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IL FAIT UN POUVOIR FORT

Sortons des phrases. Comment entendezvous le pouvoir fort? Entendez-vous qu'il devra tirer sa force des hommes ou des institutions?

Si vous entendez qu'il devra tirer sa force des hommes, nommez ceux qui vous inspirent cette confiance !

Si vous entendez qu'il devra tirer sa force des institutions, dites-nous lesquelles !

Nous n'avons pas craint d'exposer nos idées de réformes et de les livrer à la discussion ; que tout homme d'Etat et que chaque journal en fassent autant!

Nous persistons plus que jamais h affirmer qu'on poursuit l'accomplissement d'une œuvre impossible, en s'obstinant aveuglément à vouloir tourner une meule qui broie ce qu'elle

devrait épargner, et épargne ce qu'elle devrait broyer. Deux révolutions opérées à dix huit ans de distance, dix-huit ministères tombés sous la monarchie de 1830, quatre modes de gouvernemens essayés depuis le 24 février, tous quatre aussi impuissans avec la dictature que sans la dictature, ne sont-ce pas là au moins des commencemens de preuves à l'appui de nos affirmations?

L'imperfection du mécanisme est évidente ; elle est attestée par le nombre des victimes qu'elle a laites.

Ce mécanisme, nous proposons de le changer.

—Mais ceque vous proposez a déjà été expérimenté et n'a pas réussi ; c'est le même mode de constitution du pouvoir quo celui qui a fonctionné, du 6 mai au 24 juin 1848, sous le nom de Commission exécutive, avec Funiquo différence existant entre le nombre cinq et le nombre trois /—Oui, il n'y a pas d'autre différence que celle qui existe entré les javelles ( t la gerbe, entre le faisceau qui a un lien et le faisceau qui n'en a pas, entre les branches avant qu'elles soient détachées de l'arbre et

les mêmes branches après que la coignée les a abattues, entre les doigts que la paume de la main x met en mouvement et los doigts qui n'y adhèrent plus, entre un corps et ses tronçons, entre le classement et la confusion, entre ce qui est morcelé et ce qui est divisé, entre ce qui est uni et ce qui ost épars, entre ce qui est organisé et ce qui ne l'est pas!

Par quels liens les départemens ministériels se rattachaient-ils à la Commission du pouvoir exécutif? Où commençait, où finissait la responsabilité des membres de cette commission ? Où finissait, où commençait la responsabilité des ministres? C'est ce que nul n'aurait pu dire.

Nos changemens, dit-on, ne sont pas bons; soit. Qu'on en présente de meilleurs ; nous les approuverons. Ce qui nous importe uniquement, c'est le iésultat.

Ce que nous voulons, ce sont les moyens, quels qu'ils soient, d'une bonne administration, car, sans une bonne administration, on n'aura jamais un pouvoir fort.

Construisez donc sur un sol mouvant un édifice solide î

CONttlISIOÎV.

De deux choses Furie:

Ou tous les ministres qui se sont succédé aux affaires depuis 1830 ont été incapables, puisqu'ils ont été impuissans à fonder un gouvernement durable ;

Ou le mécanisme ministériel était si imparfait qu'il les a tour à tour épuisés tous en efforts inutiles.

Il faut choisir entre ces deux interprétations :

Si c'est la faute des hommes, reprendre les mômes qui ont échoué, c'est au moins manquer de prudence.

Si c'est la faute des choses, ne pas les réformer, c'est manquer de discernement.

Les vieilles combinaisons ministérielles sont à bout ; nous défions qu'on en puisse couler dans l'ancien moule une seule qui ait assez de force et de durée pour arracher la France à la banqueroute et à la guerre civile. On va-

riera, comme on le voudra, les noms, on n'y réussira pas! Il faudra absolument que le gouvernement nouveau en vienne h la réduction du nombre des ministres et à l'augmentation du nombre des directeurs généraux, comme les journaux créés depuis 1836 ont tous été obligés de se fonder sur les bases que l'ancienne presse avait, à l'unanimité, déclarées inadmissibles. Les délais qu'accorde la nécessité ne servent jamais qu'à la rendre plus impérieuse.

Qu'on prenne des hommes ou des enfans, et qu'on les invite à transporter sur leurs épaules l'obélisque de Louqsor, leur impuissance sera la même ; elle ne sera ni plus ni moins grande; qu'on prenne d'anciens ministres ou qu'on prenne des hommes nouveaux, et qu'on forme un cabinet, soit avec ceux-ci, soit avec ceux-là, aussi infructueux seront les efforts des uns que les efforts des autres.

Nous savons qu'on ne manquera pas de dire que nous poussons jusqu'à l'absolutisme i'infatuation d'une idée dont nous nous exagérons la justesse et l'importance. On se trompera en disant cela, il ne dépend pas de nous d'être absolus ou de ne l'être pas. Ou l'idée

que nous avons puisée dans une étude approfondie des rouages de la centralisation aux prises avec deux résistances qui s'appellent Majorité et Publicité, est fausse ou elle est juste Si elle est fausse, il faut l'écarter; si elle est juste, il ne faut pas la iausser dans l'espoir de la rendre plus facilement admissible.

Mais nous voulons raisonner dans l'hypo- Ihèse où cette idée serait fausse. Soit; elle est fausse. Eh bien ! qu'espérez-vous faire de mieux que ce qui a été fait? De 1830 à 1848, toutes les illustrations de la tribune et de Fépée avaient été à peu près passées en revue : où nous ont-elles conduit?— A une révolution politique. Depuis le 24 février, toutes les prétentions plus ou moins inconnues qui avaient pu se croire méconnuos ont été mises en réquisition ; nous les avons vues à l'œuvre ; où nous ont-elles précipité? — Au bord d'une révolution sociale, au fond de la misère, à deux pas de la banqueroute.

Est-ce donc là ce que vous voulez recommencer, soit que vous vous arrêtiez h la limite du 24 février, soit que vous veuillez remontor au-delà ?

Ou l'on changera les choses, ou l'on s'ex-

posera encore une fois à une révolu lion nouvelle ; on ne l'évitera pas si Ton se borne à changer les hommes.

Notre système de réforme administrative consiste à donner an pouvoir la forme d'une pyramide, aiguë au sommet et large à la base; en d'autres termes, supprimer un rouage au moins inutile, la Présidence de la République, présidence temporairement inamovible, à réduire le chiffre des ministres de neuf à trois, et à augmenter considérablement, au contraire, le nombre des directeurs généraux; afin d'en former une pépinière abondante où l'on n'ait, pour trouver désormais de bons ministres, que l'embarras du choix parmi des aptitudes toutes constatées, toutes ayant passé à la double épreuve de la tribune qui discute, et de l'administration qui applique.

Accroître la production des directeurs généraux, et ménager la consommation des ministres, tel est le double ressort de notre mécanisme administratif, qu'un jour ou l'autre

la force dos choses et la faiblesse des hommes contraindront d'adopter. Nous sommes patiens autant que persévérans, et si nous sa-

vons passablement lutter, nous savons encore mieux attendre.

Dans ce système, s'il était adopté, les intrigues, les cabales, les ambitions dénoncées seraient peu à redouter; mais si Ton voulait les faire disparaître, rien ne serait plus facile. Il n'y aurait qu'à décréter que leurs fonctions de ministres seront désormais gratuites, sauf quand les ministres sortiraient des affaires à voter une dotation à titre de récompense nationale à ceux qui auraient été jugés par les représentai du pays l'avoir bien méritée.

Alors les ministres ne seraient plus salariés, ils seraient récompensés.

Ou nous nous trompons fort, ou il y a dans le rapprochement de ces deux mots salarié* et récompensés le germe d'une grande pensée démocratique, un principe de stabilité tout nouveau.

Moins on rendra désirable la possession du pouvoir, et plus on l'élevera au-dessus de la région des ambitions, des cupidités et des vanités subalternes. ,

Si grande que l'on mesure la responsabilité ministérielle, elle ne sera jamais assez grande

que si elle parvient à décourager la présomption et l'intrigue.

Au sein d'une société démocratique sans frein, l'exercice du pouvoir est placé entre ces deux alternatives, ou d'exiger des dévoûmens sans bornes, ou de provoquer des révolutions sans fin.

Si Ton veut mettre un terme aux révolutions, on voit donc ce qu'il y a faire :

Ecarter du pouvoir ce qui le rend facile et attrayant ;

Multiplier autour de lui ce qui le rend pénible et périlleux.

C'est l'idée que nous avons déposée dans la

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