Les $5,000 de M. Mercier [microforme]
Appréciation froide et impartiale d'une transaction honteuse par L. P. PELLETIER, maintenant rédacteur de la “Justice.”
I coupable d’un acte de piraterie politique | que nous n'’essaierons pas de qualifier, il | fit de la triste politique en un mot.
Quoi! lui, un chef de parti, s'oublier au point de poursuivre jusque dans sa retraite et jusque sur le banc des juges un homme qui n'était plus son adversaire !
M. Mercier, en agissant ainsi, satisfaisait
Un chef de parti se doità ses amis et, | à un désir terrible d’assouvir une vendans l’intérèt public, il doit vaincre ses gennce pérsonnelle, mais il provoquait de répugnances personnelles, faire taire sou- | terribles représailles. vent ses sentiments de pitié et marcher Le gouvernement crut de son devoir droit au but, pro bono publico. Cette né- | J'accorder la demande de M. Mercier et cessité de la politique a des conséquences | Ge consentir à l'enquête. C'était dans graves, funestes même, dans l'occasion | notre humble opinion faire pr "ve d'une pour certains hommes. Mais si les politi- | extrême condescendance. Le ministère, ciens savaient se borner aux nécessités de pressé d'accorder l'enquête par les anciens la politique et en éviter les tristesses, ils | cullègues de M. Mousseau qui voulaient adouciraient un peu le rude sentier qu'ils | Gémontrer leur non-culpabilité, y consenparcourent, tit par un sentiment de dignité person-
Lorsque l'honorable Honoré Mercier, | nelle qui l’hunore, et les événements ont le chef du parti libéral, se leva de | prouvé que le gouvernement avait leu son siége en chambre et porta contre | raison, car les accusations de M, Mercier l'honorable juge Mouussea, son ancien | étaient un tissu de calomnies, "à adversaire, l'accusation que l'on sait, Enfin M. Mercier l'avait sa commission
il eommit une faute grave, Il se rendit | d'enquête. ll allait donc à son guût trainer
M, Mercier accusant fuwussement nn juge de la Cour Supériewre—Ses venreances —Ses rancunes.
La politique ses nécessités comme elle a aussi ses tristesses. d
sur la claie un ancien premier ministre et le déshonorer à jamais. Son accusation était claire. L’honorable M. Mousseau, d’après lui, avait vendu le contrat du pa-
lais Législatif moyennant dix mille dollars et il se les était partagés avec ses com-
peres. Rien de mieux détini.
teurs n'avaient plus qu'à payer les pots cassés. Restait l'enquête Mercier.
Elle a coûté aussi cher que l’autre, plus peut-être, et les profits nets qu’elle a produits nous allons les examiner.
Mais qu'il nous soit permis de dire d’abord que l’homme public, qui, par son
Mais puisque M. Mercier entrait sur ce | esprit de vengeance, a provoqué la preterrain, ses adversaires, eux aussi, avaient | mière de ces enquêtes et a ainsi autorisé un droit indéniable, celui de retorquer | la dernière, a attaché son nom à une maul'accusation, et il se trouva, dans la dépu. | vaise action.
tation, un homme généreux, dont chaque acte en est un de dévouement à son parti, qui se leva à son tour et de son siége, ac-
Oui, avant d'entrer dans le mérite de | l'accusation qui pèse contre lui, nous ac- | cusons M. Mercier :
cusa M. Mercier d’avoir abandonné, pour |
des considérations pécuninires, les conclusions d'une pétition d'élection contre M. Mousseau.
M. Mercier était donc traiîné à son tour au banc des accusés et il a dû rougir— lui un chef de parti—de la position humiliante qui lui était faite.
Pourtant c'était de bonne guerre, et M.
le Dr Martel en agissant ainsi recevait l'approbation entière et les félicitations unanimes de tout son parti.
Et les enquêtes ont eu lieu. Elles ont coûté à la. province, déjà si pauvre, des sonmes énormes par la faute de M. Mercier.
Et quel bien ont-elles produit ? D'abord l'enquête contre M. Mousseau, malgré les détlamations de la pressè libérale, a été un fiasco réel.
L'accusation n'a pas été prouvée. M.
Mousseau n'avait pas vendu à M. Charlebois ls contrat du palais législatif. M.
Mercier s'était bel et bien enferré.
Mais il fallait détourner l'attention pu- Llique de cet immense fiasco, et pour faire oublier l’insuccès contre M. Mousseau, on procéda, vu la tulérance de la commission, à toute une enquête sur des actes administratifs du ministère actuel. C'est-à-dire que n'ayant pu prouver que l'honorable M. Mousseau avait -vendu un contrat, on essaie de prouver que ses successeurs ont payé certains meubles trop cher et le tour étuit joué. Le bun publicet les élec-
1o D’avoir été la cause volontaire et directe des sommes énormes qui ont été sa-
critiées pour ces enquêtes intempestives.
20 D'avoir porté atteinte à la dignité du banc, en portant contre un juge retiré de la politique des accusations qui n'étaient pas fondées ;
30 D'avoir donné à la province le triste spectacle d'un chef de parti oubliant sa dignité personnelie pour faire de la petite et mesquine politique.
Pour un homme de cœur. une position semblable n’est pas gaie, mais il était réservé à M. Mercier un châtiment bien plus terrible encore, et ce châtiment il est résulté de l'enquête sur son fameux marché des $5,000. Nons allons l’examiner cette transaction, à la lumière des téinoignages rendus.
Notre devoir de journaliste nous impose cette obligation et quelque pénible qu'elle soit, nous ne reculons pas devant la tâche.
H est toujours pénible d’avoir à flétrir des hommes de talent et no:
hommes politiques, ceux qui dévouent un peu de leur temps à la chose publique méritent des égards, mais il est des circonstances où il n’est pas permis de se taire et M. Mercier, qui a pris devant la chambre et devant le pays l'étrange position que nous avons décrite, nous met aujourd'hui dans la nécessité de lui dire et de dire à la province qui a les yeux sur lui ce que nous | pensons de ses $5,000,
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M.Mercier accusé par son propre parti, de vendre les élections.--L: chef du parti libéral vendant une élection et la rachetant par une contestation.
La réputation et l’honneur de nos hommes publics sont notre prcpriété. Ils font partie du patrimoine national.
Le chef d’un grand parti n'a pas droit d'oublier cela.
Non seulement il ne lui est pas permis de participer à des transactions absolument malhonnêtes, mais il deit empêcher que son nom.ne soit mêlé à ces mille et une transactions plus ou moins louches qui sont le fait des brasseurs d'affaires, mais qui ne conviennent pas à un chef de parti. Ces prémisses posées, examinons quelle est cette transaction de $5,000 et la part que M. Mercier y a prise.
Lors de la première élection de M.
Mousseau à son avènement comme premier ministre à Québec, M. Mercier, son adversaire naturel, resta sous sa tente. Il conseilla même, dit-on, à plusieurs de ses amis et des plus importants de supporter M. Mousseau.
Le premier ministre tut élu ;aussi quelle ne fut pas la surprise générale en apprenant tout à coup que son élection était contestée. Et par qui? Par ce même M. Mercier qui avait favorisé son élection.
C'était à n'y rien comprendre. L'étonnement du public fut si grand que la Patrie elle-même, l’organe des libéraux à Montréal, fit à ce sujet une charge à é£ond de train contre M. Mercier.
Lui reprochant son abstention pendant l'élection, elle lui lançait cette apostrophe Sanglante, dans un premier-Montréal : — ‘M. Mercier, disait-elle, vend une élection et chercche ensuite à la reprendre par une contestation. Je pose un et je retiens deux.—(La Patrie du 30 janvier 1883.) |]; Etait-ce vrai ? M. Mercier avait-il vendu une élection ? La Patrie l’affirme avec tant d'assurance, et ces gens-là se connaissent si bien entre eux, qu’il n’est guère permis d’en douter.
C'était, on l’avouera, un assez mauvais début ! Vendre les élections n'est pas précisément le fait d'un chef de parti et, après si verte réprimande de la part des siens, il y avait lieu de croire que M.
Mercier en resterait là. Nous allons voir que la contestation, entre les mains de M. Mercier, a subi le sort qu'avait eu l’élection.
D'abord pourquoi cette contestation ?
M. Mercier était favorable x M. Mousseau et cependant le voilà lui-même en quête d'un pétitionnaire. Il en trouve un, il lui paie toutes ses dépenses de voyage, c'est-h dire qu’il le paie pour signer la contestation. Le pétitionnaire, qui n'en pouvait croire ses oreilles, était devenu plaideur sans s'en apercevoir. Ajoutons à sa louange cependant que c’est là tout ce que ce pauvre Bélanger en a jamais su.
M.Mercier se chargea du reste, il fit luimême le dépôt de $1,000, il arrangea tout à sa guise En un mot, il fit de cette contestation sa chose, son affaire personnelle.
Beau rôle, vraiment pour un chef de parti !
Et pour que l’on ne nous accuse pas de dénaturer les faits, nous citons du compterendu officiel du témoignage de M. Mercie lui-même :
Q. Vous avez eu connaissance quand l'honorable M. Mousseau est devenu premier ministre de la province de Québec ?
R. Oui, en mille huit cent quatre-vingtdeux, dans le mois de juillet ou dans ie mois d'août.
Q. Dans le temps, vous étiez représentant ou LL oi pour le comté de Saint-Hyacin-
R, Oui.
G Avez-vous travaillé pour ou contre M.
Mousseau dans sa première élection, lors de son avènement comme premier ministre de la province de Québec ?
R. Je n'ai travaillé ni pour ni contre.
Q Cette premie re élection de M. Mousae 43 contestée ?
É Quel fut le pétitionnaire ?
M. Antoine Bélanger, navigateur, de roisse de Lachine.
. Savez-vous qui lui a demandé de se porter pétitionnaire ! ?
Bélanger m'a été amené par un M. Gariépy, une électeur de Lachine.
Q. Savez-vous qui avait décidé de contester l'élection wi M. Mousseau ?
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Q. Etiez-vous du nombre de ceux qui ont pris cette détermination ?
R. J'en étais.
Dans l'acte d'accusation contre M. Mercier, M. le Dr Martel avait dit ‘‘ que son
Q. N'étiez-vous pas le principal instiga- | élection (celle de M. Mousseau) était con-
ur
KR. J'étais un des principaux.
Q. Qui est-ce qui avait décidé de faire venir M. Bélanger comme pétitionnaire !
R. Je ne pourrais pas dire qui a décidé de faire venir M. Bélanger ; seulement, quand il a été décidé de contester l'élection, on s’est adressé à duetes personnes capables de trouver un électeur qui serait disposé à faire la contestation, —comme la chose se fait d’ailleurs dans toutes ces matières— et on m'a amené M. Bélanger que je ne connaissais du tout,
Q. Quelqu'un lui a:t-il donné de l'argent pour cela ?
R. M. Bélanger a fait trois ou quatre voyages de Lachine à Montréal, et M. Gariépy qui demeure à Montréal. a fait aussi ge ues voyages à Lachine pour aller voir
[. Bélanger et l’amener ; une somme de vingt piastres (820.00) a été donnée pour payer ces différents voyages.
Q. Par qui ?
R. Par moi... Je dis une vingtaine de pres je ne puis pas préciser exactement
a somme que ces voyages ont coûtée ; mais chaque fois qu’il y avait des dépenses de charretiers ou autres dépenses de ce genre, on me disait combien c'était et je donnais ce qu’on me demandait ; comme je l'ai dit, je ne puis préciser, mais ma conviction est que ces voyages se sont montés à une vingtaine de piastres que j'ai payées.
Q. Cette somme a été fournie par vous, de votre argent ?
R. Oui
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Q. Il y aeu un dépôt de fait ?
R. Oui. #
Q. De mille piastres1?
Q. Ce dépôt été fait ?
. Ce a été fait par vous
R. Oui
Q. De votre argent ?
R. De mon argent, c'est-à-dire, de mon
argent et..
. Enfin c'est vous qui en étiez responsa-
ble ?
R. Oui,
M. Mercier est donc ici— le véritable— le seul pétitionnaire—il fait un procès pour son compte personnel—il est même
obligé de payer pour se procurer un client, chose indispensable quand on veut faire un procès,
Or on verra plus tard M. Mercier affr-
testée devant les tribunaux, par des procédures dans lesquelles sa déqualification était demandée, procédures institues à l'instigation de l'honorable Honoré Mercier, représentant dans cette chambre le district électoral de Saint-Hyacinthe, ”
(Déclaration de M. Martel en chambre le 6 juin 1884.)
Le député de Chambly a-t-il prouvé cette partie gle son accusation, à savoir que M. Mercier qui est avocat et conseil de la reine s’est fait lui-mèëme l’insti:ateur et le créateur d’un procés ?
J'ai, dit-u, été un des principaux instigateurs de la contestation:! Les vingt pias-
Ltres payées à Bélanger,le pétitionnaire, l'ont | été de mon argent. Le dépôt de milie piastres a été fait par moi, de mes deniers.
Et si c'était M. Benjamin Trudel qui parlerait, la Patrie pourrait l’insulter,imnais c'est l'accusé lui-même quiavoue. Peuton mettre en doute la véracité de son admission ?
Bélanger, le pétitionnaire lui-même, examiné sous serment, corruobore entire ment du reste la déposition de M. Mercier sur ce point et déclare n'avoir jamais entendu parler de la contestation après l’avoir signée,
‘ C'est moi, dit-il, qui aiété le contestant de la première élection de M. Mous- |seau. C’est M. Gariépy, de Lachine, qui m'a demandé de me porter pétitionnaire.
\Il m'a amené au bureau de M. Mercier, à Montréal, où on m'a demandé de signer les papiers. Ce n’est pas moi qui aieu l'idée decette contestation. M. Mercier m'a de- .mandé de contester l'élection de M. Hous- | seau en m'ussurant qu'il se chargerait des | frais et du dépôt.
| Après que j'eûs signéles papiers, M.
Geoffrion a payéla traite et on m'a donné la
somme $10.00 pour mes dépenses. } Je n'auruis pas signé sans avoir étépayé
mer en chambre sur sa parole de député | de mes dépenses.
lu peuple qu'il a avisé son client de faire
ælle et telle chose.
Je n'ai pas partagé dans les $5,000. Je n'ai pas été consulté sur l'abandon de la contestation. Je n'ai pas promis à M. Mer-
Et il parlait là comme chef de parti. Et | Cier de lui payer une retenue.
Dans la contestation je prétais monnom
ur son client qui était un mythe, il faisait | et M. Mercier se chargeait de toutes les
tomber toute la responsabilité qui l’accablait lui-même.
dépenses. ; C'est M. Mercier lui-même quim'a payé da somme de S$10.00,
Xer- > le
re le
>uvéê que le la etle
nstipiasl'ont pias-
qui inais Peutn ad-
ème, ièrercier s en-
ntes- Tousqui aire.
ier, à r les idée deoust des
né la
payé , Je de la Mer-
nom s Les
payé