LA PRUDENCE DE FEUX PYAT
€ Je doute qu'elle veuille revenir sur son erreur. »
Dame ! c'est que si elle revenait chaque fois qu'elle se trompe, elle n'avancerait guère 1
* Mais je crois que les élus n'ont pas le droit de remplacer les électeurs. Je crois que les mandataires n'ont pas le droit de se substituer au souverain. Je crois que la Commune ne peut créer aucun de ses membres/ ni les faire, ni les parfaire ; qu'ainsi elle ne peat de son chef fournir l'appoint qui leur manque pour leur nomination légale. *
Oh ! la légalité, Monsieur Félix Pyat, elle est bien démodée, «t c'est bon pour Versailles, cela.
« Je crois enfin, puisque la guerre a changé la population... »
Oh ! oui, la guerre a changé la population, sinon mmme vous Ventenéez, du moins dane ce sens que beaucoup de geins raisonnables, je ne dis pas cela pour vous, sont devenus des fous, et que bien des vivants sont devenus des morts !
« .... Je crois qu'il était juste de dhanger la loi plutôt que de la violer. Née du vote, en se complétait sans hii, la Commune se suicide. Je ne veux pas être complice de la fente. »
Nous comprenons cela ; c'est déjà bien assez d'être complice du crime.
« Je suis convaincu de ces vérités au point que si la Commune persiste dans ce que j'appelle une usurpation du pouvoir électif, je ne pourrais doncilier le respect dû
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au vote de majorité avec celui dû à ma conscience ; et alors je serais forcé, à mon grand regret, de donner, avant la victoire, ma démission de membre de la Commune .-
c Salut et fraternité,
t Félix Pyat. »
« Avant la victoire, * est infiniment spirituel ! Mais, entraîné par le désir de laisser voir tout l'esprit qu'il a, M. Félix Pyat ne s'est pas aperçu que son ironie était un peu trop transparente, que c avant la victoire » signifiait trop évidemment « avant la défaite, » et que, par conséquent, sans tenir compte des excellentes raisons déduites dans la lettre au président de la Commune, on se bornerait à se rappeler que les rats s'en vont quand le navire va sombrer. Cette fois, les rats resteront à fond de cale. Vos collègues, Monsieur Pyat, ne vous permettront de vous dérober seul à l'honneur, puisque vous aurez été comme eux. à la peine. N'osant fuir, ils vous feront rester. Vermorel vous empoignera par le collet de votre habit, au moment où vous vous aviseriez d'ouvrir la porte pour vous esquiver, et M. Pierre Denis, qui a été poète du temps qu'il était cordonnier, murmurera à votre oreille ces vers de Victor Hugo qui, avec peu de modifications, s'adapteraient fort bien à votre cas :
Maintenant il se dit : — L'empire est chancelant;
La victoire est peu sûre.
H cherche à s'en aller, furtif et reculant.
Reste dans la masure!