‹ Les 6 degres du crime melodrame en trois actesChapitre 39 sur 50 · SCENE XIII · texte numérisé non relu

SCENE XIII

FERDINAND, ROBERT, LACAILLË , puis après JULES et CHARLES.

LACA1LLE

A moi le passe-partout.

ROBBRT.

Bravo, Lacaille!

LACAILLË.

A la besogne ! ( On entend parler vers le fond. ) Quelqu’un encore 1 C’est donc le diable, cette nuit?

jui.es, entrant en scène.

Je donnerais un million pour me venger...

chables , qui le suit.

El tu n’as pas un sou ?

JULES

L’infûine! elle m’a vu...

robekt, bas.

C’est Charles.

JULES

Elle m’a vu , car elle a pâli, eu sautant sur le marche-pied pour monter dans la voiture. Je ne sais quelle révolution subite s’est opérée en moi, comme un éblouissement. Le punch, la rage , j’y voyais tout rouge ; j’avais du sang dans les yeux : c’est ce qui l’a sauvée; je ne pouvais plus me mouvoir, tout mon corps tremblait sous moi. Ah !,si j’avais eu ce pistolet maudit...

CHARLES

Qui t’a raté dans les mains, lorsque tu as voulu te tuer en sortant du tripot... poule mouillée, que la mauvaise fortune trouve sans énergie !

JULES

Le ciel me réservait le spectacle de la trahison de Louise. Quand je te disais que j’étais sûr que cet américain lui faisait la cour! il faut que cette femme ait perdu la tête ; elle connaît mon caractère , ma jalousie !....

CHARLES

Ah ! oui, tu as cette niaiserie-lé, d’être jaloux.

Ma jalousie !...

CHARLES

Atroce, comme elle le disait dans ses humeurs...

JC LES.

Oui , atroce ! et elle a eu l’audace de m’abandonner !

CHARLES. v

Il faut être j uste, l’américain est cousu d’or, et toi maintenant. . .

JULBS.

C’est égal , je sais leur demeure.

CHAULES.

Je crois bien, aux dépens de nos jambes ; avec ça l’équipage brûlait le pavé. Nous n’aurions pas suivi cent pas, si je ne t’avais inspiré l’idée de grimper derrière.

JULES

Derrière, comme un laquais! tandis que l’indigne....

CHARLES

Dame , quand on n’a pas même de quoi payer un cabriolet poursuivre les traces des gens, il faut bien... mais attends un peu; l’amour, la jalousie, la vengeance, tout ça ne doit point me faire oublier... ( Il cherche à se reconnaître. ) Voilà le banc , le balcon , la grande S.;. C’est bien ici le rendez-vous. lacaille, aux autres.

L’imprudent!

CHARLES

Je t’ai dit de quoi il s’agissait ?

JULES

Je ne saurais consentir...

CHARLES

Si tu avais eu les trë'nte ou quarante mille francs qui peuvent te revenir de cette aubaine, Louise serait encore avec toi. ( Il regarde autour de lui. ) Est-ce que l’affaire serait déjà faite? Oh ! non , je vois de la lumière. (La lumière s’éteint. ) Ah ! ma foi, j’ai parlé à temps. On vieut de mettre à la chandelle son bonnet de nuit. (Il regarde autour de lui. ) Où diable sont-ils ? /

JULES

Je ne veux pas être complice...

CHARLES

Ce sont des amis, Ferdinand, Robert.

robert, s’avançant.

Es-tu fou de nous compromettre? Allons, Jules, tu Sais notre secret. ..

FERDINAND

Il n’y » plus à balancer.

ROBERT

Avec nous, ou contre nous?

lacaille , se présentant aussi. .

Ou notre sûreté exigerait...

robert, montrant une aj~me.

Six pouces de lame dans le cœur.

CHARLES

Pas de menaces ! Jules n’est pas peureux, mais il comprend la position; et d’ailleurs, au moment du danger, il n’abandonnera pas ses fidèles... pas vrai, Jules?

JULES

Faites de moi ce que vous voudrez.

ROBERT

Voilà le moment. Tes pistolets, Ferdinand. •* •

FERDINAND , d part. I.

Grand Dieu ! se douterait -il ?

(Robert prend les pistolets que Ferdinand lui présente, jette l’amorce et en remet une nouvelle.)

robert, les lui rendant.

Ceux-là ne rateront pas.

Ferdinand , à lui-même.

Ali 1 j’en ai eu le frisson .

robert, après en avoir fait autant aux autres et aux siens. Encore du monde 1

LACA1LLE

C’est un homme seul.

ROBERT

Bonne occasion , Jules, de nous donner une garantie.

JULES

Vous voulez?...

ROBERT

Comme apprentissage... ça n’est pas* difficile. Nous sommes tous là.

LACAILLE

C’est un monsieur, il ne se fera pas prier.

CHARLBS.

Allons, donne-leur cette petite satisfaction.

ROBERT

Le voilà.

Jules marche avec vivacité vers l’inconnu , poussé malgré lui.

La bourse?

MICHEL

Vous demandez quelque chose, monsieur?

Jules, brusquement.

La bourse ou la vie ?

Michel s’airête.

La bourse?... attendez... (Il fouille.) Tenez, monsieur. T flïes. (Il jette la bourse d ses pieds. ) C’est bien , vous voilà au quatrième échelon. ( Il sort rapidement. )

JULES

Michel! il m’a reconnu. Ah! cachons mon trouble. ( <1 J« complices , montrant la bourse. )

Voilà.

ROBERT

Tu vois bien , mon garçon, que ça va tout seul ; mais une bourse comme ça, (Il la ramasse. ) ça n’est rien, entre nous, à partager. C’est assez nous amuser aux bagatelles de la porte , attention ! ( Il court au poteau et descend te réverbère , qu’il éteint.)

LAC AILLE

4 la bonne heure, voilà le jour qu’il nous faut. Charles, dans l’intérieur avec moi 1

ROBERT

Jules, sur le balcon, me jetera les sacs en douceur, vu la circonstance mystérieuse, [bas à, Lacaille.) Moi, je surveillerai Jules, [à Jules. ) Je vous en demande pardon, mais il faut prendre des précautions, et je repasserai les sacs à Ferdinand, qui les portera au cabriolet. ( Lacaille et Charles, d l’aide du poteau du réverbère, grimpent sur le mur du jardin ; Jules reste sous le balcon , Ferdinand fait le guet. )

jcles , sous le balcon.

Je n’ai jamais senti ce que j’éprouve depuis que j’use ma vie dans le désordre. Ce n’est point la peur, pourtant... Ah! mon Dieu ! si mon père me voyait l’associé de ces....

Ferdinand , au coin de la rue.

Chut!...

lacaille, en haut, ouvrant de l’intérieur la fenêtre qui donne sur le balcon, et approchant de la balustrade.

Ils dorment comme des bienheureux. [Il tire de sa poche une échelle de corde , il en attache un bout au balcon et envoie l’autre à Jules.) Allons, l’ami, grimpe.

JULES

C’est fini.

(Il entre dans la maison , à peine y est-il que Ferdinand va fermer la porte à double tour , et retire la clef , Jules arrive sur le balcon.)

lacaille , sur le balcon , à J ules.

Charles est à la caisse... place-toilà, moi je ferai le voyage... tu descendras trois sacs à la fois.

( Lacaille rentre dans l’intérieur, et revient plusieurs fois avec un sac de mille francs, qu’il pose sur les bras do Jules ; pendant cette action , qui dure quelques secondes , on voit Ferdinand s’avancer dans la rue du côté de la porte cochère , et il dit à quelqu’un qu’on ne voit pas :)

FERDINAND

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