‹ Les 332 victimes de la Commission populaire d'Orange en 1794, d'après les documents officielsChapitre 5 sur 72 · II. INSTALUTION DE LA COMMISSION POPUUIRE · texte numérisé non relu

II. INSTALUTION DE LA COMMISSION POPUUIRE

Conformément aux ordres du comité, Maignet se rendit à Orange le 15 prairial (3 juin), pour procéder à l'installation de la Commission populaire. Il arriva en grand appareil, vêtu en représentant, chapeau empanaché, habit bleu, gilet blanc à pans renversés, bottes à revers et grand sabre au côté. Accompagné de la nouvelle municipalité installée la veille, du comité de surveillance nommé et installé l'avant-veille, il se rendit à la chapelle des Pères de Saint-Jean (aujourd'hui Saint-Louis), qui avait été disposée pour les séances de la Commission populaire. Après la lecture des pièces précitées, Maignet prit l'arrêté suivant dont il fit lui-même la lecture.

« Au nom du Peuple français ;

« Le représentant du peuple envoyé dans les départements des Bouches-du-Rhône et de vaucluse,

« Considérant que les devoirs importants qui sont confiés à la Commission populaire commandent impérieusement qu'il n'y ait pas le momdre intervalle entre l'installation et l'exercice des fonctions,

(1) La Jastice révolatioBoaire, t 1, p« 442.

INSTALLATION DE LA COMMISSION

« Arrête ce qui suit :

« Art. !•'. Le président de la Commission populaire recueillera, au nom du tribunal, toutes les pièces a charge et à décharge qui seront déposées au greffe de la Commission.

« Art. 2. Il en donnera lecture publigue aux prévenus et leur fera tous les interrogatoires qu il croira nécessaires.

« Art. 3. Chaque juge pourra lui adresser ceux qu'il aura à leur faire.

« Art. 4. Quand la majorité des juges qui se trouveront sur le siège déclarera être suffisamment instruite, le président recueillera, sur le siège même et à voix basse, les suffrages, et prononcera de suite, publiquement et devant les prévenus, le jugement rendu.

« Art. 5. Le tribunal pourra juger avec trois membres.

«f Art. 6. IjC jugement sera de suite mis à exécution.

« Art. 7. Le citoyen Benêt, greffier au tribunal criminel du département de Vaucluse, est nommé pour remplir les fonctions de greffier auprès de la Commission populaire. Il lui est Sermis de nommer un substitut pour occuper, pendant la durée e ses nouvelles fonctions, auprès du tribunal criminel.

< Art. 8. Le traitement des membres qui composent la Commission sera le même que celui du tribunal révolutionnaire de Paris ; il sera pa^é chaaue mois par le receveur du district d'Orange sur les états qu en fournira le greffier, ordonnancés par le président.

« Art. 9. Le président aura le droit de donner au greffier et à l'huissier nommé par le comité de Salut public le nombre d'adjoints et de prendre le nombre de commis, garçons de bureau et autres personnes dont il aura besoin,

« Art. 10. Les juges régleront le traitement de ceux qu'ils nommeront par un arrêté pris entre eux. Ils seront également payés par le receveur du district.

« Fait à Orange le 15 prairial, l'an 2 de la République française une et indivisible,

« Signé : Maignet. »

La lecture de cet arrêté fut suivie d'un discours froidement scélérat, où les juges étaient poussés au meurtre légal par le système le plus impitoyable. Développant les instructions du comité de Salut public, Maignet leur montre du doigt les ennemis qu'ils doivent frapper ; il désigne spécialement les fédéralistes, les aristocrates et le clergé : « Point de pitié pour les ennemis de la révolution ; tenez- vous on garde contre les apitoyeurs ; justice, justice ! c'est le seul sentiment auquel vous devez céder. * Mais écoutons Maignet lui-même :

DISCOURS DE MAIONET.

« Vous venez de l'entendre, citoyens ! une grande nation outragée dans ce qu'elle a déplus cher; un peuple qui sent

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fortement le prix de sa conquête ; le Français qui par-dessus tout veut être libre, et qui cependant, par la plus profonde conspiration, s'est vu au moment de perdre le fruit de cinq années de peines et de sacrifices, nous confie le soin de le venger.

<r Qu'elle est honorable la fonction que vous allez exercer ! Affermir les destinées de la République française en faisant disparaître ses ennemis intérieurs ; — combattre les despotes étrangers dans tout ce qu'ils ont eu jusqu'à présent de plus intéressant ; — leur enlever l'espoir de nouveaux troubles, en anéantissant tous ceux qui pourraient les favoriser; — prévenir les complots en portant, par la sévérité de vos jugements, l'effroi jusques dans la conscience de ceux qui pomTaient en concevoir la seule idée ; — purger le sol français de tous ces êtres immoraux, dont la conduite était pour l'aristocratie un argument continuel contre le gouvernement républicain, qui ne prospère que par les mœurs ; — rendre au peuple le bonheur en le rendant à la vertu : telle est la part qui vous est réservée dans l'édifice élevé à la félicité publique ! C'est être associé tout à la fois aux sublimes destinées de la Convention et aux glorieux triomphes de nos armées.

« Mais ne vous le dissimulez pas, citoyens ! plus la confiance dont on vous honore est grande, et plus on exigera de vous. Vos devoirs sont immenses, mais les moyens que l'on vous fournit pour les remplir sont sans bornes. Le contre-révolutionnaire a pris mille formes pour réussir; mais l'on vous débarrassera de toutes celles qui pourraient entraver votre marche ; on vous donne toute facilité pour le suivre dans tous ses détours : l'on ne met entre lui et vous que votre conscience. Envisagez donc dans toute leur étendue les devoirs que vous avez à remplir, et la grandeur du compte que vous aurez un jour à rendre.

« De grands maux ont affligé les départements où vous êtes chargés d'assurer l'épuration. Chez eux V épidémie fédéraliste qui nous tourmenta 1 année dernière, avait tait les plus cruels ravages. Presque toutes les autorités, que la loi avait établies pour préserver le vaisseau de la République, y ont introduit la contagion. C'est au milieu d'elles qu'il faut aller chercher les premiers auteurs des calamités publiques et des daneers que nous avons courus. Déjà plusieurs ont péri sous le glaive des lois. Quelques-uns attendent encore le supplice qui leur est réservé ; mais d'autres, à la honte des mœurs publiques, ont trouvé les moyens de se maintenir jusqu'à présent en place. Je les en arracherai pour les remettre entre vos mains. Vous punirez tout à la fois et le crime et l'insulte qu'ils ont faits à la morale, en se perpétuant aussi effrontément dans des postes dont la vertu seule doit approcher.

« Vous savez, citoyens, quelle influence a eue dans tous les temps et chez tous les peuples, sur cette morale publique, l'exemple de ceux qui gouvernent. Vous ne vous étonnerez donc pas, quand vous verrez la torche incendiaire dans les mains d'une grande majorité des administrés au moment même où on l'aperçut dans celles des administrateurs; quand vous

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apprendrez que Ton n'a entendu presque partout que les cris de la fédération et de la révolte, dans ces mêmes moments où l'on ne devait entendre que ceux de la vénération pour une Assemblée qui venait de donner le plus bel exemple, quoique le plus rare, celui de se purger de ses traîtres.

• Quelque nombreuse que soit cette classe d'hommes sur lesquels vous avez à prononcer, il en est d'autres tout aussi dangereux pour la Republique, et qu'il importe autant pour le honneur de la patrie de faire disparaître.

« Tel est l'effet de notre étonnante Révolution, qu'elle s'alimente par ce que l'on avait cru devoir la renverser, qu'elle se consolide par les moyens mêmes que ses ennemis avaient imaginés pour la détruire. Varistocratte ne peut faire un pas qu'il n'en résulte un avantage pour la patrie.

« Le fol entêtement du clergé nous a remis en possession de ces vastes domaines qu'on ne peut lui pardonner d'avoir possédé si longtemps, que quand on les voit ainsi accumulés pour fournir à la liberté ses premières ressources. La sotte vanité de la noblesse nous a fourni un supplément précieux. Il n'y a pas jusqu'au ridicule orgueil mercantile qui, pour avoir voulu singer les premières castes, ne soit venu grossir d'une manière consolante du produit de sa banque le trésor national.

« Ils devaient être recueillis avec intérêt, conservés avec soin tous ces objets qui avaient une destination aussi respectable. Chaque citoyen devait veiller précieusement à leur conservation,

Suisqu'il voyait le gage de la félicité individuelle dans ce qui evait établir la félicité publique.

« Cependant, citoyens, les domaines nationaux sont devenus, dans la plupart des district? de ces départements, la proie d'une foule d'iiommes qui se sont promis d'enlever à la nation les moyens de terminer sa révolution, ou qui ont voulu établir leur fortune particulière sur les débris de la fortune publique.

<f Parcourez les maisons nationales, et vous y trouverez écrites les preuves des dilapidations les plus effrayantes.

e Fréquentez la barre des adjudications, et vous ne la verrez occupée que par les mêmes hommes. Ouvrez les registres des administrations et vous n'y trouverez inscrits que les noms des mêmes individus ; rapprochez le prix des ventes de celui de l'estimation, à peine «ouverez-vous quelque légère différence entre les deux prix ; consultez les baux à ferme, et presque toujours vous verrez les domaines nationaux vendus au-dessous de la moitié de leur valeur. Voudrez-vous apprendre la cause • du mal dont vous verrez ainsi les malheureux effets ? Interrogez l'opinion publique, et elle vous dira que, presque partout, il s est formé une société qui a pour objet d'accaparer tous ces biens. Elle a eu l'impudeur de s'organiser publiquement; elle a ses trésoriers, le public les désigne. Elle a une caisse oui reçoit les bénéfices énormes qu'elle obtient de ceux à qui elle revend les domaines qu'elle s'est fait adjuger à vil prix, en écartant par la terreur et la menace tous les enchérisseurs.

« Ainsi s'évanouissent les trésors de la nation ; ainsi s'écUpsent pour enrichir quelques hommes, l'écume de leur pays, les

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ressources que la République devait trouver dans ses domaines ; ainsi se dégrade la morale publique ; ainsi se corrompent les mœurs dans les campagnes ; ainsi l'amour du travail se perd par l'oisiveté et par la facilité d'amasser d'une manière aussi commode d'immenses richesses qui se dissipent aussi facilement dans la débauche qu'elles font naître.

« Cherchez, cherchez encore dans les administrations les auteurs de cet attentat liberticide. Vous y trouverez des hom mes qui, établis par la loi les gardiens et les conservateurs de ces richesses, les livrent audacieusement à leurs complices, et ne font usage de leur autorité que pour légaliser leur brigandage, et assurer à l'infâme tripot dont ils font partie, les dépouilles de la nation.

« Après cet aflQigeant tableau, vous croiriez avoir parcouru toutes les classes (Thommes sur lesquels votre vigilance devra s'exercer. Votre cœur aimerait sans doute à acquérir la certitude que là se trouve le terme des maux qui affligent ces contrées, le terme des obstacles qu'y rencontre l'affermissement de la RépuWique ; mais, citoyens, "^ il est d'autres ennemis de la patrie qu'il est de mon devoir de vous dénoncer, et du vôtre de poursuivre.

« Vous le savez, citoyens, les ennemis de notre révolution se sont distribué les rôles. Les uns ont jeté audacieusement le masque et ont été soulever contre nous les puissances étrangères ; les autres ont eu la tâche moins ostensible, mais bien plus utile à leur parti, mais bien plus dangereuse au nôtre, de fomenter les troubles intérieurs. Ici les rôles varient à l'infini. Les uns ont fourni la Vendée, nourri les troubles de la Lozère, alimenté le camp de Jalés, contre-révolutionné Lyon, Toulon, fédéralisé le Midi. I^s autres ont été chareés de faire exécrer le patriotisme, en rendant sa figure aussi nideuse que celle du despotisme. Ils n'ont eu gu'à se laisser voir au naturel

Sour épouvanter tous ceux qui, témoins de leur immoralité et e leurs brigandages, n'ont pas senti que ces hommes, quoique couverts du bonnet rouge, appartenaient entièrement au despotisme, dont ils étaient l'intâme produit.

« Peuple bon et crédule ! ils ont profité de ton inexpérience et de ta Donne foi pour te faire servir à leur élévation et à ta ruine. Quelques tours de souplesse ou d'audace ont fait tout leur mérite. Tu les as entendus parler pitriotisme, vanter leurs exploits dans la révolution, s'en dire les plus a^rdents amis et . les plus dévoués défenseurs ; s'ils ont disparu dans les occasions où les dangers de la patrie les appelaient à sa défense, c'était pour ménager à la Republique des hommes qui lui étaient les plus utiles : ils le disaient, et tu les a crus ! tu leur as donné la confiance ! Les misérables ! ils ne s'en sont servi que pour faire le procès à la révolution. Il a fallu donner une idée de leurs pouvoirs : ils les ont exercés sur l'homme infortuné. C'était un avertissement à l'homme opulent de venir déposer à leurs pieds ses richesses pour s'épargner un pareil sort. Alors quelques mois ont suffi pour voir étaler le luxe le plus insultant à ceux

3ue l'on venait de voir entrer dans ces places, presque couverts es respectables haillons de la misère ; aussi audacieux dans

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leur crapuleuse jouissance qu'ils l'ont été dans les moyens employés pour les satisfaire, on les a vus trafiquer publiquement Se leur autorité, afficher tous les vices, insulter à toute morale, exercer un despotisme presque aussi pesant que celui que Ton venait de renverser.

« Le mal-intentionné, le complice des premiers s'est empressé de saisir avec soin les vices dont se paraient ces derniers, pour verser sur la révolution elle-même les crimes personnels à ces hommes, pour faire reporter sur le nouveau régime une haine qui ne devait retomber que sur ceux qu'il rejetait,

« Vous les saisirez encore, citoyens, les mains pleines de leurs larcins. Entrez dans leurs foyers, ou faites les arracher de ces lieux de débauche où ils passent leur vie entière, où ils ne rougissent pas même d'exercer les fonctions publiques; demandezleur un compte rigoureux de leur fortune avant la révolution et de celle dont ils jouissent actuellement; qu'ils vous indiquent les moyens qu'ils ont employés pour la grossir aussi subitement et dans un temps où tous les vrais amis de la patrie n'auraient qu'à montrer la liste de leurs sacrifices, si tous ceux faits à la Republique n'étaient par eux aussitôt oubliés. Vous aurez bientôt acquis la preuve trop convaincante des maux affreux qu'ils ont faits à la chose publique.

« Le décret qui a mis la vertu et la probité à l'ordre du jour les épouvante, et ils ont recours à l'hypocrisie... Et eux aussi ils osent parler vertu, mais bien assurés qu'ils ne peuvent échapper a la loi qui les poursuit, ils chercnent à égarer le peuple pour se sauver au milieu des troubles qu'ils voudraient faire naitre ; ils lui font craindre une seconde contre-révolution ; ils lui disent que c'était aussi en parlant mrtu que les fédéralistes ont produit le mouvement contre-révolutionnaire qui lui a causé tant de maux.

« Les fédéralistes ont fait la contre-révolution en parlant vertu ! Mais s'il faut vous en croire, ajoutez donc, ajoutez que c'était en mettant en opposition et en publiant les vices de ces faux patriotes ; et alors si vous convenez vous-mêmes que c'est en les montrant tels qu'ils étaient que l'on est parvenu à soulever ce pays lassé de leurs brieandages, vous annoncez la nécessité de purger enfin ce sol de leur présence, et de mettre un terme à leurs crimes, si l'on veut éviter les malheurs que préparerait la continuation de leurs rapines et de leur immoralité. Ce n'était pas parce qu'on aurait parlé vertu que Ton aurait fait la contre-révolution, mais parce que ce mot aurait offert au malheureux réduit à la misère 1 idée consolante de voir un terme aux maux dont ils l'accablaient, et qu'il l'a saisi sans examiner rhonmie qui lui parlait le langage de la probité.

» N'est-ce pas en parlant vertu au peuple français, en lui montrant à nu les forfaits du despotisme, que nous avons fait la Révolution ? Pourquoi, pour se sauver du naufrage, le despotisme ne songea-t-il pas aussi à prouver les maux qui résulteraient d'un régime qui serait fondé sur la vertu ? Ou plutôt, comment renverserait-oh, en fondant la vertu, ce que l'idée seule du bonheur qu'elle présente a fait naitre ?

» Ah ! qu'ils n'espèrent plus en imposer au peuple ces hom-

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mes qui trop longtemps Tont égaré, mais dont l'immoralité excessive Ta enfin désabusé. Il examinera maintenant la conduite et le but de ceux qui ont pu autrefois lui parler avec l'hypocrisie de la probité, et la conduite et le but de ceux qui viennent fonder aujourd'hui au milieu de lui la morale publique.

« Les premiers étaient des hommes à fortune et qui avaient passé leur vie entière dans les plaisirs et les débauches. Il ne fallait pas de grands efforts pour sentir gue le mot n'était que sur leurs lèvres, que ce n'était qu'un talisman pour se ménager des richesses qui faisaient tout leur bonheur ; que la vertu de ces hommes dont la vie entière n'était qu'un tissu de crimes, n'était qu'un masque. Ils parlaient vertu, et ils protégeaient les hommes les plus corrompus, les conspirateurs ; ils parlaient vertu, et ils assassinaient les hommes les plus probes ; ils parlaient vertUj et la pratiquer eût été pour eux le plus cruel des supplices.

« Mais aujourd'hui c'est une assemblée entière qui a jeté les fondements de cette morale dans son propre sein en se purgeant de tous ces traîtres ; qui a lié ses destinées à celles du peuple en mettant dans le succès de la révolution le salut de tout ce gu'un bon citoyen a de plus cher après sa patrie, celui de la mmille entière ; d'une assemblée composée d'hommes à qui les privations que la vertu impose, ne sont point étrangères, qui les pratiquaient même sous l'ancien régime, et qui sont les premiers à en donner l'exemple ; d'une assemblée qui a déclaré solennellement qu'un patriote était un objet sacre sur lequel elle ne cesserait de veiller ; mais qu'elle ne fera ni paix ni trêve avec aucun traître : et ils oseraient, les malheureux, la calomnier ai; point de l'assimiler avec les premiers ! Qu'ils songent que c'est un nouveau crime dont us se rendraient coupables et dont ils devraient bientôt compte à la Commission populaire à qui je le dénonce.

a Pourquoi donc ne manifestez-vous pas aussi des craintes sur ce système né au miUeu de vous, Parisiens, que l'on a toujours vus donner l'éveil du danger ? Ah ! c'est que vous connaissez le prix de la vertu, et que vous savez bien qu'elle seule peut terminer la révolution et tonder la RépubUque.

« \j aristocratie, dit-on, sourit d'avance au supplice qui menace l'homme improbe. Ils mentent bien impudemment ceux qui sèment de pareils bruits. L'on ne se réjouit point de sa propre destruction. Mais si cela était, c'est à vous, citoyens magistrats, à lui répondre. E7ivoyeZ'la dans quelques jours calculer au milieu des cadavres que le glaive des bis aura abattus, ceux qui appartiennent à chaque classe de contre^révolutioîinaires : que tous y Usent à la fois leur arrêt de mort.

« Vous vous rappellerez, citoyens, que le fanatisme a été l'élément de ces contrées ; qu'il les agite encore d'une manière violente, et qu'il vous appartient d'étouffer de bonne heure tous les germes de soulèvement qui pourraient s'y manifester.

« Vous vous apercevrez aussi que la loi sur le maximum est à peine connue ; que nulle part elle n'est exécutée, et que c'est à ce défaut d'exécution qu'il faut attribuer en partie les maux qui affligent le peuple. Vous le ferez jouir de rabondance que

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la Providence lui offre en anéantissant tous ces infâmes accapareurs, qui n'attendent que le moment de faire disparaître les bienfaits qu'elle va lui prodiguer.

« Le coup qui a failli vous enlever à la République, vous, ses zélés déienseurs, a retenti jusqu'à nous. Tous les amis de la patrie se sont cru menacés dans vos personnes. Tous se réunissent pour demander une vengeance éclatante. Vous l'obtiendrez, législateurs, en voyant ffapper du Midi au Nord cette nouvelle espèce d'ennemis que vos vertus ont fait naître.

« De grands moyens vont être employés pour vous arracher tous les nommes que la justice nationale reclame.

« Les moins dangereux pour le fonctionnaire probe seront ceux qui avaient autrefois le plus de succès, qui en auraient encore plus aujourd'hui pour une de ces classes d'hommes

Sue vous devez poursuivre : mais redoutez vos vertus même, e sont elles que Ton fera agir, dans l'impossibilité de pouvoir employer utilement les autres.

« Quand une famille viendra toute éplorée vous parler de ses malheurs et réclamer la liberté de son chef, jetez les yeux sur la grande famille qui veut aussi la liberté, et qui ne peut l'obtenir que quand le dernier des traîtres aura disparu. Quand vous verrez couler les larmes de ses enfants, jportez vos regards sur les frontières, et voyez-y couler à grands uots le sang de nos républicains. C'est là, citoyens, que Ton apprend à être véritablement humain. Quand des communes entières, cédant à de fausses impressions ou à un sentiment peu réfléchi, viendront, à la sollicitation des parents d'un coupable, vous parler en sa faveur, écoutez les cris de ces contrées entières pillées, incendiées par leurs complices ; prononcez entre elles.

« Forcez ceux qui oseront olâmer la rigidité de vos jugements et de vos principes à calculer eux-mêmes, s'ils en ont le courage, les victimes qu a faites le système de cette meurtrière clémence,

3ui trop longtemps domina au milieu de nous, et qu'ils vous éfinissent enfin ce qu'ils appellent Vhumanité. ^ Justice, citoyens magistrats, yw5^k?é? .' c'est le seul senthneiit mquel vous devez céder.

« Et qu'aurait-il donc d'épouvantable ce mot de Justice pour qu'on n'osât pas le prononcer devant toutes sortes de prévenus, pour qu'il fallût le modifier par celui d'humanité ! Si la justice est la terreur du coupable, n est-ce pas l'égide de l'innocence ? La justice n'est-elle pas pour un tribunal ce qu'est le patriotisme pour la société ? L'un n'est-il pas la réunion de toutes les vertus qui seules assurent le bonheur du peuple, comme l'autre le concours de tous les moyens nécessaires pour confondre le crime et sauver l'innocence ?*

* Déjà sans doute ce sentiment de justice, qui est profondément fflravé dans vos cœurs, vous aura dit qu'au milieu de cette foule ahommes qui comparaîtront devant vous comme coupables des mêmes délits, il peut y en avoir, et même plusieurs, à qui Ton n'aura à reprocher que leur ignorance et leur crédulité. C'était sur ceux-là que l'ancien régime aurait fait tomber tout le poids de sa vengeance, en les rendant responsables d'une faute qu'ils auraient commise sans la connaître, pour épargner

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l'horame du bon ton, opulent et instruit, mais possédant une assez grosse fortune pour faire taire la loi. Eh Bien ! malheureux cultivateurs î pauvres artisans ! à qui Yaristocratie tremblante à la vue du tiib^unal qui va la juger, ne manquera pas de vouloir inspirer le même sentiment, rassurez-vous ; le rèane des grands est fini, celui de l'impassible justice est arrivé. Cest elle qui examinera ce que vous aviez déjà fait pour la révolution avant cette fatale époque ; c'est elle qui inspirera à vos Juges ce cri favorable, quand ils auront acquis la certitude qu amis de votre patrie, amis de la vertu, décidés encore à les servir Tune et l'autre, vous ne pourrez qu'être utiles à la société en vous laissant au milieu (Telle. Laissez l'effroi et la terreur pour celui qui a voulu perdre son pays. Abandonnez-vous a la confiance, c'est le seul sentiment que vous devez connaître.

« Si la calomnie osait poursuivre jusqu'auprès de vous l'innocence, ah ! déployez, citoyens magistrats, déployez tout ce que la vengeance des lois peut avoir de plus terrible. Chaque instant qui prolongerait l'existence d'un pareil monstre serait une injure à la Providence. Que l'instant qui l'aura vu paraître dans ce sanctuaire soit le même qui le voit monter à l'écnafaud.

<r Mais s'il s'ourdissait dans quelque moment le coupable projet de soustraire au supplice un traître, qu'un grand exemple apprenne également que nul n'a le droit de ménager à sa patrie de nouveaux maux, et que l'on devient le complice des conspirateurs que l'on protège.

« Peuple ! magistrats ! vous avez des devoirs réciproques et bien importants a remplir; vous devez concourir mutuellement à sauver la République. Peuple, qu*une continuelle surveillance déjoue tous les projets de tes ennemis, qu'une sainte dénonciation conduise à ce tribunal tous les traîtres : le silence, dans des circonstances aussi diflSciles, est un véritable crime ; et vous, magistrats, armez-vous d'une impassible sévérité pour délivrer à jamais ces départements. Ce n'est pas assez que vos jugements se fassent remarquer par leur sagesse ; il faut encore qtrils étonnent par la célérité avec laquelle ils atteindront le crin^ C'est la foudre dont vous êtes armés : dirigez-la sagement, mmk pulvérisez le scélérat au moment même où il médite ses complots. »

Après ce discours, Fauvety, président de la Commission, s'exprima ainsi :

« Citoyen représentant, les membres qui composent la Com mission jurèrent, dès l'aurore de la Révolution, de vivre libres ou de mourir. Ce qu'ils ont fait depuis pour leur patrie leur a valu l'honorable suffrage des représentants du peuple. Ils feront tous leurs efforts pour mériter la confiance dont le gouvernement les a investis ; ils demandent par mon organe à prêter le serment entre tes mains. Tandis que nous ferons notre possible pour remplir dignement l'engagement solennel que nous allons contracter, le peuple, qui a le droit imprescriptible de tout surveiller, de tout juger, fera son devoir comme nous ferons le nôtre. *

NOMINATION DES OFFICIERS MINISTélUELS. l5

Et à l'instant les membres de la Commission prêtèrent, entre les mains de Maignet, le serment prescrit par la loi et reçurent l'accolade fraternelle.

La Commission ordonna, au nom de la République, la transcription sur les registres de toutes les pièces qui avaient été lues, et le président leva la séance.

m. NOMINATION DU GREFFIER DE U COMMISSION

ET DBS OI^FICIBRS MINISTERIELS

Aussitôt installée, la Commission se mit en mesure de fonctionner. Son premier acte fut de compléter son personnel. Réunie dans la chambre du Conseil le jour même de son installation, elle fit, en vertu des articles 9 et 10 de l'arrêté du représentant du peuple, les nominations suivantes :

Dubousquet Claude, fils, d'Avignon, fut nommé adjoint à Nappier, que le comité de Salut public avait désigné pour huissier. — Les appointements de Nappier furent fixés à 300 livres par mois, et ceux de Dubousquet à 200 livres.

On donna deux secrétaires à Benêt, greflSer en chef: Mauric, de Sainte-Cécile, aux appointements de 300 livres par mois, et Roussel, gendre de la veuve Fabre, au Soleil-d'Or, d'Uzès, à 200 livres par mois.

Costa, employé au comité des démolitions à Lyon, fut nommé secrétaire de la Commission chargé de la correspondance, transcription des actes et écritures du Conseil, à 260 livres par mois.

François Laugier, Joseph Jullien et Jérôme Dominique, furent désignés comme garçons de bureau, à 100 livres par mois pour chacun d'eux.

Viot avait été nommé par Maignet, le 18 prairial (6 juin), accusateur public ; pour entretenir son zèle révolutionnaire, le représentant du peuple lui donna pour aide et conseil Barjavel François, de Carpentras, auparavant accusateur public du tribunal criminel de Vaucluse. La Commission lui choisit pour secrétaire en chef, François-Julian Cottier, de Carpentras, alors

l6 NOMINATION DES OFFICIERS MINISTÉRIELS.

secrétaire-général du département, à raison de 300 livres ; et pour secrétaire-commis j Delafont (1), ancien employé à l'administration d'Uzès, à 200 livres par mois.

La multiplicité des affaires, et surtout la nécessité de faire vilCy obligèrent dans la suite la Commission à augmenter encore le nombre des secrétaires ; car nous voyons figurer dans un état d'émargement Gide, secrétaire-commis, à 250 livres pour un mois d'indemnité, Frédéric Benêt et Laffanon, pour 100 livres. Julian Cottier déclare dans son interrogatoire, le 3 messidor an 3, avoir été aidé dans ses écritures par Gide, Lafont, Coste, Guérin, d'Orange, et un autre jeune homme dont il ignore le nom.

Le jugement des membres de la Commission populaire désigne aussi Nicolas Goubert, comme faisant partie de la Commission, probablement à titre de secrétaire.

Tel fut le personnel de ce redoutable tribunal. Leur traitement coûtait chaque mois à la République plus de 7093 livres (2), sans compter les frais de déplacement et de bureau (3).

(1) Il est à croire que la peur de passer pour noble engagea ce secrétaire à écourter son nom. Il se signe Lafont, et c'est sous ce nom que les mandats de paiement lui sont délivrés.

{2) Traitement mensuel des membres de la Commission : Fauvety, présid. 666 livres 13 sous 4 deniers ; Roman-Fonrosa juge, 540 liv.; Fernex, juge, 540 liv.: Melleret, juge, 540 liv.; Ragot, juge, bkO liv.; Viot, accusateur public, 666 liv. 13 s. 4 d. ; Benêt, greffier en chef, 500 liv. ; Barjavel, conseiller de Viot. 300 Uv. ; Coste, secrétaire en chef de la Commission, 250 liv. ; Cottier, secrétaire en chef de l'accusateur, 300 hv. : Lafont, secrétaire commis de l'accusateur, 200 liv. ; Nappier, huissier, 300 liv. ; Dubousquet, adjoint à l'huissier, 200 hv. ; Maunc, secrétaire du greffier, 300 Uv.; Roussel, secrétaire commis du greffier, 200 liv. Gide, secrétaire, 250 Uv. ; fienet Frédéric, Laffanon et Guérin, secrétaires, 100 Uv. chacun ; les 3 garçons de bureaux, 300 Uv. ; le bourreau, 200 liv.; Total, 7,093 Uvres6 sous 8 deniers.

Nous ne connaissons pas l'indemnité aUouée à Goubert, ni aux aides du bourreau.

(3) Comptes divers pour la Commission populaire. 1. Etat des frais de voyage faits à Avignon le 17 prairial 5 juin 94, par les citoyens Fauve ty et Roman- Fonrosa pour conférer avec le citoyen Maignet, représentant du peuple, sur rétablissement de la Commission populaire à Orange.

Frais de voiture pour aller et venir 45 Uvres

Acheté deux exemplaires du Gode pénal 7

Un panier et cordes pour emballer les papiers et autres objets pour le greffe de la Commission 4' 10'

Certifié véritable. Roman-Fonrosa, Fauvety.

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