‹ Les 332 victimes de la Commission populaire d'Orange en 1794, d'après les documents officielsChapitre 44 sur 72 · SS FANATISME · texte numérisé non relu

SS FANATISME

Pendant qu'ils proscrivaient ainsi les Saints de l'Eglise catho- • lique, ces impies, (îcs m^ais fanatiques de la révolution ne rou- . gissaient pas d'invoquer la Sainte-Montagne^ la Sainte-Révobi" tion, la Sainte-Guillotine, On avait, par une sacrilège imitation, composa des litanies révoftitionnaires que des hommes, gagés par les Jacobins, allaient chanter dans les rues et les carrefours de Paris.

Sainte Guillotine, protectrice des patriotes, priez pour nous.

Sainte Guillotine, effroi des aristocrates, protégez-nous.

Machine aimable, ayez pitié de nous.

Machine admirable, ayez pitié de nous.

Sainte Guillotine, de nos ennemis délivrez-nous.

Mais pour détruire plus sûrement le fanatisme, c'est-à-dire la Religion, la Révolution s'attaqua aux Congrégations religieuses. Par décîret du 13 février 1790, elle abolit les vœux monastiques et supprima les couvents ; par la constitution civile du clergé, décrétée le 12 juillet de la même année et sanctionnée le 24 août suivant par l'infortuné liOuis XVI, elle enleva à lïglise son indépendance, sa hiérarchie, sa juridiction et sa discipline ; le 27 novembre, elle astreignit les évoques et les prêtres à prêter, sous peine de destitution, le serment de fidélité à la nation, au roi et à la constitution ; c'était décréter l'apostasie. Ce serment fut remplacé le 10 août 1792 par celui-ci : « Je jure de maintenir de tout mon pouvoir la liberté et l'égalité, ou de mourir à mon poste en les défendant. » Quiconque refusait de le prêter était considéré comme perturbateur du repos public. On sait ce que ces mots signifiaient sous le règne de la Terreur ; enfin, le 10 novembre 1793, la Convention décréta que la religion chrétieiuie était abolie et remplacée par le culte de la Raison.

Arrétons-nuus dans le dénombrement de ces lois subversives ; détournons nos regards de ces impiétés.

Si, comme nous l'avons dit, le fanatisme est inspiré par des idées fausses sur Dieu et sur la religion qui règle nos devoirs envers Dieu, les vrais, les seuls fanatiques étaient les hommes de la Révolution. Aussi, quand' nous lirons les jugements de nos chères victimes, quand nous entendrons les juges les condamner comme coupables de fanatisme, disons: « Voilà un chrétien qui remplissait ses devoirs envers Dieu, qui était fidèle à sa religion, voilà im martyr de 1^ foi ! »

FiDiRALlftBtS. S9

Les excès auxquels se livrait la Convention nationale avaient formé dans son sein deux partis : les Girondins^ qui penchaient vers la modération, et les Jacobins^ qui étaient toujours pour les mesures violentes.

La France républicaine se divisa entre ces deux partis. Les modérés se déclarèrent pour les Girondins. Nos départements méridionaux, lassés des arrêtés révolutionnaires que les Jacobins rendaient chaque jour sous la pression de la municipalité de Paris, se soulevèrent à Timitation des Vendéens et des Bretons. Marseille, Bordeaux, Toulouse et Lyon entraînèrent dans leur révolte les villes voisines. Soixante départements s'unirent et formèrent une fédération, qui avait pour but de renverser la Convention nationale de Paris et d'Aï créer une nouvelle à Bourges. On s'arma de toutes parts, et il fut arrêté dans toutes les sections populaires qu'on ne reconnaîtrait plus la Convention et qu'on n'obéirait plus aux décrets rendus postérieurement au 31 mai 1793.

Le mobile qui armait les départements n'était pas le même pour tous. Les uns espéraient par là pouvoir rétablir la monarchie, les autres fonder une république honnête et modérée ; leur devise fut : c Respect aux personnes et aux propriétés. »

La Convention, surprise sans être effrayée du nombre toujours croissant de ses ennemis, envoya des troupes contre les fédérés, et réussit presque partout à les disperser. Marseille et la Provence tinrent bon. Marseille voyait son commerce ruiné par la guerre, son port était réduit à un état permanent de blocus. La noblesse, le clergé, les commerçants, successivement dépouillés, avaient mis en commun leurs plaintes et leurs espérances; et Marseille était devenue le centre et comme le cœur de ce vaste soulèvement. Quand le moment d'agir fut venu, la ville se divisa en trente-deux sections, sous la présidence de Peloux. On déposa les autorités révolutionnaires, on créa un tribunal pour juger les patriotes, on lança dans toutes les directions des commissaires chargés de lever des troupes. En quelques jours, le mouvement d'insurrection se propagea dans les départements voisins. Une armée de six mille volon-

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taires fut organisée pour marcher sur Paris ; elle devait se grossir en route des renlorts fournis par les départements. Le Gard et THérault mirent aussi leurs bataillons en marche et les envoyèrent au Pont-Saint-Esprit, pour se joindre aux Marseillais qui remontaient la rive gauche du Rhône.

Nous allons, d'après les indications trouvées dans les lettres d'un soldat fédéraliste (1), indiquer la marche de la troupe marseillaise.

I^ 21 juin 1793, l'armée partit de Marseille et arriva le samedi soir (22 juin) à Aix. « Nous y avons passé le dimanche où Ton a célébré une messe pour nos frères de Lyon. On fit prêter le serment à Ja garde nationale de ne plus reconnaître la Convention. »

* Nous partîmes le lundi (24 juin) pour Lambesc, où il y a encore quelques factieux, mais nous espérons qu'on parviendra à les détruire.

« I.e mardi (28) dépalt pour Orgon. A notre approche, la municipalité provisoire et la garde nationale vinrent au-devant de nous. Le pays est dans les bons principes, les méchants se sont évadés.

« Nous arrivâmes le 26 juin à Saint-Rémy, où la municipalité et la garde nationale, musique en tète, vinrent nous recevoir k quelques pas de la ville, et en entrant dans la ville, nous entendîmes de toutes parts tirer les boîtes en signe de réjouissance. Nous séjournâmes le lendemain. L'arbre de la Liberté était encore planté à la porte du club, nous l'enlevâmes et nous le replantâmes en triomphe à la porte de la section.

« A minuit, nous partîmes pour Arles où nous sommes arrivés à neuf heures du matin (28 juin). Trois municipaux et une partie de la garde nationale vinrent nous recevoir, et nous nous rendîmes sur la place de la commune où chacun prit son billet de logement....

« Nous sommes partis d'Arles le 3 juillet pour nous rendre, à Tarascon.

ff Le lendemain (4), à 6 heures du soir, nous partîmes pour Avignon ; nous marchâmes toute la nuit. Nous fimes halte à une heure du matin à Châteaurenard, où nous trouvâmes des frères qui vinrent à notre rencontre pour nous offrir des ra-

(1) Ces lettres se trouvent aux archives d'Orange.

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fraîchissements. Quelques heures après, nous continuâmes notre route, et nous arrivâmes à 4 heures du matin à Noves. A peine étions-nous arrivés que nous vîmes, de l'autre côté de la Durance, les complices de Jourdan (1) qui voulaient nous disputer le passage. Ils pouvaient être cinq cents avec deux pièces de quatre. Nous braquâmes nos canons, et en attendant l'issue, nous envoyâmes un gendarme pour s'informer de leurs intentions. A peine était-il arrivé dans leur camp, qu'ils se mirent à tirer sur nous. Aussitôt aux premiers accents des canons que nous appelons Peloux et Castelanetj les brigands prirent la fuite. Alors nous passâmes la barque et nous allâmes à leur poursuite (2) ; nous marchâmes jusqu'à onze heures du soir, et nous campâmes à demi-lieue d'Avignon dans la ferme espérance de l'attaquer.

«t Le lendemain 6 juillet, nous reprîmes notre route et nous nous arrêtâmes hors de la portée du canon. »

(I) Mathieu Jourdan, surnommé Coupe-tête, né à Saint-JuRt (Haute- Loire), fut d abord boucher, puis garçon maréchal- ferrant, ensuite soldat au régiment d'Auvergne, attaché aux écuries du maréchal de Vaux, en dernier lieu général de l'armée patriote d'Avignon, et chef d'escadron de la gendarmerie. Il fut le principal auteur des massacres de la Glacière, où périrent 61 victimes. Il fut condamné à mort le 8 prairial an H (27 mai 1794} par le tribunal révolutionnaire de Paris. On lui fit cette épigramme :

Ci git qui de boucher, de garçon maréchal ,

IJevint tout à coup général;

Mais en changeant ainsi de vie«

De penchant il ne put changer.

Elevé dès l'enfance à tuer ou forger,

il n'eut d'ardeur et d'industrie

Que pour la forge et la tuerie;

Et si son exécrable main . Fit depuis à grands flots couler le sang humain, C'était pour mieux forger des fers à sa Patrie.

{2) Ici se place l'épisode d'Agricol Viala, enfant de treize ans, qui s'offrit pour couper le câble du bac-à-traille établi sur la Ouraoce. Le malheureux enfant fut victime de sa témérité, peut-être de son étourderie. Ayant voulu délier les Marseillais par des airs fanfarons et des gestes peu décents, il reçut une balle en pleine poitrine, et tomba mort sur le sable où ses compagnons d'armes l'abandonnèrent pour prendre la fuite. Les Marseillais jetèrent son corps dans la Durance. Agricol Mooreau, («on oncle et son parrain, écrivant à Robespierre le 19 pluviôse (7 février 1794), fait le récit de cette mort qu'il appelle héroïque, et demande pour son neveu qu'il lui soit élevé une pyramide sur la place publique d'Avignon ou sur les bords de la Durance. Poultier, représentant du peuple, au lieu d'attribuer cette mort à un acte d'héroïsme, en donne pour eause une simple polissonnerie. (Voir le rapport de Courtois, a* CXVl».

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« Avignon fut sommée de se rendre, continue une autre relation écrite aussi par un soldat fédéré ; elle demanda vingt- ^ quatre heures de réflexion. Mais notre commandant, fier, et

avec raison, d'avoir à notre tête Castelanet et Pelaux, c'est-à- ^ dire les deux canons de dix4iuit^ lui accorda une heure ; et la ville se rendit.

« Nous défilâmes le dimanche, 7 juillet, par la porte Saint-Lazare, et nous fûmes reçus par les citoyens avec les plus grands applaudissements, et de suite Tordre fut donné de ne laisser sortir personne. On se saisit d'environ cent personnes, tous de ces soi-disant patriotes. Les autorités constituées furent remplacées par des commissions provisoires ; les sections s'établirent. On poursuivit surtout les bourreaux de la Glacière et ceux qui s'étaient déclarés contre les Marseillais ; des patrouilles circulèrent dans la ville pour désarmer les patriotes. Et le dimanche suivant, 14 juillet, on jura solennellement de ne plus reconnaître la Convention nationale ni ses décrets depuis le 31 mai. »

Si l'entrée des Marseillais dans Avignon fut facile et se réalisa sans coup férir, dit Charles Souiller (1), il faut moins l'attribuer à la bravoure de cette armée qu'aux nombreux partisans qui les attendaient dans cette ville, où les royalistes et les modérés n'avaient aucune sécurité pour leurs jours. Constamment menacés par les révolutionnaires, ils accueillirent comme des libérateurs les Marseillais qui avaient écrit sur leurs drapeaux : Respect aux personnes et aux propriétés !

Pendant que le gros de l'armée marchait sur Avignon , un détachement du bataillon d'Aix, sous la conduite du commandant Antelme, s'était dirigé sur l'Isle , qui s'était énergiquemenl prononcée en faveur du fédéralisme.

Le 7 juillet, jour où les Marseillais entraient dans Avignon, on chantait à L'Isle une messe pour les Lyonnais, et on prêtait le serment de ne plus reconnaître les décrets de la Convention. Des volontaires de Venasque, de Velleron, d'Apt et autres communes voisines, étaient venus grossir les rangs des fédérés. Là, comme partout ailleurs, à l'arrivée des Marseillais, on avait destitué la municipalité et établi les sections (2).

(t) Histoire de la Bévolutioo d'Avignon, tome II, page 137.

(2) Voir rexcelleot ouvrage de M. L de JoaDDis, Le Fédéralisme et la Terreur à Uhlei 1884.

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