Esclavage
L'esclavage existe. Des esclaves le sont par naissance, d'autres le deviennent étant pris à la guerre. L'esclave est la monnaie la plus en cours. Il y a aussi des esclaves pour dettes, c'est une monnaie courante. Les parents ne vendent pas leurs enfants. Les esclaves sont mal traités, disent les une, bien traités disent les autres. Je demande à plusieurs chefs si les esclaves sont admis à la danse du village et comme ils me répondent oui, j'en conclus qu'ils ne sont pas des plus malheureux, surtout qu'ils mangent en commun avec les gens libres. Les esclaves sont des Ababua, mais de différents villages. Les esclaves doivent s'asseoir pour parler au chef. Lorsqu'un chef vient à mourir ses esclaves sont mangés et tués.
TlLKENS.
Toutes les femmes et les enfants féminins sont des esclaves des chefs qui peuvent en disposer suivant leur bon plaisir et même les tuer. Il existe en outre, un certain nombre d'esclaves : orphelins, prisonniers de guerre ou hommes ayant perdu leur liberté pour des raisons que nous ne connaissons pas exactement.
Védy, Bull. Soc. B. B. Géogr., XXVIII (1904). 205.
Les esclaves ou Maange font des' filets et travaillent avec le chef de famille, mais ne s'occupent pas du travail de la terre qui est pour les femmes. Ces esclaves sont des Ababua, des Asande, des Bakele, etc., qui proviennent d'anciennes guerres ou d'échanges. L' Ababua peut devenir esclave pour
dettes : le père ne pouvant pas payer en couteaux, paie avec ses enfants. L'esclave ne porte pas de signe distinctif, même dans ses tatouages ou ornements. Les esclaves du mari mangent avec le mari ; les esclaves de la femme mangent avec la femme.
TlSAMBI.
Pour compenser le meurtre d'un homme, la parenté responsable donnera un esclave. (Voir aussi Fc 168.)
de Calonne, Mouv. Soc. Int., X (1909), 356.
Les Bamanga (esclaves) (Bamanga est le pluriel de Manget) constituent la propriété complète et absolue du maître. L'esclave est une valeur, un bien du propriétaire qui en dispose à sa guise.
Ils ne peuvent avoir recours à la justice du chef, et pour eux les us et coutumes n'existent pas tant qu'ils sont sous le pouvoir d'un maître et qu'ils n'ont pas été libérés.
Hutereau, de Haulleville et Maes, Ann. Musée Congo, Sér. III, t. 1, fasc. 1 (1909), 102.
L'esclave est la propriété du maître qui l'a pris ou acheté. Chaque Bobikaapour obligation de remettre un prisonnier • de guerre à celui qui a proposé la guerre par motif de vengeance ou qui a dirigé soit le combat, soit l'attaque ; les autres sont sa propriété.
L'esclave s'enfuyant d'un village est rendu à son maître moyennant paiement d'une indemnité à celui qui a recueilli le fuyard.
Le maître ne doit aucun salaire à ses esclaves, mais peut accorder un paiement comme marque de satisfaction pour le travail accompli.
L'esclave n'a pas le droit de se racheter ni de quitter définitivement le village sans l'autorisation du maître. S'il donne des preuves suffisantes de dévouement, ce dernier le mariera à une femme esclave et dans la suite lui octroira une deuxième et même une troisième compagne.
L'esclave se distinguant à la guerre par la capture de prisonniers remis à son maître obtient sa libération, mais ne peut quitter définitivement le village.
De même les indigènes d'un village s'opposeront au départ d'un esclave ayant quelques années de servitude dans la localité dont le maître voudra se débarrasser sans motif sérieux.
Hutereau, de Haullevdlle et Maes, Ann. Musée Congo, Sér. El, 1. 1, fasc. 1
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(Congo.)
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d) Organisation sociale.
1 75 (suite).
Si un indigène meurt sans laisser d'héritier, les femmes, les esclaves se dispersent et rentrent dans leurs villages respectifs. Les esclaves peuvent s'ils le désirent, rester dans le village de leur maître défunt, et sont considérés alors comme hommes libres. (Voir F. 161.)
Huteread, de Haulleville et Maes, Ann. Musée Congo, Sér. III, 1. 1. fasc. 1 (1909), 95.
Un homme libre peut épouser une femme esclave, qui est par ce fait entièrement libérée; l'appeler Manget (esclave) est une insulte très grave.
L'enfant provenant d'une union d'esclaves est appelé Botuni (classe intermédiaire entre celle de l'homme libre et celle de l'esclave), et peut épouser une jeune fille libre.
Aucune distinction ne sera faite entre sa descendance et celle des autres citoyens.
Le maître hérite de son esclave et partage généralement la succession avec les enfants Botuni. Ceux-ci sont aptes à recevoir une partie de l'héritage du maître si celui-ci en a décidé ainsi.
Les dots des Botuni filles sont reçues par le maître qui en abandonne au père de la jeune fille telle part à sa convenance. Par contre, le maître a comme devoir d'établir les garçons Botuni en leur fournissant la dot indispensable pour se marier.
L'esclave peut épouser une jeune fille libre, et si l'union est féconde, il est entièrement libéré à la première naissance d'enfant. Il jouit dès lors de tous les droits des indigènes libres de la communauté.
A la mort du maître, l'union de l'esclave doit être respectée et on ne peut plus ni le séparer de sa femme et de ses enfants, ni le vendre par simple plaisir ou caprice.
Un esclave marié n'est d'ailleurs jamais vendu par son maître,
Ababua Congo. F, 175.
sans un motif des plus sérieux, par exemple un délit grave ou la nécessité de sauver soit la liberté soit la vie du maître.
Personne ne peut transgresser des coutumes concernant les esclaves; la communauté, à défaut du Kumu, veille à leur observation parce que la prospérité du village est en jeu. Elles constituent pour l'esclave une garantie certaine de l'amélioration future de sa condition.
Les esclaves ont comme principale besogne les défrichements, le transport du bois combustible nécessaire au chauffage et aux besoins du ménage.
Ils accompagnent le maître à la chasse et à la guerre, ils ne peuvent le quitter pendant le combat et ils sont armés comme les hommes libres.
Les prisonniers de guerre, les repris de justice, les indigènes fuyant leur ville natale pour éviter les suites d'un délit. Les vagabonds, les contumaces livrés par l'étranger, les enfants insolvables d'un débiteur défunt, fournissent le contingent des esclaves.
Hutereau, de Haulleville et Maes, Ann. Musée Congo, Sér. III, 1. 1, fasc. 1
Le mangé est l'esclave domestique proprement dit. Généralement bien traité, ses occupations sont peu différenciées de celles des autres hommes de la parenté; mais il n'a pas le droit d'user de la terre pour lui-même, il mangera chez le Kumu qui l'aura acquis en payement d'une de ses filles. Si on lui donne une femme, celle-ci sera souvent employée au service de la favorite. La parenté échange ses esclaves contre des femmes, parfois aussi pour racheter un de ses membres asservi dans une parenté voisine.
Quelques déclarations semblent limiter à ces seuls cas, les occasions dans lesquelles on peut vendre un esclave.
Un homme naît esclave, ou le devient comme prisonnier de guerre.
La parenté, dont j'ai noté plus haut la responsabilité collective, peut se refuser quelquefois à payer la dette contractée par un de ses membres, notamment la composition d'un délit que celui-ci aurait commis et qui entraînerait la réprobation unanime de ses frères. Cette décision entraîne généralement la livraison du coupable à son créancier qui le soumet en esclavage. Un homme libre peut également être déchu de ses droits par décision judiciaire, notamment pour adultère, et livré à la famille où l'outrage a été commis ; dans ce cas ses frères peuvent lui substituer un autre esclave. Enfin, si à la suite de quelque crime l'Ababua se dérobe par la fuite aux sanctions
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pénales prises contre lui par le chef de clan, il quitte par conséquent le territoire sur lequel il avait un droit de propriété ou de jouissance; de ce fait il perd sa qualité d'homme libre puisque, quel que soit le groupe où il trouvera refuge, il ne pourra plus toucher directement à la terre.
Enfin de quelques renseignements, assez contradictoires, il semblerait qu'un chef de parenté peut vendre ses fils, si ceux-ci ont commis certains délits dans la parenté, notamment l'adultère avec une des femmes du père.
Il n'existe pas, à ma connaissance, de formule par laquelle un esclave puisse se soustraire à l'autorité de son chef et s'en choisir un autre. Un esclave domestique maltraité n'a guère devant lui que la possibilité de rejoindre sa tribu par la fuite, s'il est prisonnier de guerre. Si non, quel que soit le lieu où il ira, il restera esclave ; et malheur à lui s'il est repris ; on lui mettra les entraves, on lui serrera autour des tempes le libabtva, fait de deux longs morceaux de bois sur lequel les maîtres du fugitif s'amuseront, à l'aide des mailloches du gong, à battre quelques marches allègres. A moins que dans le premier mouvement de colère, il n'ait été mis à mort.
dï Calonne, Mouv. Soc. Int., X (1909), 342-343.
Les 'dinda sont les fils d'esclaves, nés dans la parenté et qui de ce fait ne peuvent plus être échangés ; ils sont considérés comme des membres de la famille, appellent les hommes libres leurs frères, tandis que le chef les nomme ses enfants. Il sera interdit à une fille dinda non seulement d'épouser un homme de la parenté, mais même un membre du clan exogamique auquel cette parenté se rattache. Le dinda pourra acquérir lui-même des esclaves, créer une parenté, devenir kumu à condition de payer un certain tribut au groupe dont il est sorti et par lequel il a droit d'user de la terre.
de Galonné, Mouv. Soc, Int., X (1909), 342.
Ababua. Congo. F, 175.
Chez les Bokiba, l'esclave Dinda, devient l'héritier unique de son maître dans le cas où aucun parent ne pourrait recueillir la succession. On appelle Dinda, un esclave trouvé ou acheté dans son jenne âge et n'ayant aucune souvenance de ses parents ou du lieu de sa naissance.
Hutereau, de Calonne et Maes, Ann. Musée Congo, Sér. III, t. I, fasc. 1 (1909), 104.
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