‹ Les 6 degres du crime melodrame en trois actesChapitre 41 sur 50 · JULES, LOUISE · texte numérisé non relu

JULES, LOUISE

( Au lever de la toile, Louise en peignoir négligemment couchée sur un lit de repos. Un corps sanglant étendu sur le tapis de pied devant le lit. Jules, les bras croisés, est appuyé sur le dossier du lit de Louise qu’il regarde dormir. Cette scène n’est éclairée que par uneilampe de nuit placée sur un somno.)

JULES

Elle dort toujours... toujours! Ils étaient rentrés si tard du bal!... c’est le premier sommeil... un sommeil de plomb; et l’autre aussi dort... profondément. Il n’a fait qu’un de ces mouvemens qui ressemblent à un frisson ; [Silence.) mais elle n’a rien entendu, rien pressenti... rien; [Il prête l’oreille.) une respiration tranquille comme le souille de l'innocence... Malheureuse!... elle croyait partir, ce matin même; tous les préparatifs étaient faits. D’un plaisir à l’autre; du bal en Italie, sans autre lacune que deux ou trois heures de repos! Adieu l’Italie! adieu pour jamais, la belle voyageuse V'Jll la considère encore.) L’heureux compagnon de route est parti devant, et pour un bien autre voyage. Je suis las d’attendre, cependant; il me tarde de jouir de sa surprise. [Louise fait un mouvement.) Elle s’agite, elle va s’éveiller... ah! [Elle retombe dans l’immobilité.) comment? pas encore? Ah! finissons... hé! Louise! Louise !

Louise, se réveillant et prononçant d’abord quelques mots inarticulés.

Eugène... [Elle étend la main et ne sent rien près d’elle. ) jcles, toujours appuyé.

Oui, appelle Eugène, appelle-le bien fort, jusqu’à ce qu’il te réponde.

Louise, épouvantée.

Jules! ( Elle porte la main à scs yeux comme pour éviter une apparition pénible.) Mon Dieu!... (Elle avance la tête et voit le corps.) Horreur! ( Elle regarde Jules avec effroi.) C’est vous qui... vous!... [Elle voit le poignard de Jules.)

jules , froidement.

Oui... oui... c’est moi.

louise , agenouillée sur le lit.

Oh ! grâce ! grâce !

Grâce ?

LOUISE

Jules !

JULES

II n’y a plus de Jules pour toi... tu l’as quitté, pauvre, aban- . donné de tous, il ne méritait plus d’égards... Il faut des tisSus précieux, des parfums, des cristaux, de l’or à ton amour... et tu retrouvais avec l’autre... tout cela... A vous, les plaisirs, la joie... à moi, la faim, le délaissement, la rage, le désespoir!

Non , certes, non, je ne veux pas être le seul malheureux : je me le suis dit et me voilà. Qu’en dis-tu , Louise , tu ne m’attendais pas?

LOUISE

Oh.! épargnez-moi, je vous en supplie!

JULES

J’aurais pu te faire mourir tout d’un coup, j’aurais pu te traiter comme cet homme qui était moins coupable que toi, perfide ! mais tu n’aurais pas su de quelle main tu mourais, et je n’aurais été vengé qu’à demi...

LOUISE

Est-ce qu’en effet vous me tuerez?... est-ce que tu me tueras,

Jules?

jules saisit Louise , l’entraîne du lit et la place à terre.

Prie , prie !

louise tombe sur les gertoux , joint les mains et s’écrie :

Oh I mon Dieu , faites qu’il me donne le temps de me repentir! [se retournant vers lui avec anxiété.) Quoi!... mes prières... mes larmes...

jules, levant son poignard.

Rien.

(A ce mot, Louise, par une résolution désespérée, se lève brusquement.)

LOUISE

Non , non , je ne veux pas mourir!

(Elle s’élance sur le poignard , l’arrache des mains de Jules , qui ne s’y attendait pas, court à la fenêtre, l’ouvre, jette le poignard dans la rue et s’écrie : )

Au meurtre!... au secours!... à l’assassin!

Les Six Degrés.

AT

JULES, Je précipitant vers elle et la saisissant à bras le corps. Vain espoir, cris inutiles! ( Elle se retient d la fenêtre qui lui échappe . aux rideaux qui se déchirent, aux meubles qui se heurtent et se renversent. ) Tu n’échapperas pas ! ( Bruit au dehors : Ouvrez, ouvrez! )

louise, avec espérance.

On vient.

jules, sans la quitter, va jusqu’à la porte mettre le verrou.

Il sera trop tard.

Louise , suppliante.

Laisse-moi la vie, sauve-toi... cache-toi dans quelque lieu obscur... je ne dirai rien.

JULES

Tu ne pourras rien dire. ( Grand bruit à la porte.)

Louise, la tête perdue, faisant un effort pour s’arracher de ses • mains.

Sauvez-moi... sauvez-moi!

Jules, luttant avec elle.

Personne ne te sauvera, (au dehors : Ouvrez donc !)

(Ou entend des murmures et le bruit des gens qui frappent.)

Louise , èplorce.

Enfoncez la porte I

(On entend des coups violens. Jules a retenu Louise par sa longue chevelure qu’il lui tourne autour du cou. L’infortunée trébuche et tombe la tête renversée sur la poitrine d’Eugène , lorsque la porte vole en éclats.)

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