C. — Vie familiale
c) Mariage, rapports entre les sexes.
79 {suite).
Il est donc inexact de dire que l'Ababua achète sa femme pour un nombre donné de couteaux.
En effet, le jour où il accepte le premier paiement, le père prend en même temps l'engagement de donner une autre femme en remplacement de sa fille, en cas de décès de celle-ci. Si le cas se produit, le gendre se contente d'en avertir son beau-père, en lui envoyant quelques couteaux, lui indiquant de la sorte son désir de recevoir une remplaçante. D'autre part, nous avons noté que la femme passe aux héritiers de son mari. Nous voyons donc que, quelque soit celui des conjoints qui meurt, le pacte conclu par le premier paiement reste valable : le mariage est moins un acte de vente qu'un contrat perpétuel, par lequel une parenté loue ses femmes à une parenté voisine, chacun de ces groupements restant collectivement responsable de l'exécution des clauses de ce contrat.
Aussi, quel que soit le membre de la parenté qui désire prendre femme, chef, homme libre, dinda ou esclaves, tous ses frères seront obligés d'intervenir personnellement dans le paiement. Si un jour cet homme est devenu suffisamment riche pour se créer une vie autonome, il ne sera cependant tenu à aucun remboursement vis-à-vis de la parenté qu'il abandonne.
En dehors de cette forme de mariage, par enlèvement, il existe d'autres manières de prendre femme, sans compter le rapt violent en temps de guerre.
Il arrive souvent que deux groupements désirant créer entre eux des relations suivies, le plus souvent d'ordre commercial, cherchent à se louer des femmes. Le premier paiement est alors longuement discuté, esclaves, couteaux, lances supputés et les femmes désignées, dès leur enfance pour un mari déterminé. Dans ce cas elles restent souvent dans leur village jusqu'au moment de la puberté, moment où le mari vient la réclamer ; parfois aussi, elle sera élevée par les
Ababua. Congo. C, 79.
autres épouses de son mari. Elles sont réellement femmes, ayant leur hutte personnelle et y recevant leur mari, longtemps avant l'apparition des premiers signes de nubilité.
On m'a cité aussi le cas de chefs de famille ayant besoin de couteaux, qui se rendaient dans un groupe exogamique voisin, accompagnés d'une de leurs sœurs ou de leurs filles, cherchant comme premier paiement les enchères les plus élevées. de Calonne, Mouv. Soc. Int., X (1909), 356-358.
L'homme désireux de se marier fait discrètement sa cour à une femme absolument libre ou à une jeune fille au sujet de laquelle aucun engagement matrimonial n'a été pris par les parents. Lorsque les fiancés ont des raisons suffisantes ou plutôt des certitudes de se plaire, le jeune homme fait sa demande au père, convient de la dot a payer, et après l'avoir fournie, emmène sa femme.
La dot revient au père de la nouvelle épouse et à défaut de celui-ci à son parent le plus proche. Ce n'est point un paiement, mais une garantie sur laquelle le mari conserve certains droits en cas de divorce ou de décès de sa femme.
La mère de la fiancée recevra un cadeau compris dans le paiement de la dot et auquel elle a droit de par la volonté de sa fille, et cela quelle que soit la situation où elle se trouve (veuve, divorcée, remariée).
Lors de la demande en mariage, le jeune homme offre comme cadeau à son futur beau-père, un beau couteau.
Le premier versement de la dot consiste ordinairement en un esclave et vingt lances. Pendant toute la vie de sa femme, le gendre doit, d'après les coutumes, entretenir l'amitié non seulement de son beau-père, de sa belle-mère mais aussi de ses beaux-frères et bellessœurs en leur faisant à chaque occasion des cadeaux. L'épouse l'exigera, car elle mesure l'amour de son mari au nombre et à la valeur des dons faits par lui à ses proches.
Chacun doit prendre note de ces présents, et s'il y a plusieurs femmes en cause, cela peut devenir un difficile exercice de mémoire. En effet, au cas où un divorce survient, chacun doit pouvoir se rappeler ce qu'il a donné, ou reçu, afin de pouvoir recevoir ou remettre exactement les valeurs en litige.
Le mari d'une orpheline a des obligations identiques à celles qui viennent d'être décrites, le père deiunt est représenté par l'héritier de la dot, la mère est remplacée par un de ses parents ou une de ses parentes.
ÀBABUA
(Congo.)