CONCLUSION
Le devoir de tout vrai patriote.--Il faut sauver la dignité nationale en repoussant M. Mercier.
A M. Mercier et au parti libéral en cette province, nous dédions ces lignes, fruit de notre humble travail.
Chargé en notre qualité de journaliste de suivre nos hommes politiques dans leur carrière, d'examiner et de critiquer leurs actes, de leur dire de tristes vérités quand notre devoir nous y force, nous avons suivi M. Mercier pas à pas dans cette périoûe malheureuse de sa carrière politique et, en terminant, nous sommes obligés de lui dire avec l'immense majorité de ceux qui se laissent guider par la raison droite plutôt que par la partisannerie politique, qu'il a déplorablement failli à la noble mission qui lui était confiée et qu'il a perdu tous ses droits de rester à la tête d'un grand parti politique.
Un chef de parti ne s’appartient pas à lui-même, il n'appartient même pas exclusivement au parti qu’il commande: il appartient au pays. Il n'a pas droit de souiller sa réputation, il doit la conserver intacte pour ceux qu'il aspire à gouverner.
M. Mercier n'ayant pas compris cela, il n’est pas digne de la position qu'il occupe comme chef du parti libéral dans la législature locale. Ila laissé dans cette contestation un lambeau de son honneur politique et il n'a pas l’excuse de ceux dont les pieds saignent aux ronces du chemin, puisqu'il s’est jeté volontairement et de propos délibéré dans le précipice d'où il sort éclaboussé, boueux, meurtri.
A l'instant solennel où l’accueation était portée contre lui en chambre, il s’est levé de son siège et il a dit: ‘* Si malgré ces
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explications, cette Chambre croit que ma conduite est blämable, elle peut me censurer : et gardien de ma propre dignité, je saurai agir en conséquence.”
La Chambre, gardienne elle-même de sa propre dignité, ne pourra faire autrement selon nous, que de censurer ouver:
tement la conduite du chef de l'opposition.
Il ne restera plus alors à M. Mercier d'autre alternative que celle de rentrer dans la vie privée et de se préparer par plusieurs années d’une vie irréprochable comme citoyen, à remplir des positions où ses talents pourraient l'appeler plus tard.
S'il n’est pas permis à de pauvres mal heureux qui travaillent péniblement chaque jour pour gagner et rapporter au foyer de leurs familles le pain qu'ils ont arrosé de leurs sueurs, s'il n'est pas permis, disons-nous, à ces hommes de vendre leurs votes et leurs convictions pour quelques piastres et si la loi le leur défend si sévèrement, il ne doit pas être permis non plus à un homme public, à un chef de parti, de transiger moyennant finances et moyennant des sommes considérables, les intérêts politiques qu'ils sont chargés de défendre et de sauvegarder.
Qu'avons-nous x attendre du peuple si nous lui donnons chaque jour de pareils spectacles de démoralisation et si nous lui donnons l’exemple du respect des lois en les violant nous-mêmes en haut lieu et sur une grande échelle ?
M. Mercier et ses amis politiques du
Bas-Canada, suivant en cela le triste
exemple des grits d'Ontario, ont souvent reproché à la population Bas-Canadienne d'être vénale, ignorante et mercenaire.
C’est depuis longtemps l’excuse que nos rouges Bas-Canadiens ont à offrir à leurs frères grits d'Ontario pour expliquer la prédominance constante de l’idée conservatrice au milieu de nous.
Et cependant notre peuple est honnête et bon, il possède à un haut degré le sens de sa droiture et des convictions politi-
ques et il n'a pas à son crédit dans l’histoire de ses luttes et de ses libertés parlementaires une seule page qui pourrait être flétrie du seul nom qui appartienne maintenant dans l’histoire à la fameuse transaction des cinq milles piastres.
Oui, M. Mercier, méprisez-nous, vilipendez-nous, allez dans Ontario, donnez-y l’accolade fraternelle à ceux qui rêvent notre anéantissement comme race et comme peuple, mais dans vos tristes périgrinations, dans ces ovations de commande que votre parti sent le besoin d’organiser pour vous blanchir à ses propres yeux, vous verrez sans cesse devant votre propre image, peinte sur le vif et
| d'après nature par votre cher Trudel, cet ami de cœur à qui vous donnez le coup de
pied de l'âne en ce moment.
Oui, ce chiffre fatidique des CINQ MILLE DOLLARS vous poursuivra partout comme un mauvais rêve.
L'argent, les trente derniers, vous ont brûlé les doigts déjà, et vous avez voulu les rendre, pensant avoir trouvé là, le moyen que n'avait pu imaginer Lady Macbeth pour effacer la tache de sang restée fameuse, Peine perdue ! quand
| même vous auriez rendu l'argent, la souil-
lure serait restée, car elle avait fait souche, s'étant trouvée en une terre fertile
| où l'olivier de Rabagny s'élève fortifié et
vous tend ses branches.
Nous avons déclaré vous dédier ces lignes à vous et à votre parti.
C'était justice, car si vous méritez d'être leur chef c’est sans doute qu'ils sont dignes de vous suivre.
Un penseur a dit queles peuples avaient les chefs qu'ils méritaient ; c’est avec un sentiment bien légitime d’orgueil national que nous constatons en conséquence que notre province n’a pas mérité et ne mérite pas encore de vous avoir pour son premier ministre.
En revanche le parti libéral vous a, lui, pour le faire parvenir à ses destinées.