‹ Les 332 victimes de la Commission populaire d'Orange en 1794, d'après les documents officielsChapitre 9 sur 72 · II. Paavety» Président de la Commission · texte numérisé non relu

II. Paavety» Président de la Commission

Fauvety (Jean) naquit à Uzès le 8 avril 1763, de Jean, fabricant de bas, et de Marguerite Hugues. Il fit ses études à Bagnols (Gard), dans le collège tenu par les Joséphins. Il embrassa avec . ardeur les principes delà révolution. Tout en lui faisait prévoir l'homme décidé qui pousserait son opinion jusqu'aux dernières conséquences. « Il avait, dit un de ses compatriotes, une tête de feu et un cœur d'acier. »

Nonmié directeur de la poste aux lettres de sa ville natale, il fut destitué dans un moment de réaction par le directoire de Nimes, et mis en prison dans le Fort (aujourd'hui maison cen-

(1) Rapport de Maignet lu à la Gonveotion le 28 floréal.

(2) Lettre du 4 floréal. — Rapport de Courtois, n« cvni.

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traie), d'où il se sauva en sautant d'un second étage, et se réfugia à Paris.

Voulland, son compatriote, député aux états généraux, le recommanda à Robespierre en ces termes : « Le citoyen Fauvety connaît parfaitement toutes les manœuvres conti'e-révolutionnaires pratiquées dans le département du Gard. Je pense qu'il sera très bien placé auprès du tribunal révolutionnaire, étant bien au fait de toutes les intrigues des fédéralistes du Midi » (1). Sur cette recommandation, il devint membre du tribunal révolutionnaire de Paris.

Le comité de Salut public le nomma président de la Commission populaire.

Fauvety se montra l'émule de Maignet. Il était âpre au travail. Son cxBur d'acier ne se laissa jamais fléchir ni par les larmes d'une femme suppliante, ni par les pleurs d'enfants désolés.

« La Commission est installée, écrit-il à Payan le 18 prairial (6 juin) ; encore quelques jours, et tu entendras dire qu'elle est aussi terrible que juste. Il faut qu'elle fasse trembler les malveillants de tout le Midi; qu'elle extermine ceux qui lui tomberont sous la main, et tue les autres d^ épouvante » (2). Un mois après, le 19 messidor (7 juillet), il lui rend compte des peines qu'il s'est données pour organiser la Commission : « La Commission, lui dit-il, m'a donné beaucoup de soins et de veilles pour l'organiser... Roman-Fonrosa et moi sommes ce qu'on appelle vulgairement chez nous les bardots de la Commission. Il a fallu pendant longtemps tout voir, tout dicter... Quoiqu'il nous manque au moins dix hommes pour que la Commission puisse aller selon mes désirs, nous allons pourtant, et nous avons plus fait dans les six premiers jours que n'a fait dans six mois le tribunal révolutionnaire de Nîmes ; enfin, la Commission a pourtant rendu cent^uatre-vingt-dix-sept jugements dans dix-huit jours. Je te promets que nous mettrons, dans le diabolique Comtat, la vertu et la probité à l'ordre du jour.» Puis il se plaint que Roman-Fonrosa est un formaliste enragé; que Melleret ne vaut rien, absolument rien au poste qu'il occupe; qu'il est quelquefois d'avis de sauver des prêtres; qu'il lui faut des preuves... « Dieu veuille, ajoute-t-il, que Ragot, Fernex ou moi ne soyons

(1) Lettre de Voaliand à Robespierre.— Rapport de Gourtois, N* GIX*.

(2) Lettre du t8 prairial. — Rapport de Gourtois, GXVK

ROMAN*FONROSA 23

jamais malades ! Si ce maUieur arrivait, la Commission ne ferait plus que de Ceau claire » (1).

Fauvety appartenait à la religion protestante ; il était allé en Suisse pour se marier, selon les rites de sa secte, à une demoiselle qu'il appelle Fanchette dans une lettre qu'il lui adressa quelques instants avant sa mort.*

m. Raman-FonroMi» Juge.

Roman (Pierre-Michel-François), né à Die le 8 mars 1733, avait ajouté à son nom celui de Fonrosa, d'une propriété qu'il possédait à Chapia, pour se distinguer de son frère, avocat comme lui. Il avait pris ses grades dans l'université d'Orange (2). Nommé maire de sa ville natale le 14 mars 1790, il devint président du tribunal du district le' l*' décembre de la même année. C'est dans l'exercice de cette charge que le comité de Salut public vint le prendre pour en faire un des juges de la Commission populaire. Il était le plus âgé de tous (61 ans).

Roman-Fonrosa, quoique instruit et travailleur infatigable, ne répondit pas à l'attente du président Fauvety, qui le blâmait de trop s'attacher à la forme et de ne pas mettre assez de célérité dans les jugements. « Roman-Fonrosa est un excellent juge, mais formaliste enragé et un peu loin du point révolutionnaire où il le faudrait. (3) » « Melleret et Roman-Fonrosa, écrit de son côté Agricol Moureau, sont excellents citoyens, mais pour juges révolutionnaires, ils ne valent pas Fauvety et les deux autres juges de Commune- Affranchie. Le bien public demanderait qu'à leur place on mît deux hommes de la trempe des trois autres (4).» Aussi Payan, à qui ces appréciations étaient adressées, crut devoir lui donner quelques conseils par une lettre datée du 20 messidor. Il lui rappelle que les commissions populaires sont des tribunaux révolutionnaires qui doivent aller au fait sans s'inquiéter des formes ; elles doivent frapper sans pitié les conspira-

(1) Lettre du 19 messidor. — Rapport de Courtois, N« GXVIII.

(2) Pierre-Michel-FraDçois Romaa-Poorosa, Uis de Paul Roman, bourgeois, et de JeaDDe-Tbérëse Barnavc, a été reçu maître ès-arts le 18 mai 1763, bachelier en droit le 19 mai 1763, liceacié le 22 septembre 1763 — (Bxtrait des registres de i'Uoiversité)

(3) Rapport de Courtois, N« GXVlll.

(4) Rapport de Courtois N*" GKIV.

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