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Métallurgie et forges

Le fer (Limbili) est le seul métal travaillé ; son minerai se rencontre à 2 ou 3 mètres de profondeur. Il est placé sur un feu de braise activé par un soufflet, puis porté au rouge et déposé alors sur une grosse pierre. Là il est battu par une lourde pièce de fer sans manche de forme cylindrique ou quadrangulaire de 30 centimètres de haut (Baagbwè). Le fer ensuite débarrassé des impuretés, martelé, chauffé et finalement transformé en lames de couteau ; ces lames sont ensuite aiguisées à l'aide d'une certaine pierre.

TlLKENS.

Chaque village possède son ou ses forgerons qui sont des hommes très considérés à cause de leur adresse et leur utilité incontestable. Leur outillage comprend d'abord une enclume, formée d'un bloc de fer allongé de 7 à 8 centimètres de diamètre et d'une longueur de 40 centimètres environ qu'ils plantent verticalement en terre, un ou plusieurs marteaux formés d'un bloc de fer de 15 centimètres sur 5 de diamètre, fiché en un manche de bois, et des soufflets. Ces derniers formés de cylindres de bois ou de terre d'où partent des tubes de terre, convergent vers un cône dont la petite extrémité aboutit au feu. Le haut des cylindres est fermé au moyen d'un couvercle lâche, en peau, dont le centre est traversé par un long manche de bois. En soulevant et en abaissant ce manche, le forgeron aspire et refoule l'air dans le cylindre. Outre ces trois outils indispensables, le forgeron possède parfois une tige de fer mince terminée en pointe mousse et semblant plus dure que le fer qu'il travaille ordinairement. C'est cette sorte de burin qui lui sert à tracer sur les armes les dessins qui leur donnent le cachet particulier à la tribu. Les lances, sabres, couteaux, pointes de flèches, instruments agricoles, ceintures d'anneaux etc„ sont l'œuvre de ces artisans qui sont constamment occupés. Il faut ajouter à ces objets, des grelots et grosses cloches de fer.

Veut, Bull. Soc. R. B. Géogr., XXVIII (1904), 272-273.

Âbàbua. Congo. B, 56.

L'Ababua travaille très bien le fer ; les lances et les couteaux de cette région sont de beaux spécimens.

Bauw (De), Belg. Colon., VII (1901), 65.

Presque partout le minerai de fer se rencontre à fleur de terre ; aussi y a-t-il chez les A-Babua des forgerons de tout premier ordre.

Verstraeten, Belg. Colon., II (1896), 519.

Le minerai de fer est trouvé à peu de profondeur ; ceux qui en veulent vont le chercher et le reconnaissent en frappant le minerai avec l'ongle.

Le cuivre en minerai est rare ; ils l'extrayent à l'aide de galeries qui souvent s'effondrent; ils se servent de couteaux pour les creuser.

Le forgeron est appelé : embebessé, et il est surtout considéré à cause de sa richesse.

TlSAMBI.

Dans ce village (Motokwe) se trouvent trois forges ou des indigènes fondent du minerai de fer. Ces forges consistent en un hangar en feuilles placé sur un plan incliné le plus souvent sur une grosse termitière ; le toit du hangar repose à terre à droite et à gauche, il a 6 à 7 mètres de longueur; la hauteur est celle d'un homme de taille moyenne. A environ 4 ou 5 mètres de l'entrée le sol est converticalement dans le sens de la largeur du hangar et la terre est enlevée depuis l'entrée jusqu'en cet endroit, de façon à obtenir, à environ 2 mètres du fond du hangar, un atelier ayant environ 60 centimètres de haut.

La surface de cet atelier est soigneusement nivelée et battue, puis on pratique au milieu et dans le sens longitudinal une tranchée d'environ lm50 de longueur de 40 centimètres de profondeur et de 40 centimètres de largeur. Dans cette tranchée se fond le minerai. C'est probablement pour obtenir le tirage, que l'on place le hangar sur un plan incliné, car de cette façon le bout opposé à l'entrée fait office de cheminée.

Le soufflet de forge est en bois et à quatre compartiments; chaque compartiment est recouvert d'une peau d'antilope à laquelle est fixé un bâton de rotang qui sert à faire fonctionner le soufflet. Les quatre compartiments aboutissent à un entonnoir en terre réfractaire

B. — Vie matérielle.

e) Moyens d'existence, métiers, occupations.

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< qui est renouvelé chaque fois qu'on recommence une nouvelle fonte. Ces entonnoirs sont faits avec de la terre provenant d'une petite termitière en forme de champignon, qui atteint parfois 50 centimètres de hauteur; c'est la demeure du Termes mordax. Ces hauteurs sont pulvérisées et réduites en mortier.

Les entonnoirs sont simplement séchés au soleil; sur les rives de l'Aruwimi, ils sont faits avec la terre qui sert à la poterie et sont également séchés au soleil. Plusieurs minières abandonnées à la suite d'éboulements, se trouvent à côté de celle-ci.

Les indigènes ne savent pas vers quelle époque ils ont commencé à fondre le fer.

Le minerai est broyé en petits morceaux que l'on mélange à de la poussière de charbon de bois ; le tout est séché au soleil, puis passé au tamis dans la tranchée, de façon à former une couche d'environ 4 centimètres d'épaisseur, 15 de largeur et 70 de longueur. Cette couche est recouverte d'une feuille appelée îegongo; elle sert aussi à faire les toits ; si une feuille ne suffit pas on en met plusieurs à la suite l'une de l'autre.

L'entonnoir en terre qui a presque toujours une longueur d'environ 70 centimètres, est couché sur les feuilles tout le long du minerai, puis on met le charbon dans la tranchée. Ensuite on place le soufflet sur deux perches se croisant par le bas, de manière qu'il arrive à hauteur de la tranchée et communique avec l'entonnoir. L'autre bout des perches est appuyé à la paroi du toit.

L'entonnoir est retiré graduellement vers l'avant de la tranchée, au fur et à mesure que le minerai entre en fusion. C'est pour que cette opération ne dérange pas la couche de minerai qu'on la recouvre de feuilles.

Il faut environ 4 heures pour fondre le minerai; ce temps écoulé il reste dans la tranchée un morceau de fonte ayant la forme que l'on avait donnée au minerai.

Ababua. Congo. B, 56.

Bandjangani possède aussi une forge; les indigènes se procurent le minerai à la minière signalée plus haut et qui est la propriété commune à tous les indigènes de la région.

Les villages sont propres, il y règne une certaine activité qu'on ne remarque pas chez les indigènes qui ne s'occupent pas de la fonte du minerai. En arrivant, on entend le bruit des forges. Sous des hangars se trouvent entassés de grands paniers de charbon de bois et devant les cases le minerai est étendu au soleil pour le rendre plus fusible. Dans les forges, attendant leur tour de souffler, des indigènes discutent bruyamment et boivent à l'aide de chalumeaux, l'eau qui se trouve dans un mortier en bois et dans laquelle on a fait macérer de la noix de kola broyée avec du pilipili ou piment indigène. Ils attribuent à cette boisson des propriétés aphrodisiaques qu'ils vantent hautement.

Les indigènes des villages ou l'on fond le minerai ne façonnent guère la fonte; celle-ci est vendue aux riverains de l'Aruwimi et aux gens qui ne possèdent pas de minerai.

Nahan (Lt), Belg. Colon., IV (1898), 557Ô-558&.

En dehors de l'occupation de potier, qui, comme je l'ai noté, tend à se spécialiser, nous ne rencontrons, chez l'Ababua, que le forgeron qui exerce un réel métier. L'importance de son industrie est considérable puisque, comme nous le verrons, le couteau est devenu l'unité monétaire des échanges. Le forgeron Ababua est réputé pour ses produits qui sont recherchés par les groupes ethniques voisins. Aussi, doit-il avoir connaissance de charmes magiques spéciaux. Quoique son fils élevé dans la forge acquiert rapidement une connaissance du métier, celui-ci n'est pas nécessairement héréditaire et n'importe quel homme, industrieux, peut, après un stage, acheter la " médecine du forgeron. „

Le seul minerai qu'il sache réduire est un oligiste (Fe2 03) qui se trouve parfois dans de gros blocs de limonite (Fe2 03 hydraté, quelques centièmes d'argile), minerai beaucoup plus commun; noir, avec une poussière rouge, cet oligiste est identique à celui qui, dégrossi et poli, a servi à fabriquer les haches néolithiques, si nombreuses dans l'Uellé. De ce fait, le primitif néolithique à pu apprendre à connaître la réduction des oxydes de fer un jour où sa hache fut oubliée dans le foyer. Nous avons déjà noté le pouvoir magique de la hache de l'époque de la pierre polie : ceci explique peut-être le fait que j'ai rencontré un Momémé, qui refusait de ramasser le minerai sous prétexte que celui-ci possédait un pouvoir dynamique néfaste, que seul, le forgeron connaissait et savait annihiler.

ABABUA

(Congo.)

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Cet oligiste ne se trouve que dans quelques régions, chez les Bobwa, les Mobalia, les Bokiba et sur la haute Tchimbi. Aussi, si tout clan important possède son forgeron, la plupart d'entre eux ne traitent pas la matière première mais font usage de vieilles lames usagées ; la forme même du travail varie suivant qu'on se trouve dans une zone métallifère ou non.

Dans les régions métallifères, le forgeron cherche son minerai luimême, en tire soit des lances, des couteaux, soit des lingots (limbili) qu'il revend ensuite, exerçant de la sorte un métier caractérisé.

Ailleurs, au contraire, c'est le client lui-même qui apporte la matière première que le forgeron se contente de façonner, réalisant ainsi la forme de travail dite " à domicile „. Dans ce dernier cas, le paiement consiste en quelques vivres et en résidus de métal non utilisés. Parfois aussi, surtout au moment de la saison sèche, le client donnera un coup de mains aux plantations, abattra un arbre pendant qu'on lui répare ses armes. Le paiement est assez minime et contrairement à ce qu'on pourrait attendre, le forgeron Ababua n'est pas nécessairement un homme riche. J'ai souvenir d'une matinée passée sous le hangar du forgeron des Bonzodo, qui, très entouré, fabriquait des " libandu „. Gomme je lui avait dit en plaisantant : * Un homme sachant travailler comme cela doit être un grand chef, avoir beaucoup de couteaux et de femmes. „ Il me répondit : "■ Nous autres, hommes noirs, nous ne mettons pas de richesses de côté ; tous les soirs, quand mon travail est fini, je vais à la rivière puis dois venir manger chez mes frères (*), parce que les femmes ne m'aiment pas. „

Aussi n'est-ce pas sans fierté que le forgeron poinçonne ses couteaux et ses lances d'un nombre de trous correspondant au

(x) C'est-à-dire : " Je suis célibataire, n'ai pas de femmes pour me préparer la nourriture. „

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nombre de femmes dont il touchera le paiement; c'est en même temps une signature et une attestation de .la valeur de l'artisan, puisque de sa richesse.

Le minerai d'oligiste est réduit dans un foyer de charbon de bois ; un choix judicieux des essences forestières est nécessaire pour obtenir un feu de forge agissant rapidement. Ce feu est activé (x) par une soufflerie formée généralement de trois cylindres de bois, fermés à la surface supérieure par une peau, liée à son centre à un bâton; en levant et abaissant celui-ci on aspire et souffle le vent dans trois tuyères coniques convergeant sous le feu. L'enclume se compose soit d'une pierre, soit d'une pièce cylindrique de fer, soit, chez les meilleurs forgerons, d'une pièce quadrangulaire enfoncée dans un bloc de bois et dont l'une des faces est lisse, l'autre travaillée au burin, de façon à présenter une surface rugueuse.

L'outillage comporte en plus une série de marteaux emmanchés et un burin à pointe mousse. Le minerai est chauffé avec précaution et battu doucement pour éliminer les premières scories. A mesure qu'il s'épure, le fer commence à se souder au martelage. Au bout de quelques chauffes, le feu est activé complètement, au point parfois de donner les étincelles éblouissantes du fer qui brûle. Aussitôt la lame du couteau ou de la lame profilée, l'enclume est retournée de façon à présenter la partie rugueuse. C'est sur elle que sera battu le définitif couteau de travail ou la lance de chasse, qui resteront noirs, bruts et rugueux. On refroidit la lame dans l'eau. Par contre, pour un couteau de parure, le forgeron laissera généralement le centre noir et rugueux? accentuant même ces ondulations à l'aide de délicats coups de burin, tandis que les bords en seront polis au sable et à l'eau d'abord, ensuite à l'aide d'une herbe dont la feuille est couverte de petites aspérités rugueuses. Parfois aussi complètement polis et ornés d'incisions longitudinales au burin, les couteaux sont aiguisés sur des agates. (Pour l'ornementation, voir E. 125).

Les lances s'emmanchent généralement par une douille fendue et refermée à chaud sur la hampe, souvent assujettie par une goupille. Les couteaux, le plus souvent, sont fixés à l'aide d'une mèche qui traverse le manche comme dans nos fleurets et vient se river à l'autre extrémité. La poignée du couteau est caractéristique dans sa forme. Les lances sont ornées d'anneaux de fer ou de cuivre, les plus belles d'entre elles portent en outre un long talon pointu en fer.

Tous les petits débris métalliques sont utilisés pour faire des couteaux de moindres dimensions : rasoirs, (Ihvali), couteaux à ongles, etc., des aiguilles, des aiguilles à tatouer, des hameçons.

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Chaque couteau ou lance, suivant sa forme ou ses parties polies, porte un nom spécifique et a une valeur d'échange variable.

Voici la nomenclature des objets obtenus par le travail du forgeron:

1° Couteaux de travail (libandu), couteau de cuisine (bissinganï), couteau de ceinture (poka), lance de chasse (makéro), houe (ngussâ), hache (mbonô), harpon {nganga), sabre de combat (assumbi et enono), couteau de sacrifice ;

2° Couteaux de parure et d'achat : Mambwôté, parumâ (très appréciés) mbakwé (forme ancienne et peu usitée), gongokupi, mopeïa, hache d'apparat, hachette ;

3° Lances de guerre et d'achat : Banzié, Malubessa, Mbakwé, Kangati, Limbanga, Epili;

4° Instruments de musique : Kongo, haute cloche de sacrifice, qui se bat à l'aide d'une baguette de fer; Bongé, cloches doubles reliées entre elles par un fragment de peau d'éléphant et qu'on bat à l'aide d'une mailloche en caoutchouc; Limbao, gros grelot qu'on agite à la main dans la suite d'un chef; Bengbé, grelots de danse;

5° L'art délicat et l'adresse technique du forgeron se manifestent encore dans une série d'objets de parure, que nous étudierons plus tard, bracelets, bagues, chaînettes, épingles à cheveux. L'Ababua connaît de temps immémorial, le cuivre rouge qu'il se procure chez les Budza, remplacé depuis peu par le laiton d'Europe. Il en tire uniquement des ornementations sur les manches de couteaux, les lances, gaines, etc., etc.

de Calonne, Moav. Soc. Int., X (1909), 331-334.

Ababua. Congo. B, 56.

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e) Moyens d'existence, métiers, occupations. 57. Meunerie.

La réduction en farine du manioc et du maïs se fait au moyen du pilon et du mortier ; ce travail est réservé aux femmes.

TlSAHBI.

Du maïs on tire une farine dite Konzipwetê.

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