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elles devaient se frayer une route de retraite, les armes à la main. Tandis que le front Asandé se renforçait de recrues nouvelles, le front Bantu s'effritait, battu par les remous de l'invasion ennemie.
Un coup d'œil jeté sur la carte de l'Uelé nous montre ce processus envahissant, tel qu'il a été arrêté par l'arrivée de l'Européen. La colonne Bandia après avoir envahi la Likati, occupant peu à peu la région jusqu'à Buta ; une colonne Vungura après avoir occupé la vallée inférieure du Bomokandi, s'était étendue à l'ouest jusque près de Zobia. A l'est, dans le voisinage de Rungu, elle rencontrait déjà les avant-gardes de Bokoyo, qui avaient franchi le Kibali et soumis les Momvu.
Enfin vers Bima, une dernière colonne Asandé après avoir franchi l'Uelé s'apprêtait à entrer en plein pays Ababua.
On voit que le truisme Asandé : " Sans les blancs, nous étions les maîtres de la terre dans tout l'Uellé „ n'est pas de simple jactance.
L'invasion Bandia.
C'est l'invasion Bandia qui entama le plus profondément les populations qui nous occupent dans cette étude. Après avoir franchi le Mbomu vers la fin du XVIIIe siècle elle s'avança par bonds succèssifs, soumettant une partie des populations Bantu installées entre l'Uelé et le Mbomu (Bangwinda et Mobengé), refoulant le restant de ceux-ci dans leur cantonnement actuel (1). Enfin, après un échec infructueux ou Sati, trahi par Tiengi, chef Abasango, trouva la mort, Djopolongi, franchit l'Uelé vers l'emplacement de Djabbir et entre en
i1) Il est à remarquer qu'actuellement les A bandia désignent les populations de dialecte Ubati ou libwâlé sous le nom de Mobengé ; dans les Mobengé de la tradition Asandé, nous devons donc voir probablement non une tribu unique, mais un groupe de tribus.
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contact avec le groupe Mobati. La marche vers le sud fut un moment arrêtée à la suite d'une compétition d'autorité entre la branche aînée et la branche cadette, qui avait passé l'Uelé à son tour (*). L'intervention des Arabes de Milambo, qui pendent Gurza, rétablit le calme et immédiatement commence l'occupation du territoire.
Déjà un groupe Mobati, fuyant les continuelles incursions Asandé, avait reculé vers l'Est, refoulant devant lui les Mogingita ; ils occupent actuellement la région entre Angu et le rapide de Ngiri.
Les hommes d'Einga, descendant par la rive gauche de la Likati jusqu'au Rubi vont attaquer les Bawenza. Ceux de Gwatala et de ses frères cadets à qui a été dévolue la haute Likati tombent sur les Bolendé. Ceux de la branche aînée, sous Modjwa attaquent les Boganga, les Labibi et les Mombongono.
Les Bolendé se trouvaient entre le Likati et l'Uelé ; ils battent en retraite sur la Mabengwa, affluent de la Téli où meurt leur chef Bisongo, puis entre la Likati et la Kudi, refoulant devant eux la tribu Mobati voisine des Mogbwasa, qui se retirent au-delà de la Tchimbi. Les Bolendé, épuisés par ces luttes, sont actuellement adoptés par les Mombongono et se trouvent en partie dans l'hinterland d'Ibembo, en partie vers la haute Likati.
Les Mokwundu et les Bokalaka, voisins des Mogbwasa, sur la rivière Djombo (Haute Likati) participent à leur retraite et s'établissent sur la Leka (Mandungu).
Une partie des Labibi, de la rivière Bolomi, affluent de la Likati se
(x) Seuls les Asandé ont une tradition verbale suffisamment stable pour nous donner quelque indication chronologique.
Voici les rameaux principaux de la famille Bandia :
Kobé. (Sur le Mbomu.)
Koré.
Monagungu.
Luzia. (Arrivée à l'Uelé. Passage de l'Uelé.)
Sati. Bangoïe.
Djopolongi. Hino.
Modjwa. Gatanga. (Installation sur la Lulu.)
Dangako. ï"
Gurza. Gwatala.
Einga. Dumba.
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retirent successivement sur la Lumbi où meurt leur chef Galia, puis sur la Téli, de là sur la Bala, enfin attaquant et repoussant les Budza ils se fixent sur la Malipoïe.
Aux Asandé de Modjwa fut dévolue la tâche la plus difficile, celle de soumettre les Boganga et les Mobongono ; ces populations qui occupaient la vallée moyenne de la Likati furent, d'après ce que m'en disait Dangako, les plus courageuses de celles qui s'opposèrent à l'invasion Asandé.
Entre Modjwa et leur chef de guerre Bongé, s'engagea un duel qui dura plusieurs années.
L'avantage resta à Modjwa, qui recevait, du reste, de continuels renforts venus du Nord, et était guidé et soutenu par les Arabes de Milambo.
Les Mombongono et une partie des Labibi furent rejetés vers Ibembo. Les Boganga, après avoir rallié des groupes épars de toutes les autres tribus Mobati, reculaient pied à pied vers le Rubi, qu'ils franchissaient près de son confluent avec la Likati, se jetaient sur les Mobosso et Mokengéré de l'Akéti, puis finalement s'installaient de force sur les territoires des Mombanga de l'Aruwimi.
Modjwa, inlassable, rejoignait les Mobongono et les Labibi, les soumettait, puis les enrôlant dans ses troupes passait le Rubi en aval d'Ibembo, marchait sur l'Aruwimi ; aux environs de la Lulu, une lutte décisive s'engageait qui rompit définitivement les Mobati. Les Mopandu, leur clan aîné, furent rejetés vers la haute Lulu, les Boyanga, obligés de chercher refuge chez les Mabinza de Kopinambwa ; le groupe dit des Bagbé, composé de fragments de divers clans, se heurtait aux Mongelima, composait avec les Moganzulu pour franchir leur territoire, remontait la Télé, envahissait le haut Rubi par la vallée du Limwé, puis après d'innombrables combats contre les Mondungwalé, les Makéré, les Mondingima et les Mobalia s'établissaient enfin entre Buta et Zobia.
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Le restant des Mobati dispersés sur la Lulu, battait en retraite vers le Nord-Ouest, attaquait les Bogongo de Lidzaga (groupe Mabinza tribu Mogbuda) près de Mandungu, combat où fut tué Bongé ; après avoir franchi le Rubi ils tombaient sur les Bokoï et les Budza, les refoulaient jusque près de Bumba, pour être ramenés ensuite jusqu'à la Tchimbi.
Modjwa voulait poursuivre les Boganga; il en fut empêché par les Arabes. Ceux-ci avaient compris le merveilleux parti qu'ils pourraient tirer de la formidable invasion Asandé, dans la lutte qu'ils venaient d'entreprendre contre l'Européen. Tous les Abandia et leurs populations vassales furent arrêtés entre la Lulu et l'Aruwimi à l'emplacement où la carte de Du Fief indique leur présence sous le nom de Bajandé. Puis une fois reformés, ils furent lancés contre Basoko et infligèrent aux troupes de l'Etat (1896) une défaite dont ils tirent encore gloire actuellement. Cependant d'autres bandes Arabes se faisaient battre par Ponthier et les Bobwa sur le Bomokandi, une épidémie de variole décimait les Asandé et enlevait Modjwa.
Les Arabes de Milambo se retirèrent, les Mombongono et les Labibi allèrent s'installer au Nord du Rubi.
Les Abandia après avoir battu les Mongelima et les Moganzulu repassent le Rubi, attaquent le lieutenant Wynants qui vient de fonder la première zériba d'occupation dans la région, puis s'installent définitivement dans les environs de Buta, où ils rencontrent leurs frères d'Einga, venus directement de la Likati.
Dans la courbe de cette dernière rivière, les Molissi et les Bobwa, autres tribus Mobati, qui étaient en état de guerre avec les Boganga, furent peut-être pour cette raison laissés indemnes par les Asandé et occupent actuellement leurs anciens territoires. Il en est de même pour la tribu Bogura du groupe Mabinza.
Cette poussée Asandé, qui rejetait à plus de 400 kilomètres l'un de l'autre des fragments des tribus Mobati (*) devait encore avoir d'autres contre-coups.
Les Moganzulu que nous avons laissés installés entre l'Aruwimi et la Télé, se remettaient en marche ; tandis que leurs voisins Bokiba et Bengé appuyaient à l'Est, ils franchissaient la Télé et occupaient la rive gauche du Rubi, où les avaient précédés une tribu qui leur était très proche (une de leurs fractions peut-être) les Basumbaka qui avaient soumis les Bawenza. Après avoir vécu quelques temps
0) Par exemple, les clans Bagbé Mombongono et Bogugia (chefs Eganda et Mbé) du haut Rubi et les tribus Mombongono et Bogugia de l'Elonga et de la Tchimbi.
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en bons termes, les Moganzulu finirent par absorber les Basumbaka qui se soumirent ou furent dispersés. Les Bawenza émigrèrent vers le Nord, serrés de près par les clans Mozama et Bangbalia, les clans Momémé et Mopati restant entre le Rubi et la Télé. L'occupation européenne a réuni tous les Moganzulu au Sud du Rubi ; les Bawenza vivent actuellement en tribu indépendante.
Invasions Vungura.
Vers l'époque où Sali et Djopolongi franchissaient l'Uelé, un chef Vungura, Déni ou Ndâni, après avoir passé le Bomokandi, vint s'intaller en plein pays Ababua, sur la Bima, entre l'emplacement des postes actuels de Zobia et de Titulé. Il soumit la puissante tribu Mundungvvalé, dont une partie cependant émigra vers le Sud. Les Bulungwa, furent refoulés de la Bima vers le Nord.
Gogoï, chef des Mondungwâlé du Nord provoque le soulèvement des tribus Bobwa contre l'envahisseur et rejette celui-ci blessé au-delà de Bomokandi.
Le fils de Ndani, Tikangi, occupe alors la vallée moyenne de cette rivière au dépens des Abarambo, puis des Bokapo et des Makéré ; ces derniers furent séparés du groupe Mangbétu.
Vers 1880, les Asandé du Vungura Mangé franchissent l'Uelé en amont de l'embouchure de l'Ueré (dont le nom indigène est Ango) refoulent devant eux les Mondungwâlé commandés par Duma et occupent définitivement le triangle formé par l'Uelé, la Bima, et la Falé.
11 existe encore quelques Mondungwâlé dans la région, village Palma (Bima) village Mbula (Libokwa) groupe d'Epatondelé (Titulé) villages Taleponé et Bakengé (Zobia).
Enfin vers 1890 le sultan Vungura Zemio passant l'Uelé à l'embouchure du Ngwâlé tentait d'envahir le pays Bobwa dont il était finalement repoussé.
de Galonné, Mouv. Soc. Int., X (1909), 293-300.
Il nous a paru intéressant d'exposer le récit que fait le célèbre Casati sur les origines des Asande.
Il y a quelque 80 ans, écrit-il, régnait sur les rives du Mblio un roi du nom d'Avungula, appartenant à la tribu des Idio, qui occupait un immense territoire. Parmi les dignitaires de cette cour se trouvait un certain Ndeni, dont le chef s'attira la haine en condamnant à mort un de ses frères; comme son impuissance le mettait dans l'impossibilité de se venger, Ndeni rassemble quelques amis, s'expatrie avec eux, et ils passent chez les Ababua, qui les massacrèrent tous impitoyablement.
Ndeni avait un fils, Ntikima, encore enfant témoin des souffrances endurées par son père, Ntikima se tut et souffrit aussi en silence quand il apprit la fin atroce de l'expédition. Mais lorsqu'il eût atteint l'âge adulte, il forma une petite troupe et quitta secrètement la cour d'Avungula. Il se jeta dans le pays Ababua qu'il dévasta sur son passage. La désolation et le carnage l'accompagnaient ; il ne crut sa vengeance complète que le jour ou il fut enfin devant la tombe de l'infortuné Ndeni. Tant d'exploits n'avaient pu s'accomplir sans que le retentissement en eut été porté jusqu'au pays natal du jeune héros, et nombre d'Idio, pris d'enthousiasme, coururent se ranger sous ses ordres. Ntikima tourna dès lors ses regards vers l'orient.
Bauw (De), Belg. Colon., YII (1901), 40 &.
Les Matambatamba.
Nous avons vu à certain moment les Arabes intervenir dans l'occupation Asandé ; il n'est pas inutile d'accorder un moment d'attention à ces Mongwana ou arabisés et à leurs guides Matambatamba, les traitants zanzibarites. Ce nom évoque immédiatement les tableaux classiques de pillages, d'incendie, les interminables convois d'esclaves, les routes de caravanes jonchées de cadavres, bref, toutes la légende sentimentale si souvent exploitée. Rendons cependant cette justice à l'Arabe de la côte orientale : dans de nombreuses régions de l'Afrique centrale il fut le seul vrai civilisateur. Partout où il s'est installé, les méthodes économiques se sont modifiées, de nouveaux produits sont introduits dans les cultures, la division du travail donne aux agglomérations un caractère que l'économiste A. Thonnar compare à la " gens „ romaine; des artisans nombreux vont former une sorte de " familia urbana „ industrielle, tandis que dans la campagne la " familia rustica* assume les labeurs agricoles. Il en résulte également un grand perfectionnement dans le mécanisme de l'échange.
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Hinde, a écrit cette phrase caractérisant bien la puissance d'organisation de l'Arabe : " Cette multitude qui... depuis que les Arabes étaient repoussés, semblait un troupeau sans berger „.
Le contraste est frappant entre la politesse souriante, parfois ironique de l'Arabisé et le ton arrogant, la mauvaise volonté et la paresse du nègre européanisé du Bas-Congo.
Ces résultats étaient acquis avec d'autant plus de facilité que le Tambatamba maniait les organisations sociales des populations soumises avec un doigté qui pourrait nous servir d'exemple pour notre 6 politique indigène „ qui jusqu'à présent a existé surtout à l'état d'abstraction théorique.
S'il est vrai que toute tribu qui refusait de se soumettre était immédiatement razziée et allait alimenter les marchés d'esclaves du Tanganika, les témoignages nombreux recueillis chez les Ababua nous disent que les tribus accueillant favorablement l'envahisseur en étaient bien traitées. Un pacte analogue à celui que nous avons vu pour les Asandé s'établissait; les soumis étaient protégés moyennant une redevance en ivoire. L'Arabe avait ses chefs reconnus, mais à la différence de la plupart des nôtres, ces chefs l'étaient non seulement * de facto „ mais aussi " de jure „. Le père du vieux Wotia, chef des Bawenza, ainsi que Mboro, chef Mozama et père * pour l'Européen „ de l'actuel chef Moganzulu Badulé, furent du nombre de ces chefs reconnus, administrèrent leur territoire au nom des Matambatamba et leur fournirent des milices.
Les premiers Arabes qui entrèrent1 en contact avec les Ababua furent Baliza et Raffa. Après avoir acquis la soumission des Bokengéré, ils remontèrent le Rubi, sur les rives duquel ils rencontrèrent les Basumbaka et les Bawenza, qu'ils battirent.
Plus tard le Sultan Molambo (Mirambo) venant de l'Aruwimi occupa d'abord le territoire Moganzulu, puis fonda une station, base d'opération sur la Molengé, affluent du Bali et commença la soumission du pays.
Nous avons vu une de ses bandes pendre Gurza près d'Angu, et accompagner les Asandé par Ibembo, jusque vers Basoko. Ces
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mêmes groupes poussèrent des reconnaissances vers Moengé et Yaila et furent repoussés par les troupes de l'Etat.
Une autre bande, escortée de milices Bawenza et Mobalia venait se faire battre près de Karavungu (1891) par le lieutenant Ponthier de l'expédition Van Kerkhoven. Aussitôt après, une troisième colonne occupée à créer un nouveau poste fut attaquée et détruite par les Bobwa de la Makongo.
Bientôt d'autres revers subis dans la province Orientale obligeaient les Arabes à évacuer complètement ces territoires qu'il avaient à peine commencé à organiser et où cependant les traces de leur influence reste toujours très apparente, surtout dans le voisinage de leurs anciens établissements.
Dernières réactions et révolte de 1901.
L'arrivée dans la région orientale, déjà fortement peuplée, de groupes aussi importants que les Balissi, les Moganzulu et les Bagbé devait fatalement entraîner des compétitions quant à la possession du sol. Les groupes extrêmes devaient se défendre d'autant plus énergiquement que tout exode leur était interdit par la barrière Asandé du Bomokandi. Nous n'entrerons pas dans le détail de ces luttes partielles qui n'amenèrent plus de notables changements de situation géographique.
Notons cependant que Mondingima, Mogongia, Mobalia et Mogingita semblent avoir formé autrefois un groupe unique connu sous le nom de Baieu qui se scinda probablement lors de la venue des Balissi ; ceux-ci en refoulèrent une partie vers l'Est, mouvement qui qui s'accentua lors de l'arrivée des Bagbé. Ce sont des luttes semblables que Védy signale entre Bobwa proprements dits.
Le fait seul que les Mondungwalé sont actuellement répartis en cinq groupements éparpillés de l'Uelé à l'Aruwimi indique l'acuité de ces crises.
A peine ces luttes intestines étaient-elles apaisées que le même sentiment qui les avait unis contre l' Asandé dressa les Ababua contre leur nouveau maître, l'Européen. La révolte éclata, suscitée en partie par d'incontestables maladresses commises par les blancs. Le poste de Libokwa fut enlevé, Zobia assiégé (1901). Il fallut des mois de dure répression pour rétablir l'ordre. A l'heure actuelle, le pays est calme, soumis, mais profondément désorganisé, tant dans sa vie économique que dans ses organismes sociaux. de Galonné, Mouv. Soc. Int., X (1909), 300-302.
Un court historique des guerres des Ababua avec les Asandé est aussi donné par : L'Expédition Van Kerckhoven, p. 71.
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