TROISIÈME SORCIÈRE
Salut, Macbeth ! un jour tu seras roi !
Les terrains se couvrent d’ombre. La nature est comme courroucée contre elle-même. Des arbres, bercés à plein corps par le vent d’orage qui souffle aigrement, couvrent une partie du ciel demi-pur, demi-chargé de nuages, qu’on voit palpiter et se déchirer sous l’action du vent. A gauche, une éclaircie rouge de ciel attire tout d’abord votre regard et accuse les trois sorcières découpées en vigueur. Peut-être fallait-il la creuser davantage pour montrer les vieilles mégères à mi-corps; — l’impression y gagnait. Ainsi, elles font trop partie du terrain. La tête seule, vue au dehors, n’offre qu’un accident d’horizon. Sur la
LES 14 STATIONS DU SALON, droite, descendant une pente raide, Banquo et Macbeth chevauchent côte à côte. Les chevaux se cabrent et frémissent avec un mouvement de profonde terreur.
L’expression générale s’annonce fort sombre. L’appel rouge, sur la gauche, est non-seulement dramatique pour la vision , — mais encore heureux comme note dominante d’idée. L’esprit s’y porte, — et reçoit du premier coup une forte impression. Le ciel aune intensité de lumière effrayante , — surtout si vous clignez vos yeux; tout s’éclaire alors dans un ton puissant.
Pour le sens absolument viril d’une interprétation exacte de Macbeth, la nature est, ce me semble, un peu molle. — Je crois que M. Corot a cherché seulement dans la scène une impression de paysage ; il a exprimé l’émotion des personnages.
Cette toile est admirable de calme, — de mystère, de mélancolie douloureuse. Elle a une grande concentration de force, — un style pur, — généreux. — Belle par le détail, — grande par l’ensemble : — c’est tout Shakspeare.
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Dans quels limbes allons-nous retomber? — Voyons.
Libot. — la Voie des Cheneaux, près de Sceaux. De la fraîcheur, — de la vérité. Modeste paysage ; les
MO
oiseaux peuvent venir y chanter, — les poètes rêver. J’y ai rencontré, un jour, M. Baudelaire.
Bonvin. — Portrait de M. D... Forte petite peinture; garde un bel accent dans son modeste cadre. Bien maniée, vaillante; le véritable tournure des choses d’avenir. Le sujet est insignifiant : un gros petit garçon tout heureux de vivre; vu à mi-buste. Nous espérons retrouver bientôt NI. Bonvin pour lui ôter plus amplement notre chapeau.
Je sais des toiles charmantes de M. Edouard Frère, toiles heureuses et vraies, — avecune manière piquante d’expression qui les faisait tout de suite reconnaître et aimer. — Il tourne au joli, maintenant, et paraît ne plus chercher qu’à amuser les enfants. C’est la seule réflexion possible à faire devant ce petit tableau qui est là, sous nos yeux : Allant à l'Ecole . Allant à l’école, — c’est fort bien, — est-ce tout ? — Les titres, cela se trouve toujours; mais la vérité à mettre dessous, de quelle couleur faut-il l’habiller pour qu’elle soit sage? C’est charmant, — c’est propret, — facile, — ingénieux, — habile, — déplorable; — voulezvous plus encore? Cependant, la main sur la conscience, vous n’ignorez pas que ce n’est rien moins que juste. — Et remarquez, monsieur, que, de toute éternité de cœur humain, le juste fut l’intéressant, — l’intéressant, l’ému, le gracieux, le fort, — toutl
Ces charmants enfants, les avez-vous bien vus aller à l’école, — par un temps de pluie? — Permettez-
moi de douter, en les rencontrant ici, dans le cadre, — si propres, — luisants comme des opales, — n’ayant aucun naturel de chairs ou de vêtements, — marchant sur une glace, — dans une rue de brouillard ébauchée par-dessous jambe. — Vous traduisez la vie : rappelez-vous donc alors que le public n’y est pas étranger. Il n’y a pas de prétention, — d’accord, mais il y a si peu de vérité !...
Brown (John). — Chevaux de trait. Une énorme gouache peinte sur baudruche. L’abus, en grand, du faux.
Gassies (J. -B). — Décembre. Jolie étude de forêt. — Les arbres dénudés, tordant leurs branches sur le bleu froid de l’air, frissonnent visiblement. C’est trèsétudié, — très-poursuivi, — d’une facture incisive et fine.
Opinion sérieuse de deux critiques très-sérieux sur le n° 1332. — Le Médecin de campagne.
LE PREMIER
Bon tableau, ça; — qu’en dites- vous ?
LE SECOND
Hé! ma foi oui, — je l’avais remarqué.
LE PREMIER
C’est que c’est joliment réussi.
LE SECOND
Ali! parbleu! il est bien, le caniche. Oh! le médecin! le bon type, est-il attrapé! Tout y est : la couleur du gilet, la montre... La petite fille a du bon.
LE PREMIER
Je crois bien ! — voyez l’expression des yeux ; — on voit qu’elle n’ose plus manger sa soupe.
LE SECOND
C’est bien ça la campagne ! quand je me souviens... 11 parait que Ba’zac a étudié son Médecin de campagne sur
nature.
LE PREMIER
Le fond est un peu risqué, — voyez ; car enfin, les troisièmes plans dégradés dans la lumière. ..
LE SECOND
Allons donc; — mais non. Vous êtes toujours à vous dégrader dans la lumière... — Vous... (n rit.) Tiens, Nadar qui passe, — un bon type, hein? Vous comprenez .. qu’est-ce que ça me fait votre lumière ; si vous me donnez une jambe à cinq pieds, expliquez le sujet; — voià l’affaire.
LE PREMIER
C’est joli.
LE SECOND
C’est joli. — Oh! mais, ce médecin!... tenez, savez-vous à qui il ressemble?.., .(n* s’éloignent.)
Je ne dirai rien du tableau, qui me peine. Je voudrais seulement établir un point d’observation : c’est
qu’en France on aime généralement en peinture, les romans ; — en littérature, les causeries; — en musique, le pas redoublé; — en sculpture, le major; — en amour, la phrase.
Je note, en faveur du nom de M. Laemlein, — son portrait de femme. Voilà un déplorable exemple, en peinture, de l’abus du rêve. Quand l’esprit n’est pas préparé par un long labeur, une étude infatigable de la nature, à la réalisation de son rêve d’art, il enfante dans le vide, et entasse fantômes sur fantômes. L’élément littéraire domine, absorbant les qualités plastiques, qui doivent être la base absolue de l’œuvre et son vêtement visible. Dans cette transposition des rôles, toute peinture s’anéantit.
Voyez : Tête bleue, — châle bleu, — mains bleues, ■ — fauteuil rouge et pourtant bleu; — toujours du bleu, — rien que du bleu. Toutroule sur cette gamme malheureuse complaisamment étudiée.
Aucun modelé, — nulle vie. — Mauvaise étoffe, — mauvais fond. Perinture creuse et maladive. Le dessin est rigoureusement exact; — c’est bien pçu.
M. Laemlein aies belles qualités de l’idée philosophique. En peinture, leur emploi exclusif peut être désastreux. Ignore-t-on que le beau côté de cet art est d’être moins une étude pour le cerveau qu’un charme pour l’œil?...
Marchal. — Peine perdue. L’éternelle histoire du
ol ‘LES 14 STATIONS DU SALON,
mal faisant des agaceries au bien. Ici, c’est une vieille femme qui tente une jeune fille avec un bracelet. Pourquoi une Vieille? le thème n’est pas neuf. J’aurais donné le rôle à une autre jeune femme. La peinture sc compliquait d’une idée, alors, et elle pouvait garder son allure innocente et son frais style. Le sentiment de cette toile est heureux, — très-louable, — il s’exprime juste. J’aime son honnêteté, — sa candeur. C’est peint en bonne franchise.
A Monsieur Garcia, peintre,
Vous me demandez , monsieur, ce que notre ami Carolus Duran a exposé. Justement, j’arrive à sa toile : je ne saurais mieux vous répondre qu’ici-même.
11 a exposé son portrait , — le buste seulement, — non par vanité plastique, mais par conscience de travail. Sous ce rapport, je le trouve tout à fait remarquable. Le public n’en peut rien voir, placé qu’il est à des hauteurs inaccessibles. — Povero i
Le corps,jioyé dans l’ombre, s’efface; la tète, projetée en avant, est accentuée avec un relief saisissant. Les ombres et les lumières s’accusent tour à tour, très-énergiques, et se font une pittoresque opposition. — L’œil pense , — la bouche affirme; l’homme semble jaillir de l’ombre, son domaine préféré. Peut-être y a-t-il du vrai dans cet accident bizarre de jour.
C’est d’un effet sévère, — ferme. On y reconnaît l’allure fière et brave d'une vigoureuse organisation.
Vous savez, monsieur, comme moi ce qu’il faut penser de ce tout jeune homme, et quel fécond espoir nous fondons sur son avenir; en lisant ces lignes, dont vous reconnaîtrez la sévère justice, en vous rappelant notre fraternelle amitié, songez au bonheur que j'ai eu à les écrire — le premier.
Je n’y songeais guère, je vous assure, il y un an.
Thiollet. — Le Retour du marché , marée basse , près Trouville. Charmante idylle que l’on voudrait chanter ou rimer. A ce propos, n’est-il pas anormal que les peintres s’inspirent des poètes? quel renversement de facultés ! C’est nous qui devrions être saisis par une impression peinte comme nous le sommes par la nature elle-même ; notre gloire est de lui donner ensuite la forme exacte et inaltérable du rhytlime. Tout peintre traduisant l’écrivain est un enfant qui ne sait pas rester à sa place.
Je hasarde ici cette pensée qu’on pourrait contredire, — je crois. Je l’ai fait moi-même, du reste. Les deux modes sont bons. C’est égal; la chose est écrite, — je la laisse.
Fortin. — Intérieur rustique . Agréable pour ceux qui aiment passionnément la note bretonne. Ce dilettantisme ne me sourit plus. Petit tableau bien peint, — bien éclairé , — très-blond dans les ombres. Beaucoup de jolis détails. M. Fortin me paraît entrer — je parle en thèse générale — dans une période habile. Qu’i! prenne garde. II tombe dans la
sécheresse, et donne à ses accessoires quelque chose de divagant et d’abstrait.
Giüoux. — Arrestation sous la terreur. Un libretto de théâtre.
Les blâmes, les applaudissements se succèdent et se répondent. — Il n’y a pas eu équilibre ici. Encore un cercle franchi : — marchons.
[SALLE Xlir.
Voilà longtemps que je nourris le belliqueux désir de voir une bataille en ballon. Cette distraction toute •consulaire à laquelle se rattachent des idées d’art que je n’oserais avouer , me paraît renfermer les plus violents germes d’émotion dont puisse se composer le domaine nerveux de l’être raisonnable.
L’odeur de la poudre monte au nez, — le canon tonne, — la balle siftfe. M. Devilly conduit la meurtrière sarabande. Un bon- tableau que ce Marabout de Sidi-Brahim où quatre-vingts hommes luttent héroïquement contre une armée !
Ils sont en train de faire une trouée, ces braves chasseurs noirs, — dans le Ilot compacte des cavaliers d’Abd-el-Kadcr. Les chevaux se cabrent, désarçonnant les hommes, — ou fuient, emportés par l’effroi ; — — on crie, — on rugit ; — le sang coule à Ilots des poitrine0, des têtes; — les baïonnet'es luisent sanglantes.
— En avant ! la mort a déjà fauclié plus d’un vaillant soldat. On les voit couchés pêle-mêle, — livides — les poings crispés — les reins tordus, — funèbres dépouilles !...
' L’aube luit au fond des bois;
Les senteurs s’élèvent douces Sur les arbres, sur les mousses... .
Je veux écouter ta voix.
Ma rieuse, au fond des bois !...
Qu’importent les heureuses paix! Un souffle d’orage entraîne toutes ces brûlantes têtes ; — en avant!
Une forte page ; — l’exécution en est large et savante;— beaucoup d’ardeur — de force; — un aspect exact, à n’en pas douter, des belles tueries, à part certain air romanesque : voyez l’homme qui descend de cheval. L’horizon vert, très-élevé, se couronne d'un marabout; des collines d’un violet tendre se fondent dans les colorations pâles du ciel. Bien des détails manquent de fermeté ; au premier plan surtout — les chevaux sont un peu maigres de jambe ; — l’homme qui tombe frappé n’a pas le développement voulu dans le corps. La beauté du tableau réside dans le sentiment général de la couleur, —de l’expression, du mouvement. Delacroix semble en avoir inspiré le caractère. — Le travail est vivace — ardent; ■ — la couleur éclate puissante et harmonieuse.
Voilà le meilleur et assurément le seul vrai tableau de bataille du salon. J’espère que l’artiste n’abusera pas de ce compliment guerrier.
O Bagdad! j’avais rêvé mieux, en songeant à toi, que la peinture de M. Thomas Félin. J’avais entassé merveilles sur merveilles, sur la foi de Weber!... étaitce bien la peine de me donner un si cruel démenti, monsieur Thomas !... O Bagdad! ô belle mosquée dorée d'iman Moussait aux tours jumelles, s’élançant comme tin ballon d’or au-dessus dos arcades bleues du pavillon baigné d’ombre, entre les longs minarets roses, — palmiers verts — eau dormante et claire, — horizon doré... Vous existez là-bas, — et je vous vois ci pâles, défigurés, ne m’apportant plus que le sentiment effacé d’une pauvre impression, — parce que M. Thomas l’a voulu !
Capelle (Émile). — Avant la messe ( Basse-Navarre ). Des Basques jouent réunis dans une cour spacieuse pntourée de maisons blanches. L’église au fond occupe Je centre. Elle est toute simple, et ne se distingue guère que par son clocher carré à toiture grise. Quelques peupliers étalés en vert sonore sur le profond azur, une colline violette rayée de petit chemins, — incidentéc d’arbres sombres — de maisonnettes — de peupliers longs comme un épi de blé : — voilà pour le paysage après la scène.
La lumière vient de droite; elle frise le toit, fait saillir en clair son arête rouge de briques, rase le mur, qu’elle détache en blanc, et le balcon en vert pur; —
enfin, tombe dans la cour sur les joueurs éparpillés contre les murs, en pleine ombre ou en plein soleil. Berrets bleus, chemises blanches, ceintures rouges.
— Cela seul est distinct.
Au premier plan, un carré d’ombre,— plus loin un autre carré traversant la cour d’un seul jet. La scène est fort bien entendue, exprimée avec une vérité tout à fait singulière par son côté d’observation de lumière et de groupes. C’est vigoureux, — expressif. Tout procède par tons absolus d'une rare violence,— mais aussi d’une rare justesse comme localité. Cela donne à la peinture une certaine sécheresse qui accentue encore l’originalité du tableau. C’est franc et hardi,
— dessiné avec une netteté inflexible. On est aveuglé par la lumière. Regardez le groupe de gauche, — debout sur les bancs. — Celui de droite, tout au fond, au pied de la petite maison à balcon de bois — et la rue... Quelle vérité ! Ce que j’aime surtout dans ce tableau, c’est sa franchise, sa bonhomie. — Il faut y regretter l’abus du noir. Le peintre a trop cligné ses yeux devant cette scène en la peignant. Il y a exagération; mais rappelons-nous bien que les individualités molles ne saisissent jamais l’esprit.
Cinq enfants, — heureux enfants ! — sont assis autour d’une brouette. Deux tressent des guirlandes ;
uno petite fille soutient sa sœur endormie sur le foin de la modeste voiture. Le dernier garçon, tout boudeur, appuie sa main contre sa joue, et pleurniche sans doute par dépit de ne pouvoir se faire porter. La bonne grosse sœur sourit malicieusement. Un grand chien roux, harnaché, conduit l’attelage. Voici maintenant une petite liaie, des champs en culture , — quelques maisonnettes de briques remisées sous des ormes, — et le clocher de l’église, entre les arbres, surveillant la campagne. — Le ciel est nuageux. — Ce tableau s’appelle le Retour des champs. Il est charmant d’expression, il est heureux et curieux de détails, — d’une naïveté adorable. Le paysage atteint la perfection des vieux maîtres.
Quatre enfants, — pauvres enfants! — agenouillés dans un cimetière de village, au pied d’une tombe surmontée de couronnes d’immortelle, — prient et songent aux absents. — L’église se dresse austère. On en voit les premiers bas piliers. Le cimetière s’échelonne et se mouvementé jusqu’au mur de séparation du fond', qui précède quelques maisonnettes. Le ciel est d’un bleu très-fin, argenté de nuages.
Une âme triste et bonne se relié ! e dans cette peinture, — les pleurs en viennent aux yeux. — Et les enfants! qu’ils sont pieux et vrais! — comme il y a peu de maniérisme dans tout cela ! — la vie ne saurait être plus simple. L’église est superbe d’exécution , — le paysage irréprochable sous sa pâle lumière si bar-
LES 14 STATIONS DU SALON, moniense. — Et quels doux rapports d’expression dans les enfants, dans le paysage, dans la lumière, tour à tour triste et souriante !... Ce tableau s’appelle le Cimetière de village. Funèbre champ ! on le cultive donc partout? . ..-
Une jeune femme en robe noire, les épaules couvertes d’un cliâle blanc, s’avance; son mari — ou son frère, — aussi vêtu de blanc, en chapeau de paille, la suit. Elle s’avance vers un vieillard estropié, assis sous un arbre, dont les branches tapissent le mur d’une maison flamande :
« Bonjour, mon ami; eh bien, la santé? »
Il ôte sa casquette ; son visage est doux, honnête et simple.
((Vous voyez, madame, — toujours la même chose.
« Pauvre homme, vous souffrez toujours?
« Ah ! madame , la guerre n'est point une plaisanterie.
« Je le crois bien, répond en riant le mari qui veut amener quelque gaieté.
« Que voulez-vous, ajoute le bon vieillard, je me réjouis de la joie des autres. »
Pendant ce temps les poules à côté picorent et gloussent; le coq agite sa crête victorieuse à la façon de Henri IV, qui a été, ce me semble, le coq des rois. Dans la maison aux petites fenêtres, on devine que chacun s’agite pour le dîner d’apparat. Une jeune paysanne aux jambes nues — passe, une corbeille
Ht LES i \ STATIONS DU SALON,
uur la tête. A droite, nous voyons des objets de labour,—un mur, une porte, — des maisonnettes et le ciel gris.
Comme il est touchant ce vieillard! qu’elle est belle la dame, et comme son visage respire la 1 onté! Le mari réjouit de cordialité avec sa lleur à la boutonnière. J’aime leur modeste attitude, — je respire à l’aise au milieu de cette sympathie, je souris de tant de bienveillance.
Ce tout à fait délicieux tableau s’appelle la Visite au vétéran. En voilà trois dont le mérite est supérieur : — mérite d’exécution, — de sentiment, — de tournure. Us sont gracieux, ils sont vrais , ils remuent l’âme, et satisfont l’esprit. Savants et naïfs tout à la fois, — doux et robustes : c’est la nature réfléchie, — car la peinture ne semble plus y être pour rien.
Ces toiles se placent au premier rang dans Je salon de 1859. Elles sont signées par un étranger: le comte du Bois.
àntigna. — Le Sommeil de midi. Une enfant dort sur l’herbe; — le soleil la caresse à travers les gerbes odorantes ; les fleurs se penchent pour la regarder. Ah! monsieur Antigna! que ne faites-vous toujours ainsi? Chacun se plairait à vos douces émotions. — Quelle est jolie ! quelle est charmante !
Sur l’herbe il était posé,
Le petit poupon rosé —
Près de la source sonore Qu’un rayon de soleil dore.
Un sourire errait encore A son bel œil reposé;
Et, par les anges baisé,
Son front semblait une aurore !
Les oiseai.x émus chantaient;
Les papillons s’agitaient Autour de sa bouche frêle...
Et tous, amoureux, ravis,
Soupiraient : De quel pays Nous reviens- tu, fleur nouvelle?...
Pardonnez au sonnet, — pardonnez-lui en faveur de l’enfant.
Voilà donc 3 stations accomplies; — il me faudrait maintenant une formule générale pour clôturer cette promenade-étude. Je la prends dans un roman naïf.
'« Le narrateur se lut pour jouir de l’émotion de son auditoire, — et, désirant la prolonger le plus possible, leur dit avec une fine malice : A demain. »