Nature du mariage
Les mariages par capture, c'est-à-dire avec emploi de la force, existent et sont les plus nombreux.
TlLKENS.
Les rapts de femmes isolées sont fréquents et sont la cause presque constante de différends entre les indigènes.
Védy, Bull. Soc. B. B. Géogr., XXVIII (1904), 279.
Le vol en rapt de la femme est fréquent; l'homme paie aux parents de sa femme le prix de celle-ci au moyen de couteaux.
TlSAMBI.
Le père vend sa fille au prétendant qui lui convient et qui se trouve suffisamment solvable et il est convenable que la fille accepte ce prétendant, quel qu'il soit. Elle n'est d'ailleurs pas consultée pour cela. Mais c'est là une règle qui comporte des exceptions. En somme, nous voyons là-bas comme ici, l'affection atténuer la rigueur des lois ou de la coutume.
Védy, Bull. Soc. R. B. Géogr., XXVIII (1904), 279.
11 appartient au père de tamille de procurer à son fils sa première femme ou tout au moins les biens indispensables pour se marier. Il peut imposer un mari à son choix à ses filles. (Voir Gd 87.)
D'ordinaire la jeune fille peut se choisir librement un époux, car le père n'use pas de ce droit, à moins que sa fille ne s'obstine à mener une vie par trop irrégulière.
Hutereau, de Haulleville et Maes, Ann. Musée Congo, Sér. 111, 1. 1, fasc. 1 (1909;, 86.
Ababua. Congo. C, 79.
Ils s'étaient rencontrés à la danse. Lui était tout rouge de ngula, superbe sous son chapeau immense orné d'une touffe de plumes de pintade, les reins ceints de peaux de genette et de chat sauvage. Elle plus simple dans son pagne de feuilles de bananiers, des grelots liés à la cheville, un martinet d'herbes à la main.
Et très tard, à la lune, ils avaient chanté ensemble : * Do, dumbé, dumbé, dumbékélé, hé ! „
Puis, le lendemain, il venait faire la partie de mangura du vieux père. Tout en causant de choses indifférentes, il s'asseyait le soir au cercle du foyer.
Personne ne semblait remarquer que quand elle venait apporter l'écuelle de bananes rôties, ils échangeaient un clignement d'œil, un virement de prunelles prometteurs de voluptés prochaines. Quand ils se croisaient sur la route de la rivière, ils s'attardaient à leur poignée de mains, l'index replié caressant la paume; tout en s'appellant par pure politesse : " nsèsé „ ! (ma petite crevette) et " mon homme „. Cependant si personne ne notait ces menus gestes, une fortuite information avait appris à la famille de la petite qu'il était riche en couteaux.
Or, la forêt est proche, la femme Ababua a quelque expérience sensuelle et un brin de tempérament. Le soir, il s'était éloigné en chantant la vieille complainte : " Viens, nous nous embrasserons sur la bouche ! „ Et le matin, la case où logeait la jeune fille était vide.
Tout le monde accourt; on crie, on gesticule, comme si l'accident n'était pas prévu et attendu ; le pharisaïsme du bourgeois Ababua se donne libre court : " Notre sœur, on a volé notre sœur ! Quel paiement allons-nous toucher ? „
Et là-bas, au village du ravisseur, on entend la batterie du gong, nuptiale et ironique, du, du, dudu.
Ici aussi, tous les frères du nouveau marié se sont rassemblés ; la discussion s'éternise jusqu'au troisième jour.
C'est alors qu'un intermédiaire, parfois la fugitive elle-même, est envoyé vers le père ou les frères, porteur d'un léger cadeau, le ntungi, destiné à entrer en relations et à commencer la discussion.
Le père prend alors ses amulettes, " la médecine des couteaux „, et se rend au village de son nouveau gendre.
Sa parenté vient de perdre une femme, un outil de travail, la parente adverse s'ennciiit, il y a lieu de demander une compensation, une composition pour le rapt. L'usage en exige le paiement en couteaux. A partir de ce moment, chaque fois que le gendre ira en visite chez son beau-père, il apportera un cadeau à celui-ci, de même que chaque fois que la femme accouchera d'un enfant.
ABABUA
(Congo.)