caire.— Un groupe joue aux échecs; un autre cause; un autre songe; un autre parle à de pauvres femmes accroupies dans