MAIGNET
citoyens. Le 22 pluviôse (10 février 1794), il écrivit aux comités de surveillance de lui envoyer les dénonciations faites contre les contre-révolutionnaires. Le 29 suivant, il recommanda aux magistrats de redoubler d'activité pour emprisonner tous ceux qui pouvaient inspirer des craintes ou des soupçons. C'est lui qui ordonna, le 28 mai, Tincendie de Bedoin, la dispersion de ses habitants et l'exécution de soixante-trois de ses plus vertueux citoyens. C'est à lui que nous devons l'établissement du tribunal sanguinaire d'Orange.
Ses arrêtés ne respirent que le sang, et ils sont nombreux. Du 19 pluviôse au 29 thermidor (7 février au 16 août), il a lancé environ 80 arrêtés ou proclamations, sans compter ses lettres et ses discours. « Guerre au modérantisme, guerre aux apitoyeurs, mort aux aristocrates, aux prêtres, aux nobles, à tout ce qui n'est pas républicain ! » c'est là le fond de tous ses discours. Citons quelques lignes de ces arrêtés sanguinaires : « Trop longtemps le modérantisme a régné dans cette commune (d'Avignon) ; trop longtemps Taristocratie y a trouvé asile et protection. Il faut que cet atîreux système de clémence meurtrière disparaisse, que l'énergie républicaine échauffe toutes les âmes, qu'elle électrise tous les cœurs, qu'elle abatte toutes les tètes orgueilleuses qui n'ont pas su de bonne heure s'abaisser devant le niveau de l'égalité. II faut enfin que le peuple soit heureux, et il ne pourra l'être que lorsque nous serons débarrassés de tous ceux pour qui cette idée du bonheur du pays est un supplice (1). »
Rendant compte à la Convention nationale de sa conduite dans les événements de Bedoin, il dit : « Aussitôt que j'ai appris cet attentat horrible contre la majesté du peuple, j'ai envoyé 300 hommes du 4^* bataillon de l'Ardèche qui, dans toutes mes épurations civiques, m'a si bien secondé. J'ai fait enchaîner prêtres, nobles, parents d'émigrés, autorités constituées.... Ne voyant dans cette commune qu'une horde d'ennemis, j'ai investi le tribunal criminel du pouvoir révolutionnaire pour faire tomber de suite la tête des plus coupables, et fai ordotméy qu'une fois ces exécutions faites, les flammes fissent disparaître jusqu'au nom de Bédouin. Puissent périr ainsi tous ceux qui
(1) Recueil officiel des arrêtés de Haigoet, conservé à la Bibliothèque Galvet d'Avignon.
FAUVETY
oseront braver lu volonté nationale et méditer de nouveaux complots contre la liberté française ! » (1).
Ecrivant à Couthon pour obtenir l'autorisation d'établir le tribunal révolutionnaire d'Orange, il évalue à 12 ou 15 mille le nombre des personnes arrêtées, et il conclut sa lettre par ces mots affreux : « lï ailleurs il faut épouvanter j et le coup n'est vraiment effrayant qu'autant qu'il est porté sous les yeux de eeu^ qui ont vécu avec les coupables. » (2)
Ces mesures de rigueur le firent appeler le Singe de Robespierre,
Tant d'excès devaient avoir un terme. Maignet fut révoqué après la mort de Robespierre, le 26 thermidor (13 août). Dénoncé le 19 brumaire (9 novembre) ipar la Société populaire d'Avignon, il fut mis en arrestation ; mais un décret d'amnistie lui rendit la liberté.
Maignet fut maire d'Ambert sous le premier empire; la première restauration le fit sortir de cette ville, mais il y revint aux Cent jours pour s'exiler de nouveau au retour du roi. En 1830, le proscrit de la Restauration fut reçu en triomphe par les habitants d'Ambert ; on raconte cependant qu'une femme eut la hardiesse de monter sur la voiture qui le ramenait, et lui glissa à l'oreille ces paroles: « As-tu apporté ta guillotine ? j> Il mourut à Ambert, frappé d'apoplexie, le 21 octobre 1834, à rage de 76 ans.