DELACROIX, — COROT, — COURBET
L’avenir leur tient en réserve ses beaux livres enthousiastes.
❖ Hî *
Et mantenant, adieu, ami; adieu, doux et bon compagnon, qui m’avez été si favorable et si indulgent, jusqu’à ce qu’il plaise à la vérité et au caprice de nous réunir encore. Ma tâche est faite, selon le devoir. Si, parfois, ma critique vous a blessé dans vos secrètes affections, oubliez-la, et pardonnez à l’auteur en faveur de son impartialité. Je suis à bout de forces. Dieu a fait son monde en six jours : j’ai fait mon monde critique en un mois; — mais pareil fardeau lui coûta moins assurément. J’ai besoin d’air et d’espace : — enfermé si longtemps sous cette coupole de verre, tour à tour en butte aux vérités et aux mensonges, — immobilisé dans mon ingrat travail. Courbet m’a donné la nostalgie de la mer : je vais quelques jours sur ses bords, respirer de fraîches brises.
Le flot m’attire et me sourit.
Me sourit comme une maîtresse;
Et sa voix, puissante caresse,
A mon oreille retentit.
Partons bien vite, — le temps presse...
Océan, ton calme grandit!
Je viens te demander l’ivresse Où le cœur mort se rajeunit...
Bel horizon, azur, mystère,
Salut! salut, cœur solitaire,
O mer au baiser triomphant !
Mes yeux t’aiment; je voudrais vivre Près de toi ; ta fraîcheur m’enivre :
Vieille berceuse, endors l’enfant...
Vous raillerez, ami, cette fantasque résolution, — c’est votre droit; mais n’oubliez pas combien les œuvres de l’homme fatiguent l’esprit qu’elles ont trop absorbé.
Lassitude ou mélancolie,
Mon âme souffre, je le sens.
Farouche, et comme ensevelie Dans des sommeils abêtissants.
Pourtant, elle était douce aux sens Cette route, oasis fleurie,
Où des mondes, éblouissants D'art, égayaient notre folie.
Hélas! le monde est ainsi fait :
Toujours changeant, — jamais parfait.
Prompt aux sottises vénielles.
Quand le rêve d'âme est terni.
Plongeons le corps dans l'infini Des sources immatérielles...