‹ Les 332 victimes de la Commission populaire d'Orange en 1794, d'après les documents officielsChapitre 15 sur 72 · VIOT · texte numérisé non relu

VIOT

Dans une lettre du 9 thermidor à l'agent national de Paris, iJ se glorifie de sa fiévreusiî activité : « Nos opérations, mon cher ami, lui écrit-il, continuent avec une activité qui, j'aime aie croire, ne servira pas peu à rendre la paix et la tranquillité à ces contrées trop longtemps déchirées par l'anarchie. Déjà plus de trois cents contre-révolutionnaires ont payé de leurs têtes les crimes qu'ils ont commis ; bientôt ils seront suivis d'un plus grand nombre. Aujourd'hui trente monaidiers d'Arles sont sur les bancs. Dans peu de jours, soixante chiffonniers seront traduits en jugement et jugés à la même séance ; un pareil nombre les suivra peu de jours après ; et tu vas juger par là que nous employom bien nos moments, » (1)

Viot, on le voit, était d'un caractère bouillant, d'une activité prodigieuse ; ses réquisitoires étaient sans pitié. A ses yeux, les prévenus étaient toujours coupables de rébellion, toujours et dans toutes les circonstances ils avaient agi à dessoin, avec préméditation, en haine de la Révolution, pour fomenter la guerre civile, — pour insulter à la souveraineté du peuple, — pour dissoudre la représentation nationale, — pour rompre l'unité et l'indivisibilité de la République, et toujours il concluait invariablement à l'application d(» la loi, c'est-à-dire à la peine de mort.

Après les séances, vers trois iieures, et comme pour jouir plus longtemps de son triomphe, il amenait les condamnés dans la c^ur du cirque (ou mieux de l'ancien théâtre romain), le sabre nu, les manches retroussées ; il les dépouillait de leur argent, de leurs bijoux, de leurs effets les plus précieux. Puis il revenait à six heures du soir, en compagnie du bourreau, présider aux derniers préparatifs, et conduire les victimes à réchafaud avec le ton le plus insultant et le plus féroce. Il se passait alors des scènes d'un cynisme et d'une atrocité révoltante que nous n'oserions dire, si les documents contemporains n'en retraçaient l'odieux tableau. « Viot, dit la protestation des officiers de la garde nationale» d'Orange, que nous avons citée, Viot, qui n'aurait dû être là que pour l'observance de Tordre, tolérait les impudiques regards du bourreau et ses paroles libertines. Ce prétendu vengeur du peuple, toujours en présence de Viot, jouissant l'un et l'autre du caractère le plus

(1) Rapport de Courtois, N^ (iXb.

iO BARJAVEL — JULUN-COTTIER.

féroce, désespéré de ne pas hériter d'un haillon dont avait disposé un de ces innocents, lui casse, lui brise les poignets en le Hant. »

Disons cependant que, comme Ragot, Viot reconnut ses crimes au moment de sa mort et en demanda pardon à Dieu et aux hommes.

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