SCENE XII
FRANÇOIS, MADAME DOliCET.
FRANÇOIS
Vous voyez bien que vous auriez dû m’écouter,' vous rie sérié* pas si lasse. • -
MADAME DOUCET. J
Je n’suis pas lasse, mon François; c’est mon rhumatisse... Je voulais le s’coucr ; mais c’est que j’ai un durillon sous l’petit doigt...
FRANÇOIS
Eh bien ! oui, ça vous fait souffrir, et vous boite*... Dans un Sacre, vous sérié* revenue tranquillement.
MADAME DOUCET
Un Sacre pour aller et un pour revenir, non, non... Pas d’ça, mon garçon ; j’veux pas te ruiner.
FRANÇOIS
Oh ! nous n’en sommes pas là.
MADAME DOCCET.
Dame! écoute donc! un spectacle, d’abord; c’est cher... les premières galeries à Fejdeau... et puis souper... vrai souper de Dieu 1 Ah ! c’que j’aime Sèrement, c’est la gelée de rhum ; je m’en lèche encore les barbes. Mais tout ça coûte les yeux la tête...
FRANÇOIS. , t .
Ce n’est pas votre fête tous les jours.
MADAME DOUCET. '
Drave garçon, oui, tu me la souhaites, toi, toi seul... car personne autre n’y songerait plus à c’t’heure.
FRANÇOIS
Eh! mon Dieu, je ne voulais pas vous rappeler des souvenirs... ^
MADAME DOUCBÏT,
Quand la malheureuse a abandonné «elle qui lui servait de mère, t’en as eu pitié, toi; t’es venu mêler tes chagrins aux miens, tu m’as dit ; Eh bien ! nous vivrons ensemble ; si je, ne peux pas être votre gendre, je serai vot’ fils. Oui, tu es mon fils, mon bon fils, mon unique enfant; car j’en ni plusd’nutrcs, vois-tu ?
Les Six Degrés. . 0
FRANÇOIS
Allons, ma mère, ne finissons pas une journée de plaisir...
MADAME DOCCET.
J’te demande pardon, mon François ; il y a des momens comme cela, où quand le cœur est trop plein, faut qu’ça déborde; mais c’est fini, va. Je ne veux pas que mes idées noires me fassent oublier le bonheur, la reconnaissance que j’te dois.
FRANÇOIS
N’parlez donc pas comme ça, ma mère, est-ce que vous n’avez pas contribué à ma petite prospérité?
MADAME DOCCET.
Moi? C’est ta bonne conduite, ton travail assidu.
FRANÇOIS
Eh bien! oui, avec vos soins et l’économie que vous avez mise dans mon petit ménage de garçon ; et nous nous sommes aidés, consolés, aimés mutuellement, et ce sera comme cela jusqu'à la fin. [très haut, en marchant.) Allons, rentrons. madame doccet, de même.
Surtout n’va pas encore passer la nuit sur tes écritures. lacaille, dans un coin.
Il ne nous manquerait que cela.
FRANÇOIS
Non, non, mes livres sont au pair, et je vais me jeter au lit tout de suite.
MADAME DOCCET.
Et moi aussi, car je sens à mes yeux que je n’me couche pas si tard d’ordinaire ; tu as le passe-partout ?
François , se fouillant.
Le voilà. [Il marche devant et met la clef dans la serrure. ) madame doccet, le regardant aller.
Mon Dieu ! mon Dieu ! faut-il que c’te créature n’ait pas eu le bon sens de choyer, d’idolâtrer un si bon cœur, avec quoi qu’elle aurait été comme le poisson dans l’eau 1 »
François , revenant d madame Doucet.
Eh bien ! ma mère , qu’est-ce que vous faites donc là ?
( Lacaille a profilé de l’absence de François pour retirer la clef de la porte; il en jette une autre à terre.)
tr
MADAME DOCCET.
Me voilà, mev’là , mon garçon. [Elle entre avec /ui.)Ehbien! entre donc.
François , tâtant à la porte.
Ma clé que je ne retrouve pas...
MADAME DOCCBT.
Je l’ai entendu tomber.
La voilà.
Jt
FRANÇOIS