LE COURAGE DU DESESPOIR
santps, au-dessous de ces noms charmants : Amélia ou Besaline, on lit quatre mots écrits au crayon : « Se charge des réfractaires. » Mais que font les gens vertueux qu'indigne le seul aspect d'un chignon roux ? Ils cqureat d'hôtel en hôtel, se défiant des garçons, donnant des noms imaginaires, tressaillant la nuit, et croyant à chaque instant entendre des crosses de fusil tombant sur le palier.
Avant hier, une troupe de réfractaires a eu le courage du désespoir. Ils étaient trois cents. Ils sont allés à la porte SainlrOuen,
,-r-* Voulez- vous nous laisser sortir ? ont-ils demandé aq chef de poste.
t- Non, a répondu celui-ci.
• Alors, en un clin d'œil, ils ont empoigné le capitaine, désarmé les simples gardes, et cinq minutes après, ils couraient à travers champs.
D'autres emploient la douceur, ou, si Ton veut, la corruption. Ils vont dans les cabarets de Belleville ; ils se font aimables et soumis, ils nouent des relations amicales avec les fédérés les moins farouches de l'endroit.
— - Ainsi vous êtes de garde, mardi, à la porte de
La Chapelle?
— Mon Dieu, oui.
— De soirfce qu'il ne tiendrait qu'à vous de laisser sortir un camarade qui aurait une visite à rendre à Sai«t>-Dei)is ?
— Mais, pas du tout \ les autres m'en empêcheraient et me dénonceraient au capitaine.-
— Et, avec le capitaine, il n'y a rien à faire?
— Rien du tout. C'est un fier patriote, allez !
266 LKR MOYENS DOUX.
— C'est bien ennuyeux. Moi qui, justement, suis obligé de me trouver à Saint-Denis , mardi soir ! Je donnerais vingt francs de ma poche pour faire une petite promenade do l'autre côté do la porte.
— Dame ! il y aurait bien un moyen.
— Lequel ? lequel ?
— Vous ne tenez pas précisément à sortir par la porte?
— Oh ! mon Dieu, non ; être dehors , c'est tout ce que je demande.
— Eh bien, écoutez-moi : venez du côté de La Chapelle mardi soir, et promenez-vous le long du rempart; je tâcherai d'être de faction vers huit heures. Vous me reconnaîtrez, vous viendrez à moi, et je ne crierai pas : Qui vive !
— Jusque-là c'est très-simple ; mais après?
— Après ? je vous passe sous les bras une forte corde que vous avez apportée. , .
— Ah ! diable !
— Je vous jette dans le fossé...
— Sapristi!
— Mais là, bien doucement, sans vous faire de mal. Je vous laisse glisser le long du mur...
— Aïe !
— Vous atteignez le sol et, en deux bonds, vous disparaissez dans la nuit. Que dites-vous de ma proposition?
— Je dis, je dis que j'aimerais mieux sortir en voiture ; mais n'importe, j'accepte.
D'ordinaire, ce plan s'exécute sans encombre. On dit que les fédérés de Beileville et de Montmartre se font un joli petit revenu au moyen de ces évasions.