LE COMITÉ CENTRAL TRIOMPHE
comme nous. Tous les efforts des députés de la Seine et des maires de Paris ont échoué devant l'apathie de l'Assemblée. C'est en vain que Louis Blanc a supplié les représentants de la France d'approuver la conduite conciliatrice des représentants de Paris.
— Vous prenez la responsabilité de ce qui va arriver \ s'est écrié M, Clemenceau.
Il a eu raison. Un peu de condescendance pouvait tout sauver; tant d'obstination peut tout perdre. Destitués de l'appui de l'Assemblée, abandonnés à eux-mêmes, les députés et les maires de Paris, désireux avant tout d'éviter la guerre civile, ont dû céder au Comité central qui exigeait des élections municipales immédiates. Ils ont bien fait , mais, en s'humiliant devant la force , ils ont singulièrement compromis leur autorité. Ce que l'Assemblée, représentant la France tout entière, pouvait faire sans déchoir, et en reconquérant , au contraire , toute sa puissance, ils ont voulu, ils ont dû le faire, au risque de compromettre leur influence ; ce qui , venant d'elle, n'eût été qu'une concession honorable, est, venant d'eux, une soumission dangereuse, "nécessaire pourtant. Le Comité eût été annulé , grâce à des élections municipales consenties par l'Assemblée : il triomphe, grâce à .ces élections subies par les députés et les maires de Paris. Ce qui résulte de l'humiliation à laquelle l'entêtement du Gouvernement a contraint nos représentants, qui n'ont pas eu d'autres moyens d'éviter l'effusion du sang, c'est l'abdication de toute autorité entre les mains du Comité central qui fait élire la Commune , entre les mains des membres de la Commune qui seront élus dans une heure. Dénués de gouvernement-, par suite du
54 DMÀNCHH, 26 MARS.
départ du Chef du pouvoir exécutif et des ministres, nous étions # groupés autour de nos représentants ; ceuxci, non soutenus par l'Assemblée, sont obligés de se soumettre aux révolutionnaires. Nous n'avons plus à choisir qu'entre l'anarchie et la Commune»
Voilà pourquoi aujourd'hui dimanche 26 mars, la plupart des Parisiens sont au scrutin. C'est en vain que plusieurs journaux ont dit : « Ne votez pas ! » C'est en vain que, prévenus hier des éleqtions d'aujourd'hui, les citoyens n'ont pas eu le temps de se concerter sur le choix qu'ils ont à faire ; ils votent cependant. Ceux qui n'obéissent pas aux suggestions du Comité central éliront les maires déjà élus , les députés au besoin , mais enfin ils prendront part aux élections. L'attitude expeo tante du Gouvernement régulier a fait beaucoup en faveur de la révolution. Les torts de l'Assemblée diminuent l'horreur que font éprouver les crimes de l'émeute. Dans les groupes, on n'a pas cessé de réprouver hautement le double assassinat des généraux Clément Thomas et Lecomte, mais quelques personnes peuvent faire observer, sans être interrompues, que le Comité central a déclaré n'être pour rien dans ces exécutions. Le bruit que les deux prisonniers ont été fusillés par des lignards prend de la consistance et semble moins invraisemblable. Quant au massacre de la rue de la Paix, on se dit que cet événement est resté obscur, que les témoignages sont contradictoires, etc. . . , etc. . . Il y a évidemment un mouvement de réaction assez prononcé en faveur des partisans de la Commune. Sans approuver leurs actes, on ne conteste pas leur activité. Ils ont fait beaucoup de choses en peu de temps. Quelques-uns disent : « Ce sont