‹ Les 37 sous de M. Montaudoin comedievaudeville en un acte de MM. Labiche et Edouard MartinChapitre 18 sur 25 · SCÈNE XVI · texte numérisé non relu

SCÈNE XVI

MONTAUDOIN. FERNANDE.

MONTAUDOIN, à part, regardant Fernande.

La voilà, celle que je me plaisais à nommer ma fille

FERNANDE, à part.

Gomme il a l'air fâché !

MONTAUDOIN, à part.

En l’examinant bien, je trouve qu’elle ne ressemble pas à Pénuri d’une manière tellement frappante!... (Haut.) Fernande?

FERNANDE

Papa?...

MONTAUDOIN, à part.

Papa ? (Haut.) Appelle-moi Bon ami . . . Veux-tu ?

FERNANDE

Pourquoi ?

MONTAUDOIN.

Parce que. . . j’ai mes petites raisons (il tire son mouchoir et

s’essuie les yeux.)

FERNANDE

Tu pleures?

Ce n’est rien .. . c’est le rhume... J'ai un peu de rhume.. Fernande! réponds-moi franchement.. . M’aimes-tu?

FERNANDE

Oh ! de toutes mes forces !... N’es-tu pas mon père?

MONTAUDOIN, allant s'asseoir à droite.

Dam !... Je ne demande pas mieux, moi. (L’embrassant avec effusion.) Pauvre enfant! (Se calmant.) Néanmoins, appelle-moi bon ami.

FERNANDE

‘ Oh! je ne pourrais jamais ! L’habitude! ..

MONTAUDOIN.

Oui... la routine... (A part.) Elle m’aime!... par routine'. (Haut, la faisant asseoir sur ses genoux) Voyons, parle-moi franche-

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ment... Quand je suis près de loi... quand jete serre ies mains... quand je t’embrasse, qu’est-ce que tu éprouves?

FERNANDE

Je ne sais pas... Je me sens aimée... protégée... quand tes brt|s m'entourent, il me semble que je suis dans une forteresse dont personne n’ose approcher...

} ' MONTAUDOIN, à part, se levant et la repoussant.

Une forteresse!... Ce n’est pas là la voix du sang (Haut.) Bt lui, l’aimes-tu ?

FERNANDE

Qui ça?

MONTAUDOIN.

Aglaure... Pénuri!

.FERNANDE, vivement.

Ohl oui, il est si bon pour moi !

. MONTAUDOIN, soupçonneux.

Ah!

FERNANDE

Ce matin encore... ces vers qu’il m'a faits... ce magnifique présent... Et M. Isidore dit qu’il ne s’en tiendra pas là !...

MONTAUDOIN, à part.

Il ne s’en tiendra pas là ! c'est clair!...

FERNANDE

Et puis il t’aime tant!... Il aime bien maman aussi...

MONTAUDOIN.

C’est bon !

FERNANDE

Mais je ne suis point ingrate, et involontairement, je me sens attirée vers lui !

MONTAUDOIN, à part.

Voilà !... voilà la voix du sang ! yiaut.) Il n’y a plus à hésiter... Tu ignores les mystères de la vie parisienne !... Tu ne sais pas qu’il y a des tigres... qui viennent déposer leurs œufs dans le ménage des colombes !

FERNANDE

Mais, papa, les tigres n’ont pas d’œufs!

MONTAUDOIN.

Ces reptiles ne dèvraient pas en avoir, mais ils en ont!... (A part.) Comme elle lui ressemble ! (Haut.) Tu comprends maintenant que la position est complètement changée... Ces quatre-vingt mille francs.... Je les avais économisés... sou par ou... car il faut que tu saches cela... Je me privais de tout...

Je me privais de prendre un fiacre-.. Je prenais un parapluie... Je me disais, cetera pour elle!... Quand j’allais au café... j’emportais mes morceaux de sucre... toujours pour elle!... Enlin, je n’aime pas leboeuf... ta mère nous le servait tous les jours... lit tu me voyais m’écrier d’un front radieux... Ali île bon bouilli!... Ah! te bon bouilli !' (S'attendrissant.) C était, pour elle!... Voilà!... voilà, mon enfant pourquoi je ne peux pas te donner de dot.

FERNANDE

Maisje ne vois pas quel rapport?

M0NTAUD01N.

Ali ! je ne t’en veux pas, à toi... ce n’est pas ta faute... Tu es le crime, mais tu n’es pas le criminel!

FERNANDE. •

• Moi?

MONTAI! BOIN, remontant un peu à droite.

Quant à lui !... Après la noce ! après la noce! Je vais préparer la chambre jaune (Revenant et l'embrassant.) Fernande, pense à celui qui fut quelque temps ton père.

FERNANDE

Mais, papa!...

MONTAliDOlN, la repoussant, r

Non! bon ami I... bon ami !... Je vais préparer la chambre jaune. (U sort par le fond.)

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