‹ Les 332 victimes de la Commission populaire d'Orange en 1794, d'après les documents officielsChapitre 14 sur 72 · VIOT · texte numérisé non relu

VIOT

tie, pour donner sa démission : « Le comité de Salut public de la Convention nationale m'a nommé membre de la Commission des cinq qui va être établie à Orange poiu* juger les ennemis de la République dans les départements de Vaucluse et des Bouches-du-Rhône. Cette fonction m'appelle au plus tôt; je suis toujours prêt à voler où la patrie m'appelle. » (Lettre du 29 floréal an IL)

Ragot vota toujours la mort : « Réjouis-toi, écrit-il à Maignet, les têtes vont tomber par milliers ; les murs viennent d'être dressés pour la fusillade. » Il n'était cependant pas le plus méchant des membres de la Commission ; mais constamment en état d'ivresse, il dormait pendant l'audience; et quand les débats étaient clos, Femex son voisin le poussait du coude pour le réveiller et lui demander son avis. « La mort, » répondait Ragot d'une voix sourde et avinée, et par un mouvement horizontal de la main il imitait l'action du glaive qui tranche la tête.

Nous le verrons plus tard se repentir, pleurer ses écarts, arroser le cruxifix de ses larmes, et accepter la mort avec résignation en expiation de ses crimes.

Vil. Vloi» Accusateur public.

Passons maintenant aux officiers ministériels, dignes collaborateurs de tels juges.

En tête apparaît Viot (François-Charles-Gabriel-Léonard). Il était né à Charleville (Ardennes) en 1766 (1). Déserteur du régiment de Penthièvre-Dragons, il trouva le moyen de se faire élire membre du directoire de la Drôme à Valence. Maignet le fit directeur de la poste aux lettres à Avignon, et ensuite, par arrêté du 18 prairial (6 juin), il le nomma accusateur public près la Commission populaire d'Orange. Il annonce dans une lettre du 6 messidor (2), à l'agent national de Paris, « qu'il est chargé par Maignet de l'honorable fonction d'accuser les conspirateurs devant la Commission ; il réclame son appui pour purger la République de tous les traîtres qui ont conspiré contre elle. »

On peut juger de son zèle par l'empressement qu'il met à lancer des mandats d'arrêt sous le plus léger prétexte, et de la

Juii

i) Né 4 décembre 1766 de Thomas-Ëticone Vioi et de Marie-Reaéeie Laraoie.

(2) Rapport de Ck)urtois, N*» CXa.

cruauté de son caractère par les instructions qu'il donne aux municipalités et aux comités de surveillance.

Le 28 prairial (13 juin), sept jours après sa nomination, il leur enjoint de dénoncer sans retard les fédéralistes et les contre-révolutionnaires. « Je vous requiers, dit-il, de me faire parvenir le plus tôt possible tous les renseignements, pièces, documents que vous pouvez recueillir contre eux, et de me transmettre le nom des témoins qui devront déposer contre chacun de ces individus. »

Le 7 messidor (25 juin), il insiste encore : « La nation, dit-il, veut être vengée de toutes les insultes faites à sa souveraineté, de tous les attentats commis contre sa liberté. Vous êtes les instruments immédiats qu'elle a chargés de la tâche sacrée de désigner les prévenus. Les mesures de sûreté vous ont été confiées Si vous les avez prises en francs et loyaux républicains, les maisons de justice, de détetttion, de réclusion de votre ressort doivent renfermer tous les coupables de votre contrée, tous les suspects à la Révolution. Vous devez avoir entre les mains toutes les pièces de conviction qui serviront à diriger sur eux la hache de la loi. Déjà vous avez, j'aime à le croire, eu soin de faire procéder à la levée des scellés apposés sur les papiers de tous les détenus; vous en avez dressé l'inventaire; vous avez gardé soigneusement par devers vous tous les écrits contre-révolutionnaires, toutes les correspondances avec nos ennemis, soit en dedans soit en dehors ; ces pièces deviennent en ce moment nécessaires à la Commission. Hâtez-vous de me les adresser, désignez-moi la maison de détention où se trouvent placés ceux contre lesquels vous me fournirez des pièces, indiquez-moi en même temps le nom des citoyens dont le témoignage pourrai, être nécessaire pour constater les actes ou les propos contrerévolutionnaires des détenus. Connaître le coupable, Varrêter^ le convaincre et le punir, telle est la tâche de tou^ les Français. Et les différents actes, quoique confiés à des autorités différentes, doivent se succéder avec la rapidité qui caractérise le gouvernement révolutionnaire. C'est pour vous, c'est pour vos enfants que vous opérez, c'est pour sauver la patrie dont des scélérats voudraient déchirer le sein ! A ce nom sacré, votre zèle ne peut se démentir, et vous devez vous hâter d^envoyer au supplice tous les scélérats qui font mérité. Vive la République ! »

Page 1