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Classes et castes

Il n'y a pas d'autocratie, ni de castes plus ou moins formées, ni de hiérarchie sociale, mais seulement des hommes libres et des esclaves.

Outre les chefs de tribu et de village, il existe des chefs de famille dont les enfants sont des hommes libres. Toutes les femmes et les enfants féminins sont des esclaves des chefs.

Védt, Bull. Soc. R. B. Gêogr., XXVIII (1904), 205.

Le chef porte le nom de kumu.

Les chefs vassaux doivent obéissance au grand chef.

Le chef rend la justice, aidé de son conseil formé par les anciens du village qui constituent en quelque sorte un pouvoir, donnant par son application force de lois aux décisions du kumu.

Tous les chefs de famille ont le droit de siéger au conseil et de donner leur avis. Par chefs de famille il faut entendre les hommes riches, importants, auxquels obéissent au moins trois générations 8 d'hommes forts „, les frères puinés, les fils, les petits-fils, les neveux et petits-neveux. La famille ainsi constituée sera une et indivisible jusqu'à la mort du dernier frère du chef de famille. Après cela, elle se scindra en familles nouvelles ou continuera à subsister sous la direction du cousin le plus âgé.

Hutereau, de Haulleville et Maes, Ann. Muaêe Congo, Sér. III, 1. 1, fasc. 1 (1909), 96-97.

La parenté est placée sous la direction d'un Kumu; on l'appelle souvent le père et en fait il jouit de la " patria potestas „ complète. C'est lui qui prendra toutes décisions relatives à la vie économique, répartissant les terres à cultiver entre les femmes des divers

Ababua. Congo. F, 174.

ménages qui peuvent exister dans la parenté. Il ordonnera les ordalies, si quelque membre du groupe est soupçonné d'un crime, et éventuellement prendra les sanctions nécessaires. C'est lui qui représentera la parenté si quelque différend avec des voisins doit être soumis au chef de clan, ou dans les réunions qui ont à discuter la politique générale à la tribu. C'est également à lui qu'incombent les transactions relatives à la vente des femmes de la parenté, et à la recherche des membres de celle-ci qui auraient pris la fuite.

Les tâti sont généralement les frères cadets du chef de parenté, parfois aussi ses cousins. (Notons que j'emploierai le mot cadet ou aîné pour indiquer l'ordre d'importance hiérarchique, et sans vouloir désigner l'ordre de primogéniture, lequel ainsi que nous le verrons pour l'héritage du commandement, n'a qu'une importance secondaire.) Ce sont des hommes libres, qui comme tels pourront user de la terre, créer des parentés autonomes, le jour où le nombre de leurs femmes et leur richesse en couteaux leur permettra de se séparer de leurs frères.

Les énoko sont des fils de père étranger mais dont la mère issue de la parenté est revenue au village natal. On accorde généralement à l 'énoko les mêmes droits qu'au tâti, quoique je leur ai parfois entendu reprocher assez durement leur origine.

Viennent ensuite les dinda ou iils d'esclave et les mangé ou esclaves domestiques proprement dits. (Pour ces dinda et ces mangé, voir F. 175.)

de Galonné, Mouv. Soc. Int., I (1909), 341-342.

Il existe également une hiérarchie parmi les temmes, hiérarchie d'autant plus importante que c'est le rang de préséance de leur mère respective qui déterminera le classement des fils de chef pour l'héritage du commandement.

La femme que le Kumu préfère, qui se distingue par son habileté aux travaux des champs et de la cuisine, par sa gentillesse et la façon dont elle choie son mari, peut être dispensée par lui de tout travail. Elle devient la favorite, la molangengêné. On affectera à son service les jeunes filles esclaves qui lui prépareront sa nourriture et coucheront dans sa hutte. Elle se contentera de répartir le travail entre les autres femmes de la parenté, devenant une sorte de cheffesse. A la mort du Kumu elle pourra le plus souvent rentrer dans son village : bref c'est presque une femme libre.

Immédiatement après elle, viennent les femmes dites " de couteaux „, achetées par toute la parenté pour un de ses membres, quel que soit son rang social.

ABAEUA

F. — Vie soeiale.

d) Organisation sociale.

174 {suite).

Enfin, les femmes " du bouclier „ prises de force à la guerre.

La parenté comprend encore les filles de ces femmes et les filles d'esclaves ou dinda; toutes seront vendues par leur père à des maris appartenant à un groupe exogamique voisin.

Les recherches démographiques, notamment celles relatives à la proportion des hommes libres, des dinda et des esclaves, sont des plus difficiles, l'Ababua sachant que l'Européen remet ces derniers en liberté, sans songer que s'ils ne sont pas assez riches pour se créer un village dans les environs d'un poste, ils retomberont fatalement dans le servage.

Dans une parenté moganzulu, j'ai compté 25 hommes, 30 femmes et 28 enfants des deux sexes.

Parmi eux se trouvait le chef, (8 femmes, 1 enfant), un frère du chef (2 femmes, 2 enfants), un second frère du chef (2 femmes, 1 enfant), un troisième frère célibataire, un cousin issu de germain (1 femme). En décomptant un dinda ayant 2 femmes, autorisé à s'établir à proximité du village, et 4 esclaves mâles employés dans la suite du chef, il nous reste 15 hommes dinda et esclaves.

Le restant du groupe exogamique duquel relevait cette parenté, comprenait 4 parentés, comportant 45 hommes et 74 femmes soit, 13 hommes et 19 femmes par parenté. Dans une parenté bagbé, j'ai compté 9 hommes dont 3 hommes libres, 20 femmes dont 14 épouses et 6 jeunes filles, 8 enfants. Sans pouvoir donner une moyenne même très approximative, on peut noter cependant que le nombre des hommes libres est toujours sensiblement inférieur à celui des asservis. Enfin, il ressort des recherches faites dans le secteur de Zobia par M. le lieutenant De Gort, que pour un homme adulte on compte 1 4/5 femme et 1 2/5 enfant.

de Galonné, Mouv. Soc. Int., X (1909), 343-344.

ABABUA

(Congo).

F. — Vie sociale.

d) Organisation sociale.

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