INGRES
La Naissance des Muses. Pour le posticum d’un temple grec, reconstitué par M. Hittorff.
C4ette toute petite peinture hiératique se détaille avec un style simple. Une sage et harmonieuse ordonnance la pénètre. Elle est délicate, dans un sentiment noble et calme. Les purs bas-reliefs grecs — ne donnent pas de plus belles attitudes idéales, naïves, émues d’un sentiment reposé qui plaît, — dans un mode majestueux.— Il y a des figures drapées, dessinées avec une pureté qui charme en dépit du peu de sympathie que l’on peut avoir pour la peinture de M. Ingres. Saluons ce beau rêve antique réalisé.
HTHOGEAPHXE ET GEATOS.
M. Raffet se présente tout d’abord avec divers épisodes du siège de Rome. Son art est véritablement supérieur. Je le considère comme une des plus belles organisations contemporaines- Il est le Rida de nos troupes. Trois œuvres me frappent dans ses divers cadres : Sape volante , — Travailleurs à la tranchée , — Embuscade de chasseurs .
Nous trouvons ensuite M. Laurens , — un crayon
fin, moelleux, — très-varié. 11 a reproduit M. Diaz, Paul Flandrin, Ziem. Puis, M. Aubert, qui comprend avec force, — et donne un travail ferme, juste, bien accentué. 11 a envoyé Palestrina et le Calvaire. M. Vernier (Émile) , — une brave et forte nature,
— presque un peintre, tant il rend admirablement les effets de couleur. Tout fougue , tout entrain ,
— et en même temps gracieux à vous ravir. Il s’est attaqué cette fois à M. Courbet,
Voici M. Collette , — un talent fin, — lumineux surtout. M. Mouilleron , dont je n’ai pas besoin de faire l’éloge, — mais qui donne une Bonde de nuit un peu noire; — M. Le Roux, dont le Samson tournant la meule , exprime un ferme travail; — M. Lassalle, qui a une délicate compréhension des effets; — M. Pirodon, qui humanise les chiens de M. Jadin par un crayon souple; M. Célestin Nanteuil, l’homme d’imagination , le poète, l’infatigable artiste dont le crayon a produit tant de tumultueuses fantaisies; enfin M. Bodmer , qui reproduit magistralement ses beaux intérieurs de forêt.
La gravure se morfond dans un enseignement stérile, — sans force. Elle devient bourgeoise, effacée, — patiente, sans effet. Elle n’a plus de style, à proprement parler, mais une pâle physionomie moderne. La science ne lui fait point défaut.
Nous citerons en ligne supérieure : MM. Bertinot, Mercury, Blanchard, Bridoux, Laugier, Joubert, Vibert, François, Jules Lefèvre , Lelimann Auguste, Calamatta, Dien, Weber, Verswyvel, dont le style rappelle le xviii® siècle, Nusser, très-délicat et varié de taille, Keller Joseph, un grand et noble talent. — ■ Viennent après : — MM. Lavieille, Paquiez, Linton, qui ont gravé de beaux bois, M. Linton surtout»
M. Leroy mérite une mention spéciale pour son dévouement à la cause des maîtres qu’il interprète avec tant de savoir. C’est une œuvre pleine d’intérêt. Vous y verrez des Véronèse, des Claude Lorrain, des Poussin, des Mantegna extraordinaires, — et deux plumes de Michel-Ange curieuses.
Je remarque une fort belle gravure de M. Salmon, d’après un dessin de M. Ingres. Ce dessin représente Mme la comtesse d’Agoult et sa fille. Il est de toute beauté! L’exquise grâce moderne s’y est traduite avec un art simple et grand. On y voit une facilité, une sûreté de trait merveilleux. Il semble que le crayon se soit joué à travers ces étoffes, ces fonds d’appartements si élégants, ceUe recherche poétique, doux asile d’un grand esprit, d’un poète, d’une âme faite d’élans fiers et généreux. Les têtes ont une expression charmante. C’est la vieille manière large , accentuée et patiente des maîtres. La gravure doit avoir incontestablement la netteté vigoureuse du
trait. Elle a suivi les lignes, hardiment, luttant de finesse avec elles. Elle a consacré leur caractère avec un bonheur d’expression que je suis heureux de signaler.
M. Flàmeng est un esprit charmant ; je l’aime beau* coup pour ma part. Il est plein d’esprit, d’imagination et de sensibilité. Sa délicatesse de touche, sa manière vive d’expression , sont très-appréciées, et depuis longtemps il s’est groupé à son entour un public d’élite heureux de l’applaudir.
Voici miss Graham , portrait d’après Gainsborough; très-réussi.
Voici une fine, une fine étude, — sorte de camée à la plume , — reproduit par le burin avec une délicatesse rare; c’est le Portrait de Mme la comtesse d'Agoult. La belle tête !... le front est élevé ; les cheveux retombent abondants sur le cou, entremêlés de fleurs. L’œil brille, pur; le nez se courbe noblement; la bouche s’émeut... Eh quoi, ce doux visage se plaît aux pensées graves... Il est calme et inspiré... il a créé des Maximes morales où les plus remarquables thèses humaines ont une magnifique définition, — et des œuvres historiques profondément scrutées.
Qui le croirait, en regardant la poétique expression de ce front où semblent s’agiter de si frêles rêves, — rien que des rêves... délicatement rimes?
La Vue prise sur la Tamise , —de M. Seymour, est
une très-belle eau forte, — bien attaquée, d’une pointe hardie.
M.Whisler (James), un peintre plein de distinction, gracieux coloriste, avec une allure individuelle , où la grâce se mêle à une originalité capricieuse , a envoyé deux eaux-fortes : Portrait de femme , — la Marchande de moutarde (Cologne). Ce sont deux fines pages; leur attrait poétique vous fera rêver. Une vive et mordante exécution leur donne une haute saveur.
Charmant peintre ! le jury lui a refusé une toile délicieuse qui méritait la faveur la plus spéciale assurément. Vous penseriez comme moi si vous l’aviez vue; cela in’a vivement peiné. Il vient de passer le détroit. Bonjour, aimable ami, que ce regret soit mon salut de cœur.