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res, comme cela se pratique généralement mais il fait monter Mr Trudel de Québec.
Nul autre que M, Trudel ne pouvait lui arranger cola.
Et qu'est-ce qu'il dit, son cher Trudel à Lui de coeur, lorsqu'il est obligé de raconter devant la commission toute cette affaire des $5,000.
Lisez et instruisez-vous, jeunesse libérale, apprenez à suivre les nobles exem ples d’un grand chef :
Benjamin Trudel, chef de la police riveraine à Québec, 43 ans, étant dûment assermenté, dépose et dit :
Q.—Vous avez été en communication avec l'honorable M. Mercier, au sujet du règlement de la contestation de la première élection de l'honorable J. A. Mousseau, alors premier ministre de la province de Québec, et maintenant juge de la Cour Superieure pour le district judiciaire de Rimouski ?
R.—Oui.
Q.—Veuillez nous dire tout ce qui s’est
assé, tout ce que vous savez relativement a cette affaire.
Ici le témoin raconte certains pourparlers à propos de projets de coalition et il ajoute :
J'ai reçu de M. Mercier une lettre.
Q.—Cette lettre vous disait de monter à Montréal,
R.—Oui, de venir ici.
Q.—Elle était de M. Mercier ?
R.—Oui ; je suis parti le trois au soir et je suis arrivé à Montréal le quatre au matin.
J’ai vu M. Mercier ; je ne me rappelle pas trop quelle heure il était. Nous avons eu une longue conversation. Nous ne sommes restés ni à sa maison ni à son bureau, nous sommes sortis ; nous avons marche sur la rue Craig, que nous avons faite dans toute sa longueur. M. Mercier me dit : ‘* Nous “avons décidé d'abandonner la contesta- “ tion ; c’est l'ami David qui a entrepris la “ chose : mais les choses ne sont peut-être “pas aussi bien conduites qu'elles pour- ‘“ raient l’être, et c’est pour ces raisons là ‘que je vous ai fait monter.”
“ Je lui répondis : ** N’y avait pas moyen “ de pousser la chose plus loin ?”
M. Mercier me dit : ‘* Voussavez,Trudel, ‘ que c’est moi qui ai tout fait; je ne crois
M. David ne paraissait pas enclin à dire grand’chose. Il a paru surpris de mon intervention; mais vu que j'insistais tant pour que la chose fût continuée, M. David me dit :
‘* Ecoutez, Trudel, M. Mercier est dans ‘une position à ne pas pouvoir continuer ; ‘‘ ses ressources ne lui permettent pas : et ‘a part de cela, il y a une foule de raisons ‘ qui l'empêchent d'aller plus loir.”
Je lui demandai : ‘ Quelles sont ces raisons?”
Il commença encore à me donner des explications et il s'arrêtait tout à coup en disant ; ‘J'ai peut-être trop parlé ; ” il revenait alors sur ses pas et ne disait plus rien. Cependant par les instances qu'il faisait eu me disant que M. Mercier ne pouvait pas continuer, j'en ai conclu de là que M. Mercier était embarrassé pécuniairement, qu'il avait des raisons privées qui l’empêchaient de marcher.
‘M. David me dit alors ; ‘ Vous arrivez comme un sauveur; il me dit: ‘Je vous ‘‘ assure que j'étais pas mal embête, avec ‘ cette aflaire. Je comimencçais à croire que ‘j'avais été trop loin ; un homme de ma ‘position, disait-il, c’est bien difficile.
Vous, je ne vois pus d’objection à ce que ‘vous vous en occupiez ; je vois que vous ‘“ êtes au courant de l'affaire.”
Je quittai M. David sur ces entrefaites ; il me laissa sous l’impression que je ne pouvais pas refuser ce que M. Mercier me demandait.
Je retournai voir M. Mercier apres son déjeuner. Il me dit :
‘* Est-ce correct.” Je lui répondis : “C'est correct, je vais faire l'affaire.” Je lui demandai : ‘* Qu'y at-il à faire ?” Ilme dit:
‘“ Vous allez voir Dansereau.” Je cite ses paroles textuelles, ‘ Vous allez voir Dan- ‘* sereau, vous allez lui dire que je suis prêt ‘a régler l'affaire pour les cinq mille pias- ‘tres ($5,000), mais à condition que les ‘: frais soient payés.” Je lui dis : “Et s’il ne “veut pas? S'il a un marché de fait avec ‘ David, quelle sera ma position ?”
Q.—Disait-il les frais en sus des cinq mille piastres, ($5,000) ?
R.—Oui, M. Mercier me dit : ‘Vous com- ‘“ prenez, l'affaire avait été inexactement engagée à trois mille piastres: je croyais qu'ils payaient les frais à part.” Je dis à M. Mercier : ‘* Que ferais-je s'ils refusent ‘‘ de payer cinq mille piastres et les frais ?”? M. Mercier me dit ; ‘ Si ça ne fait pas, ac- ‘* ceptez les cinq mille piastres,”
Q.— Vous disait-il à combien il estimait alors les frais ?
R.—A quinze ou dix-huit cents piastres ; mais j'avais mission de demander le tout, d'accepter moitié des frais et finalement
‘ pas que je puisse sacrifier plus que cela.” | de régler à cinq mille piastres ; c’est à-dire 11 me donna encore quelques autres raisons | pas moi, l'affaire était faite avaut que j'y
personnelles.
Je lui dis alors, ‘ Puisqu’il en est ainsi !..
Le témoin se rend alors chez M. L. O, David, qui avait commencé les pourparlers :
aie mis la main; le marché était fait et j'avais à obtenir le montant qui avait été fixé.
Je fus trouver M. Dansereau à son bureau. Il me dit, lors que je lui fis la proposition de M. Mercier, lorsque je lui communiquai les conditions que je venais de
faire, M. Dansereau me dit : ‘ Trudel, il ‘n'est pas possible de parler d'autre chose ‘que des cinq mille piastres, chiffre qui a ‘°eté arrêté hier. D'abord c'était trois mille ‘“ piastres, ensuite ça été cinq mille, et à ‘ présent on demande les frais en sus de la ‘somme de cinq mille piastres.” I] medit :
“Il faut abandonner la chose si ça ne peut ‘pas faire pour cinq mille piastres.”
Sachant que M. David avait été autorisé à direce qu'il avait dit, que M. Mercier m'avait dit d'accepter cinq mille piastres qu'il était difficile de pousser la chose plus loin, je n'ai pas insisté et je lui dis que comme condition, il fallait que l'argent fut payé avant que la contestation fñt retirée.
M. Dansereau me dit { ‘M. Sénccal est de l'autre côté, va donc le voir.” Je suis entré dans l’autre pièce, où j'ai trouvé M.
Sénécal : je lui dis quelle était maanission, que M. Mercier désirait que l'argent fut déposé entre mes mains avant de retirer la contestation.
Ceci parut l’offenser.
I me dit : ‘Je suis prêt à déposer l’ar.
gent mais pas avant le réglement.” Je Jui dis : ** C’est une condition de M. Mercier.” Ilentra alors dans une fureur extraordipaire. Je jui dis : ‘ Ne vous fâchez pas !
Si vous ne voulez pas, je vais m'en retour:
per ; je n'ai rien à gagner là-dedans.” Là il a commencé à se servir des paroles les plus offeusantes à l'adresse de M. Mercier.
Q. Qu'a-t-il dit ?
K. Il a dit : Quand j'achète un cochon, j'exige qu’on me le pèse et qu’on me le livre avant de le payer.
Après s'être servi de ces expressions, M.
Sénécal me dit: ‘ C’est pas pour vous ‘* blesser ; je n’ai rien contre vous ;je pour- ‘““rais déposer l'argent, mais dans ce cas-ci, ‘je ne le ferai pas. Je ne veux pas le “faire.”
Il me dit : ‘* Ne prendriez-vous pas,vous.
ma parole pour cinq mille piastres ?” Je lui répondis : ‘Ce n’est pas une question pour moi, c'est une question pour M. Mercier, par qui je suis envoyé.”
Il dit : ‘Dans ce cas, l'affaire va ‘‘échouer. En sortant je revis M. Dausereau, qui me dit : ‘* Nous n'avons pas largent sous le pouce, mais l'argent sera correct demain.”
Sous ces circonstances, je retournai aupres de M, Mergier à qui je communiquai ce que j'avais fait. Ilme dit : * C’est très ‘‘ bien, je vais accepter : je vais leur faire ‘faire leur déclaration et je me réserverai de l’accepter demain.”
M. Mercier fit faire les déclarations en cour et nous nons sommes revus dans l’après-midi ; il était toujours entendu que je devais retourner le lendemain pour les cinq mille piastres (6,000). Le lendeniain matin je vis M. Mercier à son bureau, où nous causâmes jusqu'à dix heures environ: je partis de là quelques minutes avant dix heures pour aller chercher l'argent. M,