‹ Les 73 journées de la Commune: du 18 mars au 29 mai 1871Chapitre 41 sur 212 · NOUVELLES ESPÉRANCES · texte numérisé non relu

NOUVELLES ESPÉRANCES

justice de leurs revendications. Ces chefs improvisés, inconnus, que la révolution a choisis, sont-ils tous indignes d'estime et dénués de capacités? Il y a peut-être chez eux des forces vives et nouvelles, qu'il sera juste et même nécessaire d'utiliser. Les idées qu'ils représentent doivent êtrçg étudiées, et, si on les reconnaît bonnes, mises en pratique. C'est ce que l'Assemblée a compris et c'est ce qu'elle fait. Par des concessions qui, loin de diminuer son prestige, l'augmentent, elle met en demeure tous les cœurs et tous les esprits honnêtes — soldats où chefs — de se rallier à elle. Ceux qui, après la proclamation du vice-amiral Saisset, refuseraient encore de reconnaître le Gouvernement, ne seraient plus des gens agissant en faveur de Paris et de la République , mais de coupables émeutiers poursuivant, par la plus criminelle des voies, la satisfaction de passions inavouables. Ainsi le bon grain va être séparé de l'ivraie. Oh ! cette ivraie, s'il le faut* nous l'arracherons sans pitié. Hier, avant-hier, place de la Bourse, place des Victoires, dans tout le quartier de la Banque, on était résolu à résister — à le résister seulemnt, car nu de nous, je l'affirme, n'aurait tiré un coup de fusil sans avoir été provoqué; — mais à cette résolution même se mêlait une horrible tristesse , et un peu d'hésitation aussi. Nous savions que nos balles — si nous avions été attaqués — auraient pu frapper bien des innocents, égarés sans doute, mais innocents ; peut-être, au moment suprême , le fusil nous serait-il tombé des mains. Aujourd'hui, rien de pareil. En reconnaissant nos droits, l'Assemblée s'est mise dans son droit ; nous considérons désormais toute rébellion contre son autorité accrue par

l'emploi qu'elle en fait, comme un crime digne d'un châtiment immédiat. Auparavant, craignant d'être abandonnés ou mal compris par elle, nous avions formé le projet d'obéir à nos maires et à nos députés librement élus par nous; mais, par sa judicieuse conduite, le Gouvernement nous prouve qu'il n'a point cessé d'êtraidigne de notre confiance. Qu'il commande donc! nous obéirons.

A vrai dire, ce revirement dans l'attitude de l'Assemblée est aussi singulier qu'heureux. Elle parlait, hier encore, d'un autre style. La réception que la majorité a faite à nos maires ne permettait guère d'espérer un dénoûment aussi favorable aux intérêts de tous. Mais qu'importe ce qui s'est passé? Pas de récriminations. Réjouissons-nous du bien présent, sans songer aux malheurs qui semblaient imminents. On raconte de toutes parts que les députés de la Seine et les maires, munis de pleins pouvoirs, règlent en ce moment même les conditions de l'accord. On parle des élections municipales pour le 2 avril; ainsi disparaîtrait promptement toute cause de dissidence. A merveille! Paris est content. Les boutiques se rouvrent. On se promène. La place Vendôme garde encore son aspect renfrogné, mais tout cela va finir. Quel beau temps ! On se parle sans se connaître, on se sourit, un peu plus on s'embrasserait. C'est aujourd'hui vendredi , non, c'est dimanche. Ah ! cette ira ve Assemblée!

52 PARIS A EU TOUT d'^TRE CONTENT.

Dans la maison que j'habite, il y a, au rez-de-chaussée, un atelier de tapisserie. Avant-hier le patron est sorti pour rapporter^Be l'ouvrage, et ce matin il n'étaK pas encore rentré. Inquiète, sa femme Ta cherché par toute la ville. On vient de le trouver, tué, à la Morgue. On raconte qu'il a reçu une balle dans la tête, l'autre jour, rue ^Je la Paix : il passait là par hasard. Le Journal officiel de Paris, au contraire, affirme que ce pauvre homme, nommé Wahlin , est un des gardes nationaux assassinés par les revolvers de la manifestation. Où est la vérité ? Le plus clair c'est qu'on l'enterrera demain et que sa femme est veuve.

Que signifie tout ceci ? Qui a-t-on voulu tromper , et qui est le trompeur? Nousattendons en vain l'effet des promesses du vice-amiral Saisset. Quand il a, officiellement, annoncé que l'Assemblée avait cédé aux justes prières des maires e't des députés , a-t-il pris sur lui de faire passer ses espérances pour des faits accomplis? Ce qu'il y a de certain, c'est que le Gouvernement ne fait aucune concession, c'est qu'il n'y a eu en somme qu'une proclamation de plus, et que le commandant provisoire de la garde nationale nous a induits en erreur — dans une intention honorable, peut-être — ou qu'il a été déçu

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