‹ Les 332 victimes de la Commission populaire d'Orange en 1794, d'après les documents officielsChapitre 1 sur 72 · PREMIER VOLUME · texte numérisé non relu

PREMIER VOLUME

EK,.VÈ^T^ ^

A CARPENTRAS chez ToDRRETTE, imprimeur,

plaeo Saiate-Marttie.

A AVIGNON chez RouHANiLLB, libraire,

Rue Saint-AgricoL

A ORANGE, chez l'Auteur.

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Y MORôE *T.e?*f+e»i»

Lettre de M. H. WALLON,

Sénateur, Membre de V Institut.

Parip, 5 octobre 1887.

MONSlÉim L'ÂBBÉ,

Je ne saurais trop me féliciter de la bonne fortune que j'ai eue de TOUS rencontrer, il y a quatre ans, au cours de mon exploration des archives du Midi. Je revenais de Garpentras où j'avais compulsé le registre original de la Commission populaire d'Orange, et je venais, comme en pèlerinage, dans votre ville, visiter le lieu des jugements et des exécutions, quand, me trouvant sur votre chemio, je vous priai de m'indiquer la salle où avaient siégé les juges, — le lien des exécutions n'était que trop désigné par la montagne devant laquelle le i?reffier s'applaudissait qu'on fit tomber les têtes d'aristocrates, comme pour la saluer dans la mort. Je vous disais l'objet de mon voyage; vous me dites que tel était précisément, pour votre contrée, le sujet de vos travaux. Je vous encourageai vivement à les poursuivre, et aujourd'hui que votre premier volume est fait, je vous en adresse tous mes compliments.

Rien n'est plus désirable que de voir dans chaque province les hommes d'études consacrer une partie de leur temps à fouiller les archives qu'ils ont sous la main pour en tirer les matériaux authentiques d'une sincère histoire de la Révolution française. C'est ce qu'ontfait déjà M. Â.-J. Paris pour Ârras, M. Lallié pour Nantes, M. Vivie pour Bordeaux, M. Mège pour le Puy-de-Dôme, M. MarceUin Boudet pour l'Auvergne, M. Saozay pour le Doubs, MM. Bourcier, Babeau, Robillard de Beaurepaire et plusieurs autres. Votre livre prendra place auprès des leurs, et vous aurez par les documents que'avez recueillis, fait revivre les témoins de l'histoire de la Révolution.

Agréez, Monsieur l'Abbé, l'assurance de ma considération très

distinguée.

H. Wallon.

Lettre de M. Ch. d'HÉRICAULT

Auteur de la France Révolutionnaire.

Château de Tingry par Samer (Pas-de-Calais), ce 6 novembre 1887.

Monsieur l'Abbé,

Permettez-moi de vous dire la sympathie que fait naître en moi le plan de votre travail. En éclairant ainsi par la reproduction des documents officiels les endroits encore obscurs de THistoire, en défendant la vérité, en donnant par là l'horreur du crime révolutionnaire, vous continuez votre vocation sacerdotale qui est, non seulement de soulager, de consoler, mais aussi d'instruire, et l'Histoire, bien qu'inférieure en densité morale et intellectuelle à la Théologie, n'est pas sans apporter un grand secours à la Vérité.

J'ai donné ma vie à cette défense de la société chrétienne par l'Histoire vraie de la Révolution. Je suis personnellement heureux de voir le goût pour ses études se développer.

J'ai lu jadis un livre sur le Tribunal révolutionnaire d'Orange, par M. de Beaumefort, qui m*a intéressé et que j'ai souvent cité. Votre travail, comme vous le dites dans votre préface, complétera heureusement celui-là.

Agréez, Monsieur TAbbé, l'expression de ma respectueuse sympathie.

Cu. d'Héricault.

Lettre de M. Léopold DE GAILLARD.

Bollène, le 15 novembre 1887.

Monsieur l*Abbé

J'ai lu avec un douloureux intérêt le premier volume de vos recherches sur le tribunal révolutionnaire d'Orange. C'est de l'Histoire locale et générale comme on la préfère aujourd'hui, c'est-à-dire toute puisée aux sources et où l'écrivain tient moins de place que les documents officiels. Vous avez pensé que les faits de celte horrible époque se suffisent à eux-mêmes, et vous leur avez laissé le soin de composer votre livre. Ce sont eux qui parlent seuls et vous vous bornez à tenir la plume sous leur dictée. Aussi je défie bien qu'on vous réfute et qu'on parvienne jamais à faire accepter de la Terreur dans le Midi un autre tableau que celui dont elle vous a, elle-même, fourni tous les traits. On refait un morceau de rhétorique, on ne refait pas une page de sténographie.

Tout au plus pourrait-on se demander si le moment est bien choisi pour remuer de tels souvenirs et réveiller de telles épouvantes. Je serais

loin moi-même de rester insensible à ce scrupule, si nous avions le bonheur de vivre dans une ère d'apaisement et d'oubli. Mais au lieu d'apaisement, c'est l'excitation à outrance qu'on nous donne; au lieu d'oubli, c'est l'apothéose, et Tapothéose des bourreaux ! Dès lors nous sommes provoqués, menacés, désignés à la fureur des Fouquier-Tinville et des Viot de l'avenir^ et nous n'avons qu'à reprendre nos postes de combat.

Ainsi le veulent nos modernes Jacobins. Tant que laRépubhque qu'ils dominent par leurs doctrines, se croira forcée de les traiter, non comme ses pires ennemis, mais comme des coadjuteurs avec future succession; tant qu'une presse irresponsable soufflera dans les masses le sanglant fanatisme qui fit les Marat, les Robespierre et les Maignet ; tant que des charlatans habillés de rouge pourront se dire les représentants de la France ; tant qu'un élu des faubourgs de Paris osera s'écrier en pleine Chambre c qu'on n'a pas %ssez guillotiné en 93 ; » oui, tant que nous ne serons pas relevés de ce comble de l'abaissement et du désarroi, il sera légitime et patriotique de répondre impitoyablement à nos adversaires par le portrait exact du régime dont ils ne parlent qu'avec admiration. A eux les persécuteurs, à nous les martyrs I Votre livre à la main, nous leur rappellerons que le tribunal révolutionnaire d'Orange a prononcé, en 44 séances, 332 condamnations capitales. Nous leur demanderons, si devant ce monceau de têtes coupées, devant ce fleuve de sang innocent, ils se sentent toujours aussi fiers d'une telle œuvre, et aussi décidés à recommencer.

L'histoire nous montre comment on arrive à 93 ; si nous laissions faire les apologistes, nous aurions bientôt appris comment on y revient. Je n'ignore pas que notre société actuelle est toute autre que celle qui a péri à la fin du dernier siècle ; mais je sais aussi que ce sont les mêmes passions qu'on excite, et que les mêmes passions doivent fatalement conduire aux mêmes catastrophes. Sous des qualifications plus ou moins nouvelles, on aurait vite refait la liste des suspects. N'avons-nous pas déjà « les Cléricaux » qui valent bien les aristocrates, et « les riches » c'est-à-dire les détenteurs grands ou petits de l'infâme capital, qui fourniraient aisément autant de catégories qu'en ont fourni jadis les ennemis de l'Unité et l'IndivlsibiUté de la Répubhque ? Je sais bien que le très petit nombre seulement rêve un retour à la Terreur ; mais je sais aussi que le grand nombre a l'habitude de ne rien voir et de ne rien empêcher. L'important, o'est que le petit nombre soit démasqué et que le grand nombre soit averti.

Double service, Monsieur l'Abbé; que nous rend votre courageuse publication, et dont pour ma part je vous remercie.

Veuillez agréer l'assurance de ma respectueuse considération.

LÉOPOLD DE GAIUARB.

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