‹ Les 73 journées de la Commune: du 18 mars au 29 mai 1871Chapitre 159 sur 212 · PICPUS A SAINT-LAZARE · texte numérisé non relu

PICPUS A SAINT-LAZARE

6iyet de la tristesse de cette longue attente ; l'abréger est absolument impossible.

Une chose qui n'est pas moins impossible , c'est de dédommager l'administration du Mont-de-Piété de ces restitutions gratuites. Le citoyen Jourde, délégué aux finances, dit : t Je donnerai 100,000 francs par semaine. » Sans perdre le temps à demander à cet économiste où il prendra ces 400,000 francs hebdomadaires, je me contenterai de faire remarquer que ces versements ne suffiront pas du tout à désintéresser le Mont-de-Piété, et que la Commune, cette fois, fera l'aumône avec l'argent des autres.

Enfin, si, par suite de . ce décret, quelques misérables rentrent en possession des pauvres loques qu'ils ont aliénées dans un moment de détresse, il n'y aura pas trop lieu à se plaindre. Le Mont-de-Piété fait de bonnes affaires, et la misère publique sera toujours là, prête à l'enrichir. Notons d'ailleurs qu'à tous ces malheureux que l'on rapporte de Neuilly, d'Issy, blessés, échappés, mourants, la Commune doit bien un matelas où ils puis- ' sent mourir en paix.

C'est à Saint-Lazare qu'on les a mises. Qui? les religieuses de Picpus. On les a mises là, parce qu'on les a arrêtées; mais pourquoi les a-t-on arrêtées? C'est ce que M. Rigault lui-même ne pourrait pas expliquer clfiârement. Quelques-unes sont vieilles ; elles vivaient, recln-

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ses, depuis bien longtemps ; elles ont changé de cellule, et après avoir été les prisonnières de Dieu, elles sont les prisonnières du citoyen Mouton. Dans ce lieu abject, ces saintes femmes ! Victor Hugo a dit :

, Saint-Lazare f 11 faudra broyer cette bâtisse.

Oui,, plus tard, quand on aura le temps. Ce qui importe, c'est de renverser la colonne Vendôme et de démolir la Chapelle expiatoire. En attendant, elles sont tristes. Un de mes amis est allé les visiter : elles n'ont ni livres de prières, ni crucifix. On leur a pris jusqu'aux amiilettes qu'elles portaient au cotu Mon Dieu! vous, citoyens de la Commune , vous en parlez bien à votre aisp. Vous êtes des esprits forts! Vous vous souciez d'une proix autant qu'un poisson d'une pomme , et vous avez bien raison. Vous avez étudié, vous avez deviné, et vous vous dîtes le soir en regardant les étoiles : « Il n'y a pas plus de Dieu que sur la main ! » Mais, comprenez cela, ces pauvres religieuses, ce n'est pas la même chose. Elles n'ont pas lu les philosophes. Elles croient que le Père a créé le monde en six jours et que le Fils est mort sur la croix pour le salut du monde. Quand elles étaient libres — libres d'être captives à leur guise — elles priaient le matin, elles priaient le jour, elles priaient le soir, et ne s'interrompaient guère de cette occupation blâmable, j'en conviens, que pour enseigner à de pauvres petites filles qu'il est bon d'être vertueux, honnête, reconnaissant, et que le Ciel récompense les personnes qui font le bien t Voilà ce qu'elles faisaient, pauvres esprits simples ! Vous les avez mises à Saint-

254 LA DEFECTION DE If. ROSSEL.

Lazare pour cela. Vour auriez dû choisir une autre prison, car enfin leur présence a pu être désagréable aux dames qui étaient là, avant elles, pour d'autres raisons. Mais, là ou ailleurs, elles ne se plaignent pas ; seulement elles voudraient un livre d'heures et un crucifix de bois. Allons, citoyen délégué à l'ex-préfecture, un bon mouvement, et à moins que l'avenir de la République ne doive être compromis par cette concession, donnez-leur un crucifix. Qu'est-ce qu'un crucifix? deux morceaux de bois l'un sur l'autre. Il restera toujours assez de rotins dans la forôt pour le jour où la vengeance des honnêtes gens s'exercera sur votre dos obscène d'argousin !

Apres Bergcret, Gluseret; après Cluseret, Rossel. Mais Rossel vient de donner sa démission. Je conseille une chose : reprenons Cluseret que nous remplacerons ensuite par Bergeret — à moins que Ton ne préfère se jeter sur l'heure dans les bras toujours ouverts -du Généreux Lhuillicr. D'ailleurs, le soin de confier la défense de Paris à n'importe quel général d'aventure ne me regarde en rien, et la Commune, sultane sans favori, peut jeter, s'il lui plaît, le mouchoir au tendre Delescluze, comme on lui en prête Tintention ; je n'y verrai aucun mal. Pourquoi Delescluze ne serait-il pas un excellent général? N'était-il pas journaliste? et quel journaliste, je vous le demande, n'en sait pas plus long sur les choses de la guerre que Napoléon I er ou que M. de Moltke? En

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