SCENE VI
ÉLOMIRE, LOUISE, JouEuns et joueuses, occupésdans le fond.
LOUISE
Ah ! le monstre !
ÉLOMIRE
Pourquoi lui avoir cédé ?
LOUISE
Il m’aurait tuée.
ÉLOMIRE
Tu as maintenant un motif pour ne plus le voir... Es- tu donc obligée de partager sa misère ?
LOUISE
Que devenir. .. que faire?
ÉLOMIRE
Un jeune Américain propose de t’épouser, il le suit partout , il t’envoie tous les matins des bouquets... Tu le trouves dans
toutes les soirées... Pourquoi ne pas aller à la réunion de cette nuit où il te priait si tendrement de te rendre pour qu’il pût te décider avant son départ pour l’Italie... Il quitte Paris dans quelques jours...
LOUISE
Oh I non... Jules...
ÉLOMIBE.
Tu l’aimes donc toujours?
LOUISE
Je ne l’ai jamais aimé, il m’a éblouie... Vous m’avez entraînée... j’ai dû succomber.., Et l’habitude a remplacé chez moi un sentiment qu’il n’a jamais pu m’inspirer.
ÉLOMIBE.
En ce cas, pourquoi hésiter... que crains-tu donc?
LOUISE
Sa jalousie, sa vengeance... Là, tout à l’heure, il me lançait des regards affreux!... il me défendait de le fuir... C’est un caractère emporté , capable de tout.
ÉLOMIBB
Un mari brave saurait bien te mettre à l’abri de sa colère. D’ailleurs, ne peux-tu pas pour quelque temps quitter la France? L’homme qui veut t’épouser t’a offert de visiter l’Italie aussitôt que tu seras sa femme.
LOUISE
Il est vrai.
ÉLOMIBE.
Eh bien! pars sur-le-champ; il ne s’agit que d’avancer le voyage; mettez-vous eu route demain, et tu te moqueras des fureurs de Dormilly... Qu’as - tu à attendre de lui maintenant?... Sa position ne peut qu’empirer. Ta soumission ne te mettrait que pour un moment à l’abri de ses violences... Le chagrin et le désespoir peuvent le porter aux derniers excès... lors même qu’il n’aurait aucun reproche à te faire.
LOUISE
Oh oui !... j’ai peur de lui; maintenant, je ne sais si ce sont ses menaces qui ont porté le trouble dans mon cœur, ou d’affreux pressentimens... Mais les dernières paroles de cette bonne Doucet reviennent à ma mémoire; je les entends bourdonner à mon oreille : «Tu mourras malheureuse!... « Oh! oui...
ÉLOMIBE.
Silence!... le voici.